90 ans de la LICRA : Pour les refuzniks

 

Manifestation de la LICRA en faveur des « refuzniks », 1975

“Refuznik” était le terme officieux désignant les personnes à qui le visa d’émigration était refusé par les autorités de l’Union soviétique, principalement des Juifs soviétiques dont les demandes se sont particulièrement multipliées après la guerre des Six-Jours en 1967. Dans un contexte marqué par un antisémitisme très ancré dans la société russe, les discriminations à leur égard sont nombreuses. En 1956, des quotas sont institués pour leur empêcher l’accès à l’université ou à la fonction publique. A cela s’ajoute la propagande officielle, voyant dans chaque Juif un “agent de la politique impérialiste américaine”, nécessairement suspect d’être un agent de l’Ouest. Au début des années 70, le fait de s’être vu refuser un visa valait ostracisme. Pour introduire une demande de visa, la famille entière était obligée d’abandonner son emploi, ce qui rendait ses membres susceptibles d’être inculpés de “parasitisme social”, une infraction pénale. Surveillance et mise au ban de la société et internement : les refuzniks sont de fait de véritables “émigrés de l’intérieur”. Autour du dissident Natan Sharansky, l’écho de la cause des juifs d’URSS dépasse largement les frontières du communisme.

 

L’appel du 24 septembre 1975

 

Le 24 septembre 1975, la LICRA se joint à la manifestation organisée par un collectif d’associations, dont le CRIF, pour exiger la “liberté pour les Juifs d’URSS”. 30 000 personnes défilent de la République à l’Hôtel de Ville à Paris. A l’issue de la manifestation, la publication publie une déclaration officielle.

 

“La situation des Juifs en Union soviétique s’aggrave. Les mesures répressives qui frappent ceux parmi eux qui persévèrent dans leur volonté d’émigrer se multiplient et deviennent plus sévères.

 

Préoccupés par cette situation affligeante, les soussignés réaffirment leur conviction que la politique soviétique qui cumulativement vise, d’une part à restreindre les droits religieux et culturels des Juifs d’URSS et, d’autre part, à limiter leur droit à émigrer, est une politique injuste et dangereuse. Cette politique va à l’encontre de la Constitution soviétique, viole les conventions internationales en vigueur et dénature l’esprit de détente et de coopération entre les peuples solennellement proclamé à Helsinki.

 

Ils en appellent au gouvernement de l’URSS :

 

 

  • pour que soient libérés les 40 Juifs soviétiques internés pour avoir voulu émigrer
  • pour que cesse la pratique des procès d’intimidation et que soit mis un terme au harcèlement contre ceux qui demandent à partir (perte d’emploi, arrestations arbitraires, mise sous haute surveillance, campagne de diffamation)”

 

 

L’affaire du Bulletin du Bureau soviétique d’informations

 

La crise des “refuzniks” n’est pas la première liée à l’antisémitisme soviétique. Le 22 septembre 1972, un bulletin édité par “le Bureau soviétique d’information”, rattaché à l’ambassade soviétique à Paris, publie un article violemment antisémite, reprenant ces pans entiers du Protocole des Sages de Sion et des documents antisémites datant de l’époque tsariste. Sur les conseils de Robert Badinter, d’Henri Hajdenberg et Gérard Rosenthal, Jean Pierre-Bloch dépose plainte contre le directeur de publication de la revue, le communiste Robert Legagneux, adjoint au maire de Nanterre, au titre des nouvelles dispositions de la loi Pleven adoptées quelques semaines plus tôt. Le 24 avril 1973, il est reconnu“coupable des délits de diffamation publique et de provocation à la discrimination, à la haine et à la violence raciale” et est condamné à 3000 francs d’amende.

 

L’URSS et les Juifs : “Si j’étais antisémite”, par Pierre Dac (1953)

 

En pleine affaire du “complot des blouses blanches”, monté de toutes pièces par Staline début 1953 pour accuser des médecins juifs, symboles d’un “complot bourgeois sioniste” d’empoisonnement de cadres du régime, Pierre Dac prend la plume dans les colonnes du Droit de Vivre le 15 avril de la même année :

“Voyons, me dirais-je, si j’étais antisémite, il faut véritablement porter des oeillères et pratiquer la stupide politique de l’autruche pour n’y point voir clair; et lumineusement, le plus naturellement du monde, la fameuse affaire des blouses blanches m’apparaitrait comme étant la plus formidable, la plus astucieuse et la plus scandaleuse conjuration de tous les temps, ourdie par la maffia juive internationale pour affirmer son hégémonie sur le monde entier.

Je comprends tout de suite – toujours si j’étais antisémite – (…) que j’aurais l’absolue certitude que les Juifs avaient eux-mêmes provoqué le déclenchement de la campagne antisémite afin d’aboutir à une campagne en leur faveur. La meilleure preuve de ce que j’avance – et je n’ai pas les moyens d’avancer davantage pour le moment – c’est que je constaterais que Staline est mort après l’arrestation des médecins juifs. Or, de quoi est-il mort ? Pas d’un manque de savoir-vivre, que je sache, ce n’était pas son genre ! Conclusion : la main juive, incarcérée, était, du fait de son éloignement à pied d’oeuvre au fronton de son lit d’agonie; c’est net, inutile de faire un croquis !”