Congrès Licra 2016 : nos invités

Le Samedi 12 mars, 1er jour du 48e Congrès national de la Licra, Boualem Sansal, Frédéric Encel, Mohamed Sifaoui, Zineb El Rhazoui et Raphaël Enthoven, proposeront des pistes de réflexion sur la question « en quoi l’émergence d’un nouvel antisémitisme affiché est-il en enjeu essentiel pour le mouvement antiraciste ? ». La soirée se poursuivra ensuite à l’Hôtel de Ville de Paris par un dîner républicain, présidé par Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur ; les papilles seront délicatement sollicitées par le chef étoilé Thierry Marx.

Boualem Sansal

boualem Sansal

Romancier et essayiste algérien, Boualem Sansal est né en 1949 à Theniet El Had. Ingénieur de formation, il est également docteur en économie. Enseignant, consultant, chef d’entreprise et haut fonctionnaire au ministère de l’Industrie algérien, il commence à écrire en 1997. Homme courageux qui ne pratique pas la langue de bois, il adopte une position critique envers le régime algérien qui lui coûtera son poste de haut fonctionnaire. Il s’engage également farouchement contre l’islamisme, déclenchant des haines féroces. Il devient rapidement un auteur célébré en France, en Allemagne et honni, critiqué, insulté en Algérie. Ses ouvrages s’inspirent tantôt de bribes de vie, de souvenirs, tantôt de la réalité d’un pays qu’il chérit mais qu’il ne reconnaît plus.

Chaque publication de Boualem Sansal est couronnée de succès et récompensée par des prix. En 1999, pour son premier livre, Le Serment des barbares (éd. Gallimard), il est le lauréat du « prix du Premier roman » et du « prix Tropiques ». En 2008, Le Village de l’Allemand ou Le Journal des frères Schiller (éd. Gallimard), obtient le « grand prix RTL-Lire » et le « grand prix de la francophonie ». En 2015, 2084 : la fin du monde (éd. Gallimard), roman qui revisite Orwell pour nous appeler à ouvrir les yeux sur la nature, l’ampleur et la gravité de l’islamisme, reçoit le « grand prix du roman de l’Académie française ».

Homme de lettre, discret mais engagé, il considère aujourd’hui l’ « antisémitisme explose partout dans le monde et dans tous les milieux […] La France est d’ailleurs plutôt gravement atteinte ». La résurgence d’un antisémitisme affiché lui inspire une certaine appréhension : « l’antisémitisme qui était si grossier devient intelligent : il fait flèche de tout bois ». Comment combattre ça ? « Combattre ces idéologies suppose deux choses que la France n’a pas : un vrai gouvernement qui pense et qui agit et une société qui accepte de se réformer. Il y a aujourd’hui des mouvements dans la société tendant à bloquer le débat. Une société bloquée est une société qui nourrit les archaïsmes comme un sédentaire nourrit ses maladies. »

Frédéric Encel

Encel

Frédéric Encel, docteur en géopolitique, est un essayiste français, né en mars 1969. Spécialiste des relations internationales et de la géopolitique au Moyen-Orient, il est professeur de relations internationales à l’ESG Management School, maître de conférences à Sciences-Po Paris, directeur de séminaire à l’Institut français de géopolitique et consultant en risques-pays. Personnage médiatique et éloquent, il ne craint pas de prendre position sur l’islamisme, la religion, les conflits internationaux. Eminent spécialiste des enjeux stratégiques mondiaux, il décrypte les codes, dénoue les imbroglios internationaux. Géopolitique du Printemps arabe, (Presses universitaires de France, 2014), Petites leçons de diplomatie. Ruses et stratagèmes des grands de ce monde à l’usage de tous, (Autrement, 2015) et Gaz naturel : la nouvelle donne ? (Presses universitaires de France), sont autant de clés à la disposition du plus grand nombre. Il est également l’auteur de, La démocratie à l’épreuve de l’islamisme, (Flammarion, 2002), de, Géopolitique du sionisme, (Armand Colin, 2006 et nouvelles éd. revues et augmentées, 2009, 2015). Le 27 novembre 2015, Frédéric Encel a reçu  le Grand Prix de la Société de géographie, pour l’ensemble de son œuvre.

Le thème abordé cette année par la Licra évoque deux choses pour Frédéric Encel : « d’une part il y a un affaiblissement du mouvement antiraciste de type humaniste et universaliste au profit d’associations réellement ou supposément antiracistes mais en tout cas de type ethno-confessionnelle. D’autre part,comment ne pas évoquer la complaisance de citoyens, réellement ou prétendument antiracistes en France, vis-à-vis de l’antisémitisme sous couvert d’exaspérations liées au conflit israélo-palestinien. Ce n’est pas nouveau mais ces dernières années ça a pris de l’ampleur». Comment infléchir la tendance ? « Le mouvement antiraciste doit réaffirmer la primauté absolue des lois et des valeurs de la République en les réenchantant. Il faut réenchanter la République et l’idée de Nation. »

Raphaël Enthoven

Raphaël Enthoven, philosophe. Portrait rÈalisÈ à Rennes le 26 mars 2010 à l’occasion des Rencontres de Rennes 2010 Forum LibÈration, au TNB. Raphaël Enthoven, est venu dÈbattre de la question : « Musique, rites et bÈatitude ». ©PHOTOPQR/OUEST FRANCE
Raphaël Enthoven, philosophe. Portrait rÈalisÈ à Rennes le 26 mars 2010 à l’occasion des Rencontres de Rennes 2010 Forum LibÈration, au TNB. Raphaël Enthoven, est venu dÈbattre de la question : « Musique, rites et bÈatitude ».
©PHOTOPQR/OUEST FRANCE

Fils de l’écrivain et éditeur Jean-Paul Enthoven et de la journaliste Catherine David, Raphaël Enthoven est né à Paris en 1975. Professeur de philosophie, animateur de radio et de télévision française, il est également écrivain. Son parcours scolaire est irréprochable, il intègre l’Ecole Normale Supérieure, obtient l’agrégation de philosophie en 1999 et termine par un DEA en 2000. Esprit brillant, il se consacre à l’enseignement. Maître de conférences, il dispense des cours dans de nombreuses universités : Lyon (2000-2002), Jussieu à Paris (2002-2003), l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (2000-2007) puis à l’Ecole Polytechnique (2007-2010). Depuis 2013, il enseigne la philosophie à des élèves de seconde et de première de l’Ecole active bilingue Jeannine Manuel. Outre ses activités universitaires, Raphaël Enthoven anime et produit des émissions de radio et de télévision autour de la philosophie. Après France Culture (2007-2015), c’est désormais sur Europe 1 qu’il anime une chronique quotidienne du lundi au vendredi, à 7h25, « La morale de l’info » et une émission hebdomadaire d’une heure le samedi « Qui-vive ». A la télévision, sur Arte, il travaille dans l’émission « Philosophie », diffusée le dimanche à 12h25, depuis neuf ans. Son désir de transmettre et de sensibiliser à la philosophie transparaît également dans les nombreux ouvrages qu’il publie : La Dissertation de philo (éd. A. Fayard, 2010), Barthes (éd. A. Fayard, 2010), L’Absurde (éd. A. Fayard, 2010), Le Philosophe de service et autres textes (éd. Gallimard, 2011), La Folie, (éd. Fayard/France Culture, 2011), La dissertation de philo (Vol 2) (Coédition Fayard / France-Culture, 2012), Dictionnaire amoureux de Proust, avec Jean-Paul Enthoven (éd. Plon, 2013) pour lequel il obtient le prix Femina Essai. « Il n’y a pas un seul de mes livres où je n’évoque pas l’antisémitisme et le racisme », précise Raphaël Enthoven qui poursuit : « je ne suis pas convaincu de l’émergence d’un nouvel antisémitisme […] Je n’ai pas remarqué dans la grande typologie des antisémitismes qui remonte à la constitution de l’humanité en cité, de véritables nouveautés. Néanmoins, il est vrai que l’antiracisme est en crise. Cette crise prend les contours, pour le pire, d’un antisémitisme non pas nouveau mais renouvelé ». Il souligne un point essentiel concernant l’intrication de l’antisémitisme et du racisme : « le langage fait une différence entre racisme et antisémitisme mais en pratique cette nuance sémantique ou lexicale est immédiatement conjurée quand on les présente puisqu’on parle de l’antisémitisme comme d’une sous-catégorie du racisme. L’antisémitisme, comme l’homophobie d’ailleurs, appartient à ces haines dont l’objet, la victime, n’est pas immédiatement identifiable. Ce sont des haines qui demandent à construire la victime et qui ne s’appuient pas sur une différence spectaculaire mais sur une différence imperceptible. De sorte qu’on est dans l’antisémitisme comme dans l’homophobie, dans la haine de soi plus encore que dans la haine de l’autre. »

Mohamed Sifaoui

sifaoui

Journaliste, écrivain et réalisateur franco-algérien, Mohamed Sifaoui est né en 1967 en Algérie. Spécialiste des mouvements islamistes et des groupes terroristes, il s’infiltre dans les milieux fondamentalistes proches  du crime organisé. Correspondant du journal « Jeune Afrique », en 1999, il quitte l’Algérie, pour la France. Opposant au régime algérien et engagé dans la lutte contre l’islamisme et le fanatisme, il vit sous protection policière. Ses productions écrites sont l’objet de controverses : La France, malade de l’islamisme : menaces terroristes sur l’Hexagone (éd. Le Cherche midi, 2002), Mes “frères” assassins : comment j’ai infiltré une cellule d’Al-Qaïda (éd. Le Cherche midi, 2003), Lettre aux islamistes de France et de Navarre (éd. Le Cherche midi, 2004), L’affaire des caricatures : dessins et manipulations, (éd. Privé, ‎2006), Combattre le terrorisme islamiste (éd. Grasset 2007), J’ai infiltré le milieu asiatique (éd. Le Cherche midi, 2007), Pourquoi l’islamisme séduit-il ? (éd. Armand Colin, 2010), Éric Zemmour, une supercherie française (éd. Armand Colin, 2010), AQMI, Le groupe terroriste qui menace la France (éd. Encre d’Orient, 2010), Bouteflika, ses parrains et ses larbins (éd. Encre d’Orient, 2011), Histoire secrète de l’Algérie indépendante – l’État-DRS (éd. Nouveau Monde, 2012), Mon frère, ce terroriste, avec Abdelghani Merah (éd. Calmann-Lévy, 2012). Auteur de plusieurs reportages, il remporte en 2003, le grand prix Jean-Louis Calderon, dans la catégorie vidéo, du 17e festival international du scoop et du journalisme pour « j’ai infiltré un réseau terroriste ». Co-auteur avec Philippe Bercovici de deux bandes dessinées, Ben Laden dévoilé (éd. 12 Bis, 2009) et Ahmadinejad atomisé (éd. 12 Bis, 2010), il a contribué au scénario du film de Philippe Faucon, « La Désintégration » (2012). Militant, il préside depuis mai 2015 l’association « Onze janvier » qui lutte pour une réappropriation du net, en proposant des contenus alternatifs aux discours haineux. Mohamed Sifaoui considère qu’il existe « un antisémitisme qui revêt de nouveaux habits, de nouveaux visages. Il est urgent de s’emparer de cette nouvelle logique pour en comprendre les ressorts et faire de la pédagogie. Par exemple, aujourd’hui, l’antisémitisme se cache beaucoup derrière le voile de l’antisionisme ». Le mouvement antiraciste a un rôle d’importance : « les enjeux sont la pédagogie, les actions judiciaires et la sensibilisation de la société civile et des responsables politiques […] La parole antisémite passe par les réseaux sociaux, internet, des mécanismes plus complexes et les militants antiracistes ou les citoyens en général, ont besoin de décryptages. »

Zineb El Rhazoui

ZinebElRhazoui

Née à Casablanca (Maroc) en 1982, la franco-marocaine, Zineb El Rhazoui, est journaliste et militante des droits de l’homme. Titulaire d’un master en sociologie des religions à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), elle enseigne ensuite « la méthodologie de l’écrit et de la recherche » à l’université française d’Egypte (UFE). Zineb El Rhazoui est un électron libre, qui multiplie les activités autour de fils directeurs : la liberté, laïcité, égalité. Elle mène de nombreuses enquêtes au Maroc, sur les droits de l’homme, ce qui lui vaut plusieurs arrestations. En 2009, elle cofonde avec son amie marocaine Ibtissame Betty Lachgar, le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI) luttant au Maroc pour le droit des femmes, un état laïc, l’abolition de la peine de mort…Elle contribue également au journal satirique Charlie Hebdo sous le nom de plume Zineb. Zineb El Rhazoui est en congé au moment des attentats de Charlie Hebdo. Malgré les nombreuses fatwas lancées contre elle, la jeune femme courageuse et combattive, lutte avec véhémence contre la radicalisation, le fanatisme religieux et plus particulièrement l’islam radical. Elle vit néanmoins sous protection policière constante. Elle publie en collaboration avec Mohamed Leftah, Abdellah Taïa, Karim Boukhari, Fadwa Islah et Abdelaziz Errachidi, Nouvelles du Maroc (éd. Magellan-Le Monde diplomatique, ‎2011) et La Vie de Mahomet (éd. Les Échappés, ‎2013, illustrations de Charb). Le 3 mars paraîtra un nouvel opus, 13 aux éditions Ring, qui évoquera les attentats survenus en 2015 à travers des témoignages. Dans une interview sur RMC en novembre dernier, elle s’exprimait clairement sur l’islamisme : « Nous avons bien plus de musulmans en France que dans les organisations terroristes, il faudrait que nous arrêtions d’accepter que ces pleurnichards de la stigmatisation derrière leurs burqas ou leurs barbes nous imposent leur standard radicalisé comme étant le standard de toute une identité dans ce pays […] Pour moi l’islam n’est pas une race, la radicalité n’appartient à aucune race et le dénoncer c’est se référer à des principes démocratiques. Nous devons comprendre qu’il est temps d’arrêter de transiger sur les violations faites à la démocratie, à l’égalité hommes-femmes au nom du différentialisme culturel. »

Justine Mattioli