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La laïcité aujourd’hui : enquête au cœur de la LICRA

publié le 30/09/2009

En septembre 2008, le Conseil Fédéral de la LICRA avait décidé de relancer une large réflexion sur la laïcité. Si le principe même édicté par la loi de 1905 ne fait pas débat, son application engendre un questionnement légitime. A cette fin, un questionnaire a été adressé à l’ensemble des sections de la LICRA afin de mieux connaitre les opinions diverses qui traversent l’association à ce sujet. Laïcité, loi et vie quotidienne ; connaissance et enseignement de la laïcité ; laïcité et Droits de l’Homme ; concept de « laïcité positive » ; etc. sont au menu de cette enquête. En voilà les résultats.

En septembre 2008, le Conseil Fédéral de la LICRA avait décidé de relancer une large réflexion sur la laïcité. Si le principe même édicté par la loi de 1905 ne fait pas débat, son application engendre un questionnement légitime. A cette fin, un questionnaire a été adressé à l’ensemble des sections de la LICRA afin de mieux connaitre les opinions diverses qui traversent l’association à ce sujet. Laïcité, loi et vie quotidienne ; connaissance et enseignement de la laïcité ; laïcité et Droits de l’Homme ; concept de « laïcité positive » ; etc. sont au menu de cette enquête. En voilà les résultats.

Question 1 : Comment définiriez-vous la laïcité dans la République de 2008 ?

Quatre affirmations sont revenues majoritairement dans les réponses.

  • La laïcité organise la séparation des églises et de l'État (Loi de 1905)
  • Elle exige la neutralité de l'État, et donc des agents publics (interdiction de tout port de signes religieux visibles)
  • Elle garantit la liberté de conscience (article 1 de la Loi de 1905), la liberté de croire ou de ne pas croire, la liberté de pratiquer une religion dans le respect des lois de la République
  • La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte (article 2 de la Loi de 1905).

Les militants de l’association ont insisté sur l’essentiel, c'est-à-dire la « non ingérence des religions dans le fonctionnement de l’Etat et de l’espace public ». « La laïcité est un ciment de la République française, indispensable pour le Vivre ensemble », a commenté une personne interrogée.

Un ciment certes mais qui se fissure pour certains. Un constat exprimé dans plusieurs réponses : une totale séparation des Eglises et de l’Etat n’est pas effective aujourd’hui, citant pour exemple

  1. le régime concordataire en Alsace et en Moselle, le cas de la Guyane également (pour rappel, le clergé est salarié par le Conseil Général)
  2. l’entretien des églises par les collectivités publiques

Enfin, dès cette première question, certaines craintes ont été exprimées : une laïcité qualifiée de « chancelante » peut-on lire, ou encore une « notion caduque, mal contrôlée laissant la porte ouverte à la montée de l’Islam politique ».

Question 2 : Quand le président de la République Nicolas Sarkozy parle de « laïcité positive », comment comprenez-vous cette expression ? Qu’en pensez-vous ?

Il y a un quasi-consensus sur la question.

La laïcité ne supporte aucun adjectif : la qualifier ne fait qu’en réduire sa portée. Les militants entendent principalement au travers des propos du président de la République qu’il y aurait une laïcité négative. Or la laïcité n’est ni positive ni négative, elle est.

Ils jugent ce concept « inadmissible », « inacceptable », « voire dangereux ». « C’est une faute grave du Président ». Pour certains, Nicolas Sarkozy a ouvert dans ses discours une brèche dans le principe de laïcité,  brèche dans laquelle « se précipiteront tous ceux que la laïcité dérange, tous ceux qui veulent rendre aux religieux une place décisionnelle dans la politique nationale ».

Pour un militant, le recul du principe de laïcité est illustré par l’« appel lancé en 2005 par Nicolas Sarkozy, alors Ministre de l’Intérieur, aux imams afin de calmer les jeunes pendant les émeutes des banlieues » ; « un vrai recul de la République et de l’ordre républicain » dit-il.

Face à cette protestation massive, la voix d’une section s’élève : « l’expression de « laïcité positive » est certes mal choisie, mais ne s’agit-il pas de mettre en garde tous ceux qui souhaiteraient que la laïcité devienne une nouvelle religion intolérante et rigide ? ».

Une autre section tempère et conseillerait plutôt de parler d’« une laïcité dépassionnée ou pacifiée ».

Question 3 : A votre connaissance, la loi de 2004 - encadrant le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics - est-elle bien appliquée ?

Les militants de LICRA ont en premier chef fait part de leur vécu sur le terrain, via leurs multiples interventions en milieu scolaire. Ils s’accordent pour dire que la loi de 2004 est bien appliquée, qu’elle a eu la vertu d’apaiser l’ambiance dans les établissements scolaires. La très grande majorité des élèves s’y est pliée. Les exceptions ont été traitées dans la majorité des cas comme le demande la loi, c'est-à-dire en privilégiant le dialogue. Enfin, le personnel enseignant et administratif a été soulagé de savoir quelle devait être sa position, et de bénéficier de l’appui et de la légitimité de la loi.

Seule difficulté pointée du doigt : l’accompagnement de sorties scolaires par des mères voilées.

En souhaitez-vous son extension dans l’Université ?

Pour cette question, les réponses laissent transparaitre des résultats très partagés. 55 % des militants de la LICRA ayant répondu au questionnaire sont favorables à l’extension de cette loi aux universités. « Pourquoi gérer des établissements d’enseignements publics différemment des écoles, des collèges et des lycées ? » demandent-ils.

La réponse est apportée par le camp du Non (45%). Il juge que l’université est et doit rester un cadre de liberté où s’expriment des individualités majeures. On s’adresse ici à un public adulte, maître, en principe, de ses choix ; il n’y a donc pas lieu d’étendre cette application à l’université.

Par contre, les militants de la LICRA sont unanimes quant à une application stricte de la loi de 2004 aux professeurs et au personnel des universités.

Question 4 : Dans le monde éducatif, êtes-vous favorable :

a) à l’octroi du report d’examen pour cause de fêtes religieuses ?

C’est un non à 75 % qui l’emporte. Néanmoins, il y a tout de même un « mais », et un « mais » important. Pour une majorité, il serait « normal » et « courtois » que les institutions prennent un minimum de précautions en tenant compte des principales fêtes religieuses lors de l’élaboration du calendrier des examens.

A contrario, une militante rétorque que c’est « impossible compte tenu de la diversité religieuse dans notre pays ». Elle exprime la conviction que toutes les religions, quand elles ne sont pas dans une posture politique, trouvent des marges pour prescrire des exceptions.

Quant au 25 % restant, ils seraient donc plutôt enclins à l’octroi du report d’examen pour cause de fêtes religieuses, mais en limitant le nombre de passe-droits dans l’année scolaire. Ils soulignent une forme d’« injustice par rapport au christianisme et au calendrier républicain ».

b) à la livraison de plateaux repas dans les cantines scolaires publiques dues à des prescriptions religieuses ?

Un « non » massif : 90 %. Les militants de la LICRA demandent néanmoins assez largement de contourner ce problème par la proposition systématique de repas végétarien.

c) à l’encadrement de sorties scolaires par des parents manifestant des signes religieux ostentatoires ?

80 % des personnes ayant répondu jugent qu’un parent remplissant une fonction d’encadrement doit respecter la neutralité qui s’impose aux enseignants.

20 % pensent que ce cas pratique ne rentre pas dans le cadre de la loi de 2004 ; il faut néanmoins, disent-ils, « être extrêmement attentif à ce qu’il n’y ait pas d’acte de prosélytisme ».

Question 5 : Le principe de neutralité laïque dans l’espace public doit-il être étendu dans d’autres espaces du quotidien (santé, justice, police, entreprise, sport, etc.) ?

Un « oui » franc et unanime. Les militants ayant répondu aux questionnaires sont favorables à une neutralité laïque dans l’espace public. Transparait néanmoins une réelle difficulté pour les militants à définir une frontière entre espace public et privé ; cette frontière est parfois « discutable » disent-ils. Dans tous les espaces qui dépendent directement de l'Etat (hôpitaux, palais de justice, commissariats, etc.), l’ensemble des militants s’accorde sans souci sur l’application du principe de neutralité laïque. Remarque également d’un militant : « les règles de sécurité doivent également primer sur les prétentions religieuses ».

Par contre, concernant le sport et les entreprises, il y a une plus grande réserve de la part des militants qui s’interrogent sans trancher véritablement.

Question 6 : L’application du principe de laïcité peut-il, d’après-vous, induire des formes de discrimination ?

Un « non » à 60 %. Ces réponses soulignent que le principe de laïcité défend l’égalité des droits appliquée à tous indépendamment des convictions religieuses. De par son essence, il ne peut privilégier ou rejeter ni les croyants, ni les athées, ni les agnostiques.

40 % pointent néanmoins un risque (en faisant référence aux affaires des mères voilées accompagnatrices de sorties scolaires ou du gîte des Vosges). « Tout est dans l’interprétation de la loi » commentent-ils. « Attention aux différences de traitement entre les religions : la méfiance envers l’Islam cristallise certaines peurs et peut entrainer des comportements tout à fait illégitimes ». « A la LICRA d’expliquer le principe de laïcité pour qu’il ne soit pas vécu comme une discrimination » préconisent-ils.

Question 7 : Quelles nouvelles actions de promotion la LICRA devrait-elle conduire sur la question de la laïcité ?

Il y a d’abord les grands principes qu’il est néanmoins bon de rappeler. Veiller à l’application du principe de laïcité, éduquer, rappeler les lois, enseigner le fait religieux, expliquer l’athéisme, dénoncer l’intégrisme.

Puis il y a les moyens : campagnes d’information, débats publics, actions de prévention et d’éducation à la citoyenneté auprès de jeunes, modules obligatoires dans la formation des enseignants, actions de partenariats avec les élus locaux.

Un militant rappelle que le 9 décembre est la journée nationale de la laïcité. « Voilà une occasion pour mener une action d’envergure » recommande-t-il.

Enfin s’exprime une inquiétude : rouvrir un éventuel débat dans l’opinion publique sur le port de signes ostensibles manifestant une appartenance à une religion est sûrement utile mais pourrait s’avérer dangereux et douloureux.

Question 8 : Quel événement, relatif à l’affirmation ou à la contestation du principe de laïcité, vous a profondément marqué ?

Commençons par les événements relatifs à l’affirmation du principe de laïcité. C’est peau de chagrin, deux témoignages seulement :

  1. La commission Stasi, les débats de qualité qu’a suscité cette commission, et son aboutissement : la loi de 2004. « Une belle affirmation, réaffirmation, du principe de laïcité ».
  2. Le fait que les jeunes filles quittent aujourd’hui sans problème leur voile à l’entrée des établissements scolaires.

A contrario, les exemples de contestations du principe de laïcité sont pléthores.

En premier chef, les affirmations du Président de la République, notamment ces discours de Saint-Jean-de-Latran et de Ryad, ont été maintes fois citées : « l’instituteur qui ne pourra jamais remplacer le curé, le pasteur, le rabbin ou l’imam dans la transmission des principes de la République », c’est une formule qui a marqué nos militants. Concernant les honneurs accordés à la réception du Pape, un militant note un paradoxe : « au nom de la laïcité, on s’offusque des égards rendus au Pape. Les mêmes personnes regrettent les tergiversations vis-à-vis des rencontres officielles avec la Dalaï Lama alors que celui-ci est un chef religieux, qui défend des positions contraires aux principes même de la laïcité ».

Reviennent également à plusieurs reprises dans les événements relatifs à la contestation du principe de laïcité la position de la Halde au sujet des mères voilées accompagnatrices de sorties scolaires et les dispositions prises par certaines municipalités d’aménager des créneaux horaires dans les piscines municipales, deux postures face auxquelles les militants affichent une forte réprobation.

Enfin, en vrac, sont également cités la condamnation de Madame Truchelut (affaire du gîte des Vosges), le procès de Lille sur la virginité et l’affaire des caricatures de Mahomet.

Commentaires éventuels

Le constat personnel d’une militante : « Il y a un choix de longue date des citoyens français : c’est celui qui consiste dans l’espace public à ne pas afficher ostensiblement ses différences, à se rencontrer et se croiser dans la rue sur ce que l’on a en commun. Si l’on prend la photographie d’une foule il y a dix ans, impossible de savoir la religion de chacun. Aujourd’hui, les foulards, les hijabs, les burkas, les voiles, les tenues salafistes… changent la rue et la culture urbaine. ».

Deux militants préconisent que « les religions principales et l’athéisme soient (mieux) abordés dans les établissements scolaires afin que l’appartenance ou la non-pratique religieuse n’apparaissent pas comme des sujets tabous ». Ils en appellent bien évidemment à l’Education Nationale : « L’importance des religions dans l’Histoire et la Culture est telle que l’Education Nationale ne peut être muette sur de tels sujets ».

Enfin, un militant conclut en demandant à la LICRA de continuer à « veiller à la fois à ce que tout croyant présent sur le territoire national puisse pratiquer sa religion dans des conditions d’égalité de traitement et à la fois à ce qu’aucun groupe religieux ne vienne remettre en cause la légitimité de la loi républicaine en voulant se substituer à elle ».



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