
« Le théâtre c'est la vie en deux heures »
Jacqueline Franjou Présidente du Festival de Ramatuelle
« Je rêvais de montrer que des spectacles différents peuvent cohabiter dans un festival et que l'esprit
de chapelle détruit la richesse née de la diversité. La différence c'est le maître mot de ma vie tant sur le plan personnel que professionnel. Alors que dans notre société en crise, - comme toujours, hélas, dans ces périodes - la peur de l'autre revient en force, il faut continuer à montrer que les artistes sont la preuve vivante de ce que la différence peut nous apporter de richesse à chacun. Personne ne peut construire l'avenir sur la peur et la haine. »
Michel Boujenah Directeur artistique
LE REPAS DES FAUVES
d'après l'oeuvre de Vahé katcha
Adaptation et mise en scène de Julien Sibre
« L'homme est un loup pour l'homme » Thomas Hobbes
Dans la France occupée, en 1942, deux officiers allemands sont abattus devant l'immeuble où sept amis fêtent un anniversaire. La Gestapo décide de prendre deux otages par appartement en représailles .
Le commandant kaubach dirige l'opération. Il reconnaît en l'un des participants de la fête un libraire qu'il apprécie. Par un plan machiavélique, il accorde aux sept convives de choisir eux-mêmes les deux otages qu'il ne viendra chercher qu'au dessert...
« Monter le Repas des Fauves, c'est mettre au jour la capacité vitale qu'ont toujours eue les hommes à se préserver joyeusement, à s'étourdir d'égoïsme et d'insouciance quand l'orage gronde alentour... » sur un air de Maurice Chevalier « Moi je ne m'en fais pas... » explique Julien Sibre, adaptateur, metteur en scène et interprète de la pièce. Une remarquable étude de caractère qui, en mélangeant humour et cynisme, explore les tréfonds de la nature humaine.
Ce spectacle du théâtre Michel a remporté trois Molière en 2011 et après une tournée à travers la France, sera présenté à nouveau à Paris en septembre 2012. Cette pièce est à la fois historique et contemporaine, divertissante et didactique. Elle est originale par cette mise en fond de scène sur écran géant, de coupures d'archives et de bandes dessinées qui éclairent le spectateur sur l'action extérieure.
Elle nous enseigne la vigilance face à tout pouvoir totalitaire dans l'espace et dans le temps. « Nous sommes des grains de poussière dans un énorme processus de destruction » s'exclame l'un des acteurs du huis-clos. Elle laisse au spectateur le choix du libre-arbitre :
Sommes-nous des prédateurs lorsque le danger nous guette, prêts à sacrifier nos amis et nos propres valeurs, en cherchant à sauver notre vie par tous les stratagèmes y compris la dénonciation d'un bouc-émissaire dans un élan de racisme primaire ? L'esprit de résistance finit-il par gagner le coeur des hommes et mener à la victoire des valeurs universelles? Seul le personnage de Max, l'invité invisible, en retard, apportera la réponse. Cette comédie dramatique par le jeu moderne des acteurs maintient le suspens jusqu'à la dernière
minute. La force des applaudissements l'a emporté sur celle du Mistral qui soufflait pourtant à 80 km/h !
Julien Sibre Metteur en scène a bien voulu répondre à cette question : "Que représente pour vous la LICRA ?"
« Ce qui est étrange - mais peut-être très commun pour ma génération - c'est que j'ai longtemps cru que la LICRA était née après SOS Racisme. Nombre de trentenaire nés dans les années 70 ont découvert leur conscience politique avec le mouvement "Touche pas à mon pote". C'est sans doute de là que vient la confusion. J'ai appris par la suite que j'étais dans l'erreur et que la LICRA était née bien avant !
Dans la multitude des organismes luttant contre le racisme et les préjugés qui en découlent, la LICRA représente pour moi, peut-être à tort, la branche la plus apolitique et la moins à l'affût du "buzz" médiatique. Peut-être moins "ludique" et médiatique que certaines associations, elle semble travailler plus en profondeur et auprès des personnes qui souffrent justement de ces discriminations. Et compte tenu des thèmes abordés dans notre pièce, ce sont des sujets et des thématiques qui me touchent et m'intéressent tout particulièrement. On voit bien au regard de l'attitude des personnages de cette pièce, que le combat de LICRA est plus que jamais d'actualité et bien loin d'être fini. »
Michèle Colomès