Chroniques du festival d’Avignon (suite 2)

Nombreux sont les spectacles de qualité à Avignon, dont on ressort plein d’images, d’émotions et de questions. Mais Les Vibrants sont à part : ils font partie de ces spectacles qui nous prennent à la gorge dès les premiers instants et ne nous lâchent qu’à la toute fin, vibrants, comme un rappel à la vie, d’émotions.

En cette année anniversaire de la guerre de 14-18, Les Vibrants ne sauraient nous laisser indifférents ! Non parce que c’est un spectacle qui évoque les atrocités de cette guerre qui ouvrit le bal des atrocités du 20ème siècle mais parce que la compréhension intime des effets et des conséquences humaines de cette guerre où, pour la première fois, furent notamment employés des gaz de combat, est nécessaire pour comprendre le rapport que nous eûmes à la suivante, ou plus exactement, à son annonce programmée.

Les Vibrants sont un hymne à la vie de ceux qui justement ne la perdirent pas mais auraient tant préféré mourir : les gueules cassées. Ces soldats qui furent défigurées à jamais par la guerre, ne retrouvèrent jamais leurs visages au point d’y perdre leur identité : car qu’est-ce que l’identité sinon un certain rapport à notre visage, rapport intime mais aussi rapport qui se noue dans le regard que les autres portent sur nous. Les gueules cassés se vécurent monstrueux et ne s’en remirent pas. Dans cette pièce où nous éprouvons tout, jusque dans la mise en scène, à travers le regard d’une gueule cassée, Eugène, nous ne pouvons pas ne pas comprendre la puissance excluante et menaçante du regard de l’autre : le risque que nous y courons d’y perdre notre humanité. Mais nous y apprenons aussi quelle est la puissance thérapeutique du théâtre, capable à la fois de transformer notre regard, de nous faire éprouver l’innommable pour nous en libérer, mais aussi de guérir ceux que la vie semble avoir condamnés.

A voir de toute urgence !