
Le 3 mars, le ministre de l'éducation nationale M. Luc Chatel a jugé légitime la décision d'une directrice d'école de ne pas autoriser une mère à accompagner une sortie scolaire parce qu'elle refusait de retirer son voile.
Faut-il y voir une discrimination faisant écho aux déclarations tapageuses tenues actuellement par certains sur l'immigration, l'intégration et les musulmans ? La réponse est non. La Licra considère que l'exclusion des mères voilées accompagnatrices de sorties scolaires n'a nullement trait à une telle volonté ; cette démarche relève d'un strict respect du principe de laïcité exigé depuis plus d'un siècle par la République.
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"Si l'école ne peut être à l'abri du monde, les élèves doivent être protégés de 'la fureur du monde'" écrivait l'ancien ministre et regretté Bernard Stasi. L'école, lieu par essence de construction et d'apprentissage du "vivre ensemble", doit préserver les enfants de tout prosélytisme, les soustraire aux influences religieuses et politiques et garantir une liberté de conscience naissante.
C'est la raison pour laquelle les enseignants et les personnels éducatifs sont soumis à un devoir de réserve et à une stricte neutralité. Bien entendu, la loi ne concerne pas les parents qui en tant que simples "usagers" se rendent à l'école pour chercher leur enfant ou rencontrer un enseignant. Ce serait néanmoins méconnaître le système scolaire que de considérer qu'encadrer des sorties scolaires ne contribue pas au service public d'éducation. Les collaborateurs occasionnels que sont les parents accompagnateurs participent à la réalisation d'une activité pédagogique et concourent ainsi à l'action éducative. Ils ne peuvent se soustraire à la règle commune et ont ainsi le devoir de retirer tout signe manifestant ostensiblement leur appartenance religieuse.
Malheureusement certains ont perdu de vue le principe selon lequel ce n'est pas à la laïcité de s'accommoder de la religion mais bien l'inverse. Il n'est pas tolérable que, sous couvert de liberté religieuse, soit contesté de la sorte l'esprit républicain. Aujourd'hui la position du ministre de l'éducation nationale est conforme à celle du Haut Conseil à l'intégration (HCI) qui recommande "de faire respecter le principe de laïcité à tous les collaborateurs occasionnels du service public, y compris aux accompagnateurs de sorties scolaires".
La loi du 15 mars 2004 exclut toute manifestation d'appartenance religieuse par "les agents contribuant au service public de l'éducation, quels que soient leur fonction et leur statut". C'est pourquoi, face à la multiplication des conflits pour lesquels la Licra est saisie, nous considérons que la situation doit être précisée par l'écriture d'une nouvelle circulaire ministérielle. S'il n'est pas question de toucher à la loi, texte de concorde et d'apaisement, une clarification s'impose. Elle doit permettre aux professeurs et aux chefs d'établissements, aujourd'hui en première ligne, d'exercer sereinement leur fonction et leur mission.
Si c'est à l'école qu'il revient de préparer les citoyens de demain, il relève de notre devoir de veiller à ce que nos enfants bénéficient d'un espace éducatif pleinement respectueux des principes de neutralité et de laïcité.
(Tribune paru sur LeMonde.fr le 06/07/11)