L’Assemblée Générale des Nations Unies a adopté le 23 décembre 2010 une résolution organisant à New York le 22 septembre prochain la « célébration » de l’anniversaire des dix ans de la Conférence de Durban.
Cette tristement célèbre Conférence, troisième rendez-vous mondial contre le racisme qui s’est tenu en 2001 en Afrique du Sud, a été le théâtre des pires dérives et a marqué une profonde rupture dans le combat antiraciste. Au nom des droits à la différence et à l’autodétermination des peuples, des slogans appelant à la haine raciale furent scandés, des ouvrages antisémites furent diffusés et le débat sur les discriminations dont sont victimes les femmes fut censuré.
Si plusieurs Etats de l’Union Européenne comme l’Allemagne, l’Italie ou encore le Royaume-Uni ont voté contre ce projet de résolution, la France a ce jour-là tout simplement préféré s’abstenir. Ce silence assourdissant équivaut à un cautionnement moral inadmissible. Il n’est pas acceptable que notre pays puisse prêter son concours à ce processus maintes fois dévoyé, voire le financer.
L’organisation d’une telle commémoration est inutile et choquante. Qu’y a-t-il à célébrer si ce n’est le recul patent de lutte mondiale contre le racisme depuis 2001 ?
Au cours de la décennie passée, les libertés fondamentales de l’individu se sont vues atrophiées par le retour d’un obscurantisme rampant. Au nom du relativisme culturel, l’universalité et l’indivisibilité des Droits de l’Homme sont régulièrement remises en cause au sein des instances de l’ONU. Le Conseil des Droits de l’Homme, guidé par des coalitions politico-religieuses, entérine sans vergogne des résolutions criminalisant la diffamation des religions. Il n’a de cesse d’instrumentaliser la souffrance des victimes et instruit maladivement, à chaque session, le procès des démocraties occidentales.
Nous demandons aujourd’hui solennellement au Ministre des Affaires Etrangères, M. Alain Juppé, de suivre la voie européenne ouverte ces dernières semaines par la République Tchèque, les Pays-Bas ou encore l’Autriche en reconsidérant la position française et en refusant que notre pays participe à cette sinistre farce.
Dynamisée par l’espérance démocratique dans les pays arabes, cette nouvelle décennie mérite d’autres desseins que la contemplation des faillites passées : elle doit être l’opportunité d’une réforme du Conseil des Droits de l’Homme réussie et doit consacrer la formation des nouvelles générations aux droits de l’Homme.
En attendant, le temps presse. Chaque jour compte pour que le 22 septembre 2011 nous ne soyons ni spectateurs, ni acteurs de cette « célébration » du pire.
Signataires : Pascal Bruckner, essayiste et romancier, Luc Ferry, philosophe et ancien ministre, Alain Jakubowicz, président de la LICRA, Philippe Schmidt, vice-président de la LICRA en charge des affaires internationales, et Elie Wiesel, écrivain et prix Nobel de la paix.