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Colloque La tragédie des harkis: crime contre l'humanité ?

Commission: 
Mémoire et histoire
publié le 10/02/2012

Le colloque organisé par la Commission MHDH de la Licra en liaison avec l’association Harkis et Droits de l’Homme s’est tenu le samedi 4 février 2012. Une journée, pleine d’enseignements, pleine d’échanges parfois passionnés témoignant de blessures encore ouvertes, de frustrations aussi car le temps manquait pour permettre à tous de s’exprimer. Hormis de rares exceptions, les propos ont été civilisés et républicains.

Audrey Pulvar a animé la première table ronde en compagnie de Benjamin Stora, historien, et François-Xavier Hautreux, historien, sur le thème des nationalistes algériens et des supplétifs pendant la guerre. Les nationalistes sont d’abord des citadins ou des algériens vivant ou ayant vécu dans le monde d’immigration. Il y aura une reconstruction historique, une mythologie basée sur l’exaltation des valeurs paysannes. La bataille idéologique du FLN est la conquête des campagnes. Des fractures vont donc s’introduire progressivement au sein des familles paysannes.

Benoît Falaize, Lydia Aït Saadi, historienne et Zineb Ali-Benali, professeur de littérature dite francophone, ont débattu de la question politique sur le sujet en Algérie. Aujourd’hui, 10 pages au total (sur l’ensemble des manuels d’histoire en Algérie) évoquent les harkis ; on y parle de choix, et du fait que cela n’a pas toujours été un choix. La question des massacres et de l’abandon n’est jamais abordée.

Antoine Spire, Gilles Manceron, historien, et Todd Shepard, historien, ont débattu de l’abandon. Les harkis ne seront jamais traités comme citoyens, ainsi, ils seront forcés de réclamer leur citoyenneté française en 1962 lorsqu’ils arrivent en France.
 
Georges-Marc Benamou a demandé à Abderrahmen Moumen, historien, et à Régis Pierret, sociologue, de traiter de l’enfermement des harkis dans les camps. Il est ni rappelé que l’idée centrale en 1962, en France, est « les harkis on n’en veut pas » et, donc, le principe de marginalisation est appliqué dès le départ.
 
Alain David, philosophe, ancien Directeur de programmes au Collège international de philosophie, Géraud de la Pradelle, juriste université de Paris X, François Sebbah, philosophe, université de Compiègne, et Charles Tamazount, juriste, ont débattu de la question de la qualification des crimes subis par les harkis. On peut être d’autant plus attaché à la notion de crime contre l’humanité quand on subit un tort et qu’on ne peut pas le faire reconnaître, situation d’autant plus difficile pour les harkis que les lois d’amnistie verrouillent toutes les possibilités de recours.
 
Dominique Schnapper, sociologue (ancien membre du Conseil Constitutionnel), précise que toute réconciliation entre les deux pays ne pourra pas être vraiment établie si elle se fait par un déni de justice.
Alain Jakubowicz, Président de la Licra qui assure que la Licra se place délibérément du côté des harkis pour mener le combat sur deux plans essentiels :
- la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat dans le sort qu’a été celui des harkis, en Algérie et en France.
- l’obtention d’une réelle protection juridique afin que plus personne ne puisse traiter les harkis de sous-hommes, ne puisse les injurier en utilisant le  fait qu’ils soient harki, sans se voir condamné.