Discours de Mario Stasi, président de la LICRA – Clôture des #UA2018

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Discours de clôture des #UA2018

En tant que président de la Licra, c'est une tradition, j'ai eu le plaisir et l'honneur de clôturer la 8e édition de nos Universités d'automne au Havre. En vidéo, voici le discours que j'ai prononcé devant nos militants.

Posted by Mario Stasi on Thursday, October 18, 2018

Dimanche 14 octobre 2018 au Pasino du Havre

Chers amis,

J’ai grand plaisir à clôturer ces 8èmes universités de la LICRA au Havre qui sont pour moi les premières en tant que président de la LICRA.

En préalable à mon propos je veux remercier :

  • Le groupe Partouche et Ari Sebag, secrétaire général de la LICRA pour son accueil et la fraternité avec laquelle nous sommes toujours accueillis ici
  • La mairie du Havre et son maire, Luc Lemonnier son maire et président de l’Agglomération qui a poursuivi et intensifié le compagnonnage construit depuis 2011 entre Edouard Philippe et Alain Jakubowicz
  • Le groupe JC Decaux et l’institut de sondage OpinionWay fidèles partenaires et soutiens de nos travaux havrais

Ces universités sont un moment essentiel dans la vie de la LICRA car elles nous permettent de nous retrouver et de travailler au fond, avec des experts, les sujets qui nous préoccupent. Si nous avons choisi de travailler sur la question des « radicalités », ce n’est pas un exercice de style. Nous sommes au cœur du sujet qui interroge l’Europe, et même au-delà les démocraties issues de la seconde guerre mondiale.

Sans doute pour la première fois depuis 1945, notre édifice démocratique n’a jamais été aussi fragilisé par la convergence des radicalités qui, conjuguées, participent d’une offensive commune contre l’universalisme et les droits humains. Pas un pays d’Europe n’échappe à cette situation

  • Une situation qui voit l’extrême-droite prendre le chemin des urnes, avec le concours, l’appui, le soutien et le prosélytisme de groupes radicaux qui donnent le « La » du débat politique, imposent leurs thèmes sur les migrants et sur les questions identitaires
  • Une situation voit l’islamisme progresser sous sa forme la plus absolue, le terrorisme mais aussi sous sa forme larvée, le communautarisme séparatiste, nourri d’antisémitisme et d’assignations qui conduisent à enfermer et réduire des individus dans une communauté et une pratique religieuse fondamentalisme.
  • Une situation qui voit l’ultra gauche prendre les chemins de la haine, un chemin ethniciste, qui veut passer la République à la découpe de ses lubies postcoloniales, antisémites et racialistes.

Je veux en quelques mots tirer les leçons des travaux que nous avons menés durant ces trois jours.

Le premier constat, c’est l’urgence.

Comme l’a rappelé Jean-Dominique Giuliani vendredi soir, nous avons une urgence au plan démocratique et électoral. La carte politique de l’Europe brunit à vue d’œil et nous risquons de nous retrouver avec des peuples qui majoritairement basculent contre la démocratie. L’illisibilité de l’action publique, le procès en inefficacité qui lui est fait, la démagogie xénophobes anti-migrants risquent de déferlent sur l’Europe et de détruire, en quelques mois, ce que nos démocraties ont mis 70 ans à reconstruire et à édifier.

L’urgence, c’est aussi celle qui pèse sur la laïcité et qui, par faiblesse, par aveuglement, ou par conviction, voit s’effriter le ciment de la République que constitue la loi de 1905 qui garantit la liberté absolue de conscience et remet la religion là où elle doit être, à sa place, dans l’intimité des individus.

L’urgence c’est enfin celle qui voit sous nos yeux l’antisémitisme, comme toujours, ressurgir et être annonciateur et à l’avant-garde, malheureusement, de nos plus grands malheurs. La prolifération de l’antisémitisme a conduit au passage à l’acte et a tué en France, depuis la mort d’Ilan Halimi à celle de Mireille Knoll, en passant par les morts de Toulouse et l’assassinat de Sarah Halimi. Nos concitoyens ne mesurent pas encore pleinement cette urgence et nous sommes guettés par le risque d’une banalisation de cet antisémitisme.

Le second constat, c’est la nature du combat que nous devons mener.

Je retire de ces universités que nous devons placer notre combat sur des bases simples et lisibles. Nous sommes face à un choix entre deux visions de la société. Le repli identaire

D’un côté, il y a le repli identitaire. Sa nature est de diviser et ses effets sont connus : mettre nos sociétés dans un engrenage immuable dont notre ami Alain Chouraqui est un fin connaisseur. Cet engrenage c’est celui qui conduit à l’affrontement et qui use toujours des mêmes méthodes. C’est celui qui essentialisent un groupe :

  • L’extrême-droite essentialise ce dont elle rêve, un suprémacisme blanc, exclusivement catholique, exclusivement hétérosexuel. Par voie de conséquence, cette extrême-droite essentialise des groupes qu’elle vomit : les noirs, les musulmans, les migrants, les homosexuels.
  • L’islamisme essentialise et donne une lecture fondamentaliste du monde, définit, comme l’a rappelé Jacqueline Costa-Lascoux ce qui est pur et ce qui est impur, et essentialise des groupes, les antagonise et les désigne la vindicte : les juifs, les homosexuels, les femmes, les francs-maçons, en justifiant le régime d’inégalité et de discrimination qui conduit, comme l’ont rappelé Raphaëlle Bacqué, à ce que les juifs ont quitté la ville de Trappes, notamment après l’incendie de la synagogue.
  • L’ultra gauche, quant à elle, essentialise les groupes autour du rôle du bourreau et de la victime. Dans l’idéologie indigéniste, le Blanc est ce salaud éternel pourvoyeur du colonialisme et le Noir ou l’Arabe sont des victimes éternelles à qui on assigne pour les siècles des siècles

Face à cette idéologie identitaire, il y a l’universalisme.

Il y a l’affirmation irréductible des Lumières selon laquelle chaque homme doit sortir de l’état de tutelle auquel on voudrait le soumettre. Il y a cette promesse révolutionnaire qui consiste à proclamer l’unité du genre humaine. Il y a cette indignation toujours vivace en nous selon laquelle hiérachiser la nature en fonction de la couleur de la peau, de la religion ou de l’orientation sexuelle serait une abdication insupportable de nos valeurs. J’ai retenu de nos tables-rondes le message de Benjamin Abtan le terrible silence de l’universalisme là où les identitaires mettent des mots, les mauvais mots évidemment, mais ils mettent des mots sur une insécurité culturelle, une crise d’angoisse des identités contemporaines. Nous n’arrivons plus, parmi les défenseurs de l’universalisme, à mettre des mots sur les choses.

C’est, pour la LICRA, la feuille de route à laquelle nous devons nous astreindre et je veux exprimer devant vous une conviction profonde, une conviction intime, une conviction qui est le moteur de mon militantisme. C’est par l’éducation que nous parviendrons, dès le plus jeune âge, à faire de nouveau entrer dans les consciences de la jeunesse les mots de la République et de l’universalisme, que nous ferons ce travail de longue haleine, de conviction et d’éveil qui doit émanciper la jeunesse de l’enferment identitaire dont elle est la proie. C’est un travail difficile, c’est un travail qui intéresse moins les journalistes que nos communiqués de presse pour dénoncer tel ou tel acte raciste ou antisémite.

C’est pourtant le chemin nécessaire qui doit nous permettre de sortir de la légitime indignation à l’action concrète, les mains dans le cambouis, pour incarner les valeurs de l’universalisme sur le terrain et pour les générations qui viennent. Je veux remercier, de ce point de vue que j’ai été rasséréné par le message d’espoir que nous a délivré Alain Chouraqui quand il nous expliquait que des jeunes, venus de quartiers difficiles, en apparence violemment hostiles au fait qu’on leur parle de la Shoah, des juifs ou de l’antisémitisme n’étaient pas insensibles, bien au contraire, aux arguments de la réalité historique, aux arguments de la raison et aux arguments de la preuve par l’exemple. A la LICRA, je dois dire que nous partageons cette conviction que personne, absolument personne, n’est perdu pour la cause universaliste et qu’il n’y a pas de fatalité à la haine raciste et antisémite.

Le troisième constat, c’est la nécessité de l’action politique au plan européen.

Nous aurions tort de croire que nous allons combattre ces phénomènes à l’échelle de notre pré-carré français. D’abord parce qu’Internet a aboli les frontières de la haine. Ensuite, parce que nous avons oublié combien l’Europe devait jouer une place centrale dans la lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

Je veux le dire ici solennellement : nous avons moins d’un an pour sauver l’Europe et en réalité pour sauver l’universalisme

L’Europe est née du désastre et de la nécessité de former une communauté d’hommes et de femmes ayant en partage des valeurs et des principes universalistes. L’Europe, c’est un socle commun, des siècles de construction d’une culture commune sans exclusive arrimée tout à la fois à la Grèce et à Rome, aux civilisations portées par la foi, à l’humanisme de la Renaissance, à la raison des Lumières, à l’émancipation des peuples, à l’éclosion des droits et des libertés. La démocratie, le pluralisme, la liberté d’opinion, la liberté de conscience sont le fruit de cet héritage européen.

Aujourd’hui, l’Europe est sous la menace historique et conjointe de tous les extrémismes politiques et religieux qui rêvent précisément de balayer cet héritage universaliste qui nous protège du chaos. Des dangers convergent dans la même direction : celle de l’affaiblissement de notre régime de libertés et la recherche de l’affrontement identitaire, nous l’avons vu durant ces trois jours.

Dans quelques mois l’Europe va voter et élire son Parlement. Jamais une élection européenne n’aura sans doute été aussi déterminante pour son avenir, pour notre avenir. D’aucuns voudraient la transformer en référendum contre les valeurs de l’Europe et récolter les fruits de l’insécurité culturelle qui divise les peuples.

Notre devoir, à nous, universalistes, attachés à la promesse européenne de paix et de fraternité, et particulièrement à la Convention européenne des Droits de l’Homme, est de consacrer toute notre énergie pour démanteler le cartel populiste extrémiste en train de se former.

A la LICRA, nous allons prendre notre part dans cette bataille intellectuelle et morale pour faire valoir une Europe fidèle à nos idéaux antiracistes. Comme nous l’avions fait pour les élections nationales de mai 2017, nous soumettrons une charte, dans tous les pays, aux candidats afin qu’ils s’engagent contre le racisme, contre la xénophobie, contre l’antisémitisme et toutes les formes de haine qui ne manqueront pas d’émerger à la faveur de la campagne électorale.

A la LICRA, nous allons jouer dans cette campagne notre rôle de lanceur d’alerte pour dire que la première victime des radicalités qui minent l’Europe ce sera la Convention Européenne des Droits de l’Homme qui constitue le socle commun acquis qui protège nos droits et nos libertés et qui est la cible des identitaires de tous poils.

Nous organiserons des réunions publiques, en France et à l’étranger, pour réveiller l’opinion, dans les universités, dans les lieux publics, dans les écoles, sur les terrains de sport. Nul ne devra ignorer ce que le mot « Europe » veut dire avant d’aller voter. Nous ferons campagne sur les réseaux sociaux pour défendre l’universalité des droits humains, pour ne pas voir disparaître, une fois encore, ce que Romain Gary appelait dans Education européenne « le pouls de la liberté, ce battement souterrain et secret qui montait, de plus en plus fort, de tous les coins de l’Europe ».

Vous le voyez, je souhaite engager la LICRA, sur la longue durée, dans l’affirmation résolue de l’universalisme et l’exigence, l’obsession même, d’efficacité de nos actions concrètes sur le terrain. Nous ne réussirons pas si nous ne marchons pas sur nos deux jambes : le discours, la parole universaliste, le fait de mettre les mots sur nos principes d’un côté. L’action sur le terrain, l’action concrète, les yeux dans les yeux, avec les jeunes, dans les classes, spectateurs et acteurs de l’écosystème des réseaux sociaux, avec les victimes de racisme et d’antisémitisme, avec les jeunes de la protection judiciaire de la jeunesse qu’il faudra convaincre encore et encore et que nous devrons former plus nombreux, avec les policiers et les gendarmes que nous formons chaque année, avec les DRH des entreprises que nous accompagnons pour qu’ils sachent appréhender l’émergence des faits religieux quels qu’ils soient, avec les enseignants qui font appel à notre expertise, avec les cadres des clubs sportifs et de l’éducation populaire dont nous espérons tant.

Avec beaucoup de détermination, avec une grande lucidité, avec beaucoup d’espoir pour les années qui viennent, restons fidèles à notre source. Celle de Bernard Lecache, celle de Jean-Pierre Bloch, celle de Lazare Rachline, celle qui a eu la dignité de former, il y a plus de 90 ans maintenant, cette véritable réserve citoyenne que nous formons aujourd’hui, vous et moi, ensemble et unis.

Ensemble et unis mes amis, avec enthousiasme, avec ferveur, avec passion, avec ténacité, nous sommes des militants politiques, des militants de conviction, des militants de combat, mes amis, au travail !

 

3 Commentaires

  1. D’accord avec votre défense de l’Union européenne. Assez âgé pour avoir, enfant, vécu la 2de guerre mondiale , je reste admiratif de la paix que la construction européenne nous a apportée, et ce malgré les critiques, sur le plan de l’organisation économique libérale, dont l’extrême droite alliée à une auto – dénommée « extrême gauche » ont pu, après Maastricht, « arroser » cette construction . Il me semble qu’à sortir de l’Union Européenne, l’europhobie nous ramènerait à 1939.L’Union Européenne – malgré qu’elle soit ultralibérale – est un rempart contre le  » bruit des bottes ». La violence aujourd’hui du parti de Mme Le Pen, les tartarinades musclées ce jour de Mr Mélenchon, c’est cela le » bruit des bottes ».

  2. Le sage montre les ci-devant mondialistes débridés , avec leurs clichés et stéréotypes éculés et itératifs ,et l’idiot regarde les nationalistes.Il est beau d’avoir supprimés le mot « race  » de la constitution,si c’est au profit des extrémistes religieux , politiques et souvent politico-religieux (double jeu et double langage oblige) .il n’y a plus d’humanisme ,même si certains mettent en avant « l’humain d’abord » car il y a un déni généralisé de la part d’animalité en l’homme pour tomber dans un unisexisme qui est pire encore ,car,cela est un eugénisme darwiniste-social qui ne veut pas dire son nom le national-socialisme de type allemand n’existant plus .http://pierrejouventin.fr/la-face-cachee-de-darwin-lanimalite-de-lhomme/

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