Un FN menaçant sous son plafond de verre #CongrèsLicra2016

Il grimpe, il grimpe… Front national new-look ou pas tant que ça, plafond de verre ou peut-être pas… Parole d’antiraciste : il faut enrayer la montée de ce mouvement xénophobe qui fait son beurre de toutes les peurs.

Le Vrai visage du FN

Beaucoup d’entre nous l’ont rangé une fois pour toutes dans les rangs de nos adversaires irréconciliables, mais ferment les yeux sur le sens de sa progression. Les dernières élections régionales attestent de ce que la progression continue de ce parti populiste touche plusieurs couches de la société. Nombreux sont ceux qui nous surprennent en disant que la France a tout essayé, que rien ne s’améliore et qu’il serait temps de jouer cette carte. Là encore, le raisonnement contre la xénophobie des marinistes ou contre leur aspiration à quitter l’euro pour se réfugier dans un splendide isolement ne mord plus vraiment chez certains de nos concitoyens.

LA LEPÉNISATION DES ESPRITS

Les attentats de 2015 ont contribué à favoriser cette progression. La peur de l’étranger, l’ignorance de ce qu’est l’Islam transformée en haine du musulman prospèrent dans cette mouvance ; mais le danger ne vient pas seulement de ceux qui votent pour le parti d’extrême droite : depuis longtemps, on est amené à déplorer une lepénisation des esprits. Insensiblement, insidieusement les thèmes de l’extrême droite diffusent dans la société française plus sensible qu’hier à la xénophobie et au rejet des immigrés. Dans presque tous les partis de l’arc démocratique et républicain on retrouve une minorité de partisans d’un repli national prête à faire de l’Europe le bouc émissaire de nos difficultés et des migrations le principal fléau de notre temps.

Chez les lepénistes, la haine de l’immigré perdure, et chez certains d’entre eux aussi une haine des juifs, aujourd’hui camouflée pour des raisons tactiques.

DES LIENS INALTÉRÉS AVEC L’EXTRÊME DROITE RADICALE…

Hier le Front national servait de lieu de convergence des intégristes catholiques, des païens petainistes, de nostalgiques du nazisme et de jeunes crânes rasés qui rêvaient surtout de casser du « bougnoule ».

Demeurent de nombreux liens officieux ou personnels entre le FN et l’extrême droite radicale, le parti lepéniste faisant office de débouché naturel pour les cadres les plus prometteurs de cette dernière. Quelques sympathisants de l’action française ont ainsi concouru sous les couleurs du FN en Provence Alpes Côte d’Azur(Paca) aux dernières municipales. Les liens sont encore plus serrés avec le Bloc Identitaire dont un ancien dirigeant, Philippe  Vardon, a été élu  en décembre conseiller régional de PACA sur la liste de Marion Maréchal LePen.

… ET DE NOUVELLES RECRUES

Progressivement devenu un parti de masse, il rassemble aujourd’hui un grande nombre de français issus de milieux très divers. L’anomie urbaine, la dégradation des campagnes et le mitage rural, le chômage croissant, la précarité des emplois, le chômage croissant, l’insécurité sociale et psychologique, les difficultés d’adaptation d’une éducation nationale à une explosion scolaire sans précédent, la dissolution progressive des grandes associations à vocation d’encadrement populaire (partis,syndicats, églises) ont contribué à une inquiétude dont la démagogie du front national a su faire son beurre et ses voix. Encore faut-il ne pas passer à côté des nouvelles initiatives du FN pour s’implanter dans les quartiers populaires où, à l’occasion des régionales, il a considérablement progressé .

La France Apaisée

Beaucoup se laissent duper par la nouvelle posture et le « nouveau » langage qu’utilise Marine Le Pen.  Le sigle  originel de « droite nationale et populaire » d’hier a laissé la place au slogan « Ni droite, ni gauche Français d’abord ».

L’OBJECTIF DU F.N. : RÉUSSIR SA DÉDIABOLISATION

Ce nationalisme en séduit certains d’autant que Marine LePen veut faire croire qu’elle a jeté l’antisémitisme aux orties déclarant en 2014 à Valeurs actuelles que le FN n’est pas un adversaire des juifs  mais dans l’avenir, le meilleur bouclier pour les protéger ». La réalité est évidemment toute autre et l’argument bien sûr tactique. Louis Aliot  vice président du parti avait mangé le morceau quand il avait expliqué à la chercheuse Valérie Igounet que c’était là la condition principale d’une dédiabolisation réussie. Le parti d’extrême droite tente de modifier son allure ,de respectabiliser son style, de modérer son programme, mais il a bien du mal à y parvenir. En raison du tempérament de ses cadres d’abord, le parti ne peut vivre et prospérer que dans l’attaque et l’excès. Mais surtout le fonds de commerce  du FN, son terrain de prédilection, son arme la plus redoutable  c’est la guerre contre l’immigration, contre l’islam, contre les musulmans.

L’EXTRÊME DROITE CONTINUE POURTANT À FAIRE PEUR

La pression migratoire et le spectre des attentats contribuent à crédibiliser cet engagement, mais la combativité et la violence des propos sont clivants. L’injure, l’agression des personnes sont chose commune dans le parti et ils ne sont pas près de disparaitre ou même de reculer. Le FN n’est pas un parti comme les autres, ne serait ce que par l’histoire de sa création et par les idées qu’il véhicule. Perdurent chez les militants la haine de l’immigré et du juif, la nostalgie d’un âge d’or perdu, la haine du cosmopolitisme mondialisé  et la vision d’une société construite sur des ressorts biologiques. Le vocable « métastase » associé à l’immigration en est une récente manifestation.

Faut-il rappeler que la France s’est construite et enrichie de ces présences qui venaient d’ailleurs ? Economiquement, moralement, culturellement ? Les Péreire, Offenbach, Marcel Proust, Alexandre Dumas, Aimé Césaire… – ils sont des milliers – lui ont donné ce visage universel que nous aimons et qui nous est envié.

Pour autant, le second tour des régionales a aussi montré qu’un plafond de verre continue à empêcher le parti d’extrême droite d’arriver aux affaires. L’extrême droite est devenue le principal véhicule protestataire mais elle continue à faire peur. Si un bon tiers des électeurs n’hésite plus à voter FN au premier tour , 70% de nos concitoyens refusent de voir ce parti diriger un département ou une région, a fortiori le gouvernement. C’est la dernière barrière qui tient encore. La Licra fera tout ce qui est en son pouvoir pour la renforcer. Et vous que ferez-vous ?

Antoine Spire