Des Gilets jaunes, partisans d’un « Frexit »

Par Isabelle Kersimon

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Ugo Amez/SIPA

Le mouvement des Gilets jaunes a trois singularités : né et développé grâce aux réseaux sociaux, il rassemble l’intégralité du spectre politique, de l’extrême droite à l’extrême gauche, et est plus que divisé sur l’Europe.

Le mouvement des Gilets jaunes est une vaste nébuleuse qu’il est difficile de catégoriser. Après plusieurs mois d’existence, ils ne parviennent de toute évidence pas à tenir un discours cohérent et à s’inscrire dans une démarche politique pour faire valoir leurs revendications. Si beaucoup crachent leur venin sur l’Europe, ils n’ont pas tous cette attitude. À l’instar d’Ingrid Levavasseur, qui avait un temps décidé d’être tête de liste aux élections européennes, certains Gilets jaunes étaient prêts à jouer le jeu de l’Europe. Elle s’est finalement désistée face aux critiques véhémentes et aux réactions d’autres Gilets jaunes historiques, en particulier Maxime Nicolle1 ou Éric Drouet2 ; ce dernier ayant publié un communiqué de presse, estimant que « voter Gilets jaunes, c’est voter Macron ». Le cas Levavasseur est le triste symbole de l’échec du mouvement face à l’Europe. Ils risquent de ne présenter aucune liste aux élections européennes. Christophe Chalençon3 et Hayk Shahinyan – figures du mouvement –, appellent de leur vœu la création du Mouvement alternatif citoyen (MAC). S’ils ont tenté de faire une liste Ralliement d’initiative citoyenne (RIC) pour les européennes, ils ont eux aussi abandonné.

Penseurs anti-européens

Le Grand débat national qui s’est ouvert depuis janvier et qui compte déjà plus d’un million de contributions sur Internet, ajoute à la confusion pour les Gilets jaunes. C’est dans ce contexte que des individus conceptualisent les revendications et semblent être plébiscités par beaucoup des Gilets jaunes. En premier lieu Étienne Chouard4, qui prône une alliance de combat entre toutes les sensibilités politiques pour renverser ce qu’il appelle « la domination parlementaire » et qu’il considère comme une « prison », la Constitution française, et une « prison plus grande encore et tyrannique », l’Union européenne. Il déclare : « Nous sortirons de l’UE par le RIC. » Sa vidéo au lendemain de l’annonce de la liste européenne précitée a fait 40 000 vues en 9 heures… L’autre anti-européiste apprécié est François Asselineau, fondateur et président de l’UPR, qui avait conduit une liste « pro-Frexit » durant la campagne présidentielle.

  1. Il se fait aussi appeler « Fly Rider » et a été épinglé pour ses tendances conspirationnistes.
  2. Autre leader médiatique des Gilets jaunes, célébré par Jean-Luc Mélenchon malgré son anti-immigrationnisme.
  3. Il a rencontré le vice-premier ministre Luigi Di Maio début février à Montargis (Loiret) mais s’est défendu de vouloir s’intégrer au Mouvement 5 étoiles.
  4. Professeur d’économie en collège, il s’est fait connaître en 2005 pour un texte d’opposition à la Constitution européenne. Mis en valeur en particulier par les réseaux soraliens, il est considéré comme un rouge-brun à cause de ses fréquentations et ses déclarations.

Le piège des européennes

Des sondages ont révélé que la liste des Gilets jaunes aux élections européennes nuirait principalement aux formations de Marine Le Pen et de Nicolas Dupont-Aignan, mais rassemblerait potentiellement 12 % des votants, arrivant en troisième position, derrière LREM et le RN, devant Les Républicains et La France insoumise. Il semble pourtant que l’idée d’élections « piège à cons » l’emporte chez les Gilets jaunes. Pour le moment, ils sont de véritables proies pour prédateurs radicaux anti-européens d’autant plus qu’ils se révèlent incapables de s’organiser !

Représentant national & médias

Les Gilets jaunes verraient bien l’avocat François Boulo représentant national. Sans étiquette, il est sensible à Jacques Sapir (économiste et directeur d’études à l’EHESS), Emmanuel Todd (essayiste, démographe et historien) et Frédéric Lordon (économiste, chercheur au Centre de sociologie européenne), peu réputés pour leur europhilie…

Les médias réchappant à l’extrême défiance des Gilets jaunes ne brillent pas par leur défense de l’Union européenne, en particulier l’organe du Kremlin RT-France. Vus à son inauguration : Jacques Sapir et François Asselineau.

2 Commentaires

  1. Encore une journaliste qui prend parti au lieu de donner une information objective au lecteur. Touche t-elle des royalties ?
    Quant aux résultats de sondages à quoi ça sert quand on sait qu’une bonne partie des électeurs se déterminent dans l’isoloir…
    Faites plutôt un article objectif sur les bonnes raisons de rester dans l’UE mais là c’est un peu plus difficile que de copier les copains ! et pour être en accord avec votre charte de déontologie faites « Avantages / Inconvénients »

  2. Pourquoi tant de haine (à peine contenue) contre les partisans du Frexit et RT? Vous manquez de mesure, et de finesse. Russophobie à fleur de peau, parti pris à peine voilé à l’encontre des opposants à l’UE et à l’Euro! Dit-on de France 24 qu’elle est la voix de l’Elysée? Qu’est-ce donc que les « prédateurs radicaux anti européens »? Appelez à voter pour la liste LREM, et au moins tout sera clair!

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