Focus Droit de Vivre : les éditos d’Alain Jakubowicz et d’Antoine Spire

Parlons vrai

Alain-Jakubowicz-avocat-lyonnais-et-président-de- La réaction de l’humanité a été à la hauteur du coup qui lui a été porté. Le monde entier a chanté la « Marseillaise » et pavoisé ses lieux symboliques du drapeau tricolore. Chez nous, les citoyens, les artistes, les internautes ont eu à cœur de marquer leur colère, leur rage et leur détermination à ne rien céder devant les barbares. Nous, militants de la Fraternité, tout en étant à l’unisson de nos concitoyens, sommes restés silencieux. Nous savons que dans ces moments d’unité nationale, notre parole est inutile. Face à la dimension de l’horreur et à l’embrasement qui en est résulté, le peuple de France, dans sa richesse et sa diversité, s’est emparé du flambeau de l’indignation et de la révolte. Quand l’incendie sera éteint, quand la vie aura repris son cours, que les victimes exterminées le 13 novembre auront rejoint, dans le cimetière de la mémoire collective, celles des 7 et 8 janvier et tant d’autres aujourd’hui oubliées, il nous appartiendra de ramasser le flambeau et d’entretenir la flamme chancelante de la victime inconnue… jusqu’à la prochaine fois.
Il n’y a nulle amertume dans ce constat, mais un peu de lassitude et beaucoup de tristesse. La belle unanimité à laquelle nous avons assisté laisse en effet, pour les observateurs avertis que nous sommes, un goût un peu amer.
Parlons vrai. Qu’est-ce qui a le plus touché nos concitoyens dans le drame que nous venons de vivre ? Le fait que chacun de nous aurait pu en être victime, et se sent donc directement concerné. Mais quelle différence y a-t-il entre ces victimes et celles de Merah en 2012 et de Kouachi et Coulibaly, il y a dix mois ? Les unes seraient-elles plus victimes que les autres ? Y aurait-il des morts qui seraient plus injustes que d’autres ? Y aurait-il des victimes « innocentes » et d’autres qui le seraient moins ? C’est humain, me dit-on, on ne se mobilise que quand on est concerné, et la majorité des Français ne met pas ses enfants dans une école juive et ne fréquente pas les magasins cacher.
Il aura donc fallu 130 victimes « innocentes  pour qu’on réalise que c’est la même haine et la même hystérie meurtrière qui ont frappé à Toulouse en 2012 et à deux reprises à Paris en 2015.

On ne dira jamais assez qu’aucune caricature, aucun « vice » et aucune luxure ne feront autant de mal au Prophète et à ses croyants que ces salauds endoctrinés et assoiffés de sang. Arrêtons une bonne fois pour toutes de leur chercher des excuses, ils n’en ont aucune. Leur volonté est de semer la zizanie et la peur au sein de notre société. Je frémis à l’idée qu’ils puissent y parvenir, et certaines prises de parole d’irresponsables politiques au cours de ces derniers jours n’incitent guère à l’optimisme. Ce n’est pas en jetant l’opprobre sur une religion au nom d’une prétendue responsabilité collective qu’on réglera le problème. Autant il est indispensable de lutter contre les tenants de l’islam radical– en ayant recours, s’il le faut, aux mesures les plus coercitives –, autant il est urgent de tendre la main à nos concitoyens de confession musulmane pour leur signifier qu’ils font définitivement partie de la communauté nationale.

C’est avec eux et pas contre eux qu’on éradiquera le mal. Il ne s’agit pas de les sommer de prendre parti ou de se justifier de quoi que soit. Mais il leur appartient de signifier clairement que leur foi n’a rien à voir avec ceux qui prônent le djihad et sèment la mort au nom d’une idéologie raciste et antisémite. Les musulmans de France sont victimes de l’islamisme radical et doivent donc prendre toute leur place dans le combat pour l’éradiquer. Nous serons pour cela à leurs côtés. Montrons, dans la belle union du peuple de France qui se manifeste depuis le 13 novembre, que nous sommes, tous ensemble, déterminés à refuser tous les extrémismes et leur cortège de haine et de rejet de l’autre.

L’occasion nous en sera donnée dès le mois prochain. Après ce que nous avons vécu, il ne peut, il ne doit plus y avoir de place pour l’abstention. Pour reprendre notre destin en main, usons de l’arme des démocrates qu’est le bulletin de vote, et faisons en bon usage. Au-delà des calculs politiciens et les logiques d’appareils, et s’il le faut contre, unissons-nous dans un vaste front de défense républicaine pour dire non à l’obscurantisme et ne pas donner raison aux salauds. Nous devons cela, au moins, aux victimes, à toutes les victimes.

Quelle riposte ?

p93862_2-antoine-spireNous sommes tous sous le choc de la folie et de la haine qui ont frappé notre pays le 13 novembre. Aujourd’hui, il nous faut faire face, et d’abord comprendre. Qui porte la guerre en plein Paris ? Daech, l’islamisme armé, a fait de la France l’une de ses cibles. Après avoir pointé la liberté d’expression qu’ils ont voulu assassiner avec « Charlie », les juifs de France qu’ils ont voulu massacrer dans l’Hyper Cacher, c’est la France entière qu’ils visent : les jeunes, ceux qui se rassemblent le vendredi soir pour assister à un match de foot, écouter de la musique ou boire un coup. Les mouvements islamistes ont appelé à porter la guerre sainte en Europe, à tuer les « infidèles », « les juifs » et les « croisés ». Le 13 novembre, ils nous ont montré qu’il faut prendre au mot le programme de cette maladie régressive de l’islam qu’est l’islamisme. Nous sommes en face d’une offensive massive et aveugle contre ce qui fait le cœur de notre République. Ils en veulent à notre liberté et voudraient nous contraindre à la soumission à leurs dogmes religieux. Ils en veulent à l’égalité et voudraient asservir les

femmes et traiter en dhimmi (inférieurs et protégés ) les tenants des autres religions monothéistes. Ils en veulent à la fraternité de ceux qui aiment la vie et festoient ensemble ou écoutent de la musique.

Les tueurs disent répondre aux bombardements en Irak et en Syrie, mais ces bombardements visent des objectifs militaires, en évitant autant que faire se

peut de massacrer les civils. L’Etat islamique cherche à couper les musulmans, tous les musulmans, du reste de la société française. Daech voudrait des lynchages de musulmans, des attaques de mosquées, des agressions de femmes voilées, et ainsi provoquer une guerre civile. Nous ne tomberons pas dans ce piège. Si Daech massacre au nom de l’Islam, tous les musulmans ne sont pas des partisans de Daech. Dès le 13 novembre au soir, les responsables de l’Islam de France ont dénoncé les assassins et leurs « actes non islamiques ». Tarek Oubrou, imam de Bordeaux, s’est écrié à la télévision : « Les musulmans doivent se manifester pour dire stop ! »

La revendication des attentats de Paris par Daech commence par une citation du Coran. Cette forme de terrorisme donne une justification religieuse à son action, alors qu’en réalité, elle instrumentalise Dieu. Il y a en France des millions de musulmans qui ont, comme nous tous, condamné le terrorisme et pleuré la mort de nos 130 concitoyens.

On cherche à nous monter les uns contre les autres. Resserrons nos liens, résistons ensemble, dans l’union nationale, en nous rassemblant autour de la valeur de la vie humaine contre la barbarie. Il y a énormément de gens que ces attentats ont révulsés et qui sont animés d’une vraie détermination. Pourquoi ne pas leur proposer de nous rejoindre à la Licra ?

Pour autant, il nous faut être intraitables avec l’islamisme et ceux qui le justifient peu ou prou en évoquant la misère des quartiers de banlieue. Arrêtons cette victimisation qui donnerait le permis de tuer ! Il faut que soit partagée la conviction qu’il n’y a rien à négocier avec un ennemi qui souhaite votre perte ou votre soumission, et que ni les frappes aériennes en Irak et en Syrie, ni les concessions aux exigences islamistes dans les pays européens ne suffisent à conjurer la menace. Devant les attentats terroristes, soyons comme les Britanniques après celui de Londres, « Not afraid ! » Cela dit, la découverte d’un faux passeport syrien devant le Stade de France, l’itinéraire de deux des assassins laissent penser que les tueurs se glissent parmi les réfugiés, et le Front national s’est empressé de lier les attentats à la crise des migrants. Nous ne nous laisserons pas faire : dans ce numéro du « DDV », nous expliquons comment procède l’Ofpra pour faire le tri entre le bon grain et l’ivraie. Les attentats sont conçus en Syrie, mais les assassins sont français ou belges, nourris au lait de la haine islamiste. C’est elle qu’il faut éradiquer, et non les réfugiés !