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Entretien réalisé par le cercle de la Licra : Dominique REYNIE, Professeur à Sciences Po, Directeur de la Fondapol

publié le 24/07/2012

Les populistes se présentent comme les nouveaux résistants

 
Pour Dominique Reynié, il est impératif d’ouvrir un débat autour de la recomposition des sociétés européennes sauf à laisser prospérer les mouvements populistes en Europe. Les sociétés européennes doivent parvenir à régler leur rapport aux différences et faire émerger une société de la diversité. Tout en posant des principes essentiels que personne ne peut transgresser: égalité, dignité..., les individus doivent pouvoir choisir leur différence à l’intérieur de cette « société de la diversité » (sexualité, leur religion...) 

 

Votre ouvrage analyse la montée du populisme en Europe. Dans quelle mesure le populisme est-il une nouveauté?  Vous  y  faites  d'ailleurs  référence  au  pluriel...
 
Le populisme existe en effet depuis longtemps. Mais je me réfère  à  la  période  actuelle.  Ce  n’est  pas  le  populisme  en  tant  que   tel  qui  m’intéresse ; c’est  le  populisme  que  je  vois  apparaître  aujourd’hui  dans  l’espace  européen.  Ce  populisme  se  manifeste   principalement   au   travers   d’organisations   politiques   qui   sont   capables   de   réunir   un   nombre   substantiel   d’électeurs. En France,  Marine  Le  Pen  a  rassemblé  6,4  millions  d’électeurs  à  la  présidentielle.  Et  il  y  a  d’autres  exemples  en  Europe, au sein de  l’UE  comme  dans  des  pays  qui  n’en  sont  pas  membres (UDC Suisse, parti du progrès  en  Norvège...).
 
Je   fais   remonter   ce   phénomène   à   la   décennie   des   années   1990.   Le   tournant   est   très   net.   Des   partis   d’extrême   droite   classique confrontés à un échec électoral répété et qui ont épuisé leurs ressources (vieillesse des militants, références qui ne font  plus  sens),  comprennent  qu’il  y  a  une  opportunité  à  saisir  dans  une  période  troublée.  Jean-Marie Le Pen a explicitement indiqué que le FN devait se convertir au  populisme.  Le  leader  du  FN  analyse  bien  les  avantages  pour  un  parti  d’extrême   droite à effectuer un déplacement vers le populisme ; un terme qui se réfère au peuple et donc à la démocratie. Il échappe ainsi à   la   critique   morale   et   historique.   Les   partis   d’extrême   droite   ne   sont   pas   les   seuls : certains partis du centre se reconvertissent aussi de même que des partis de droite (FPO). On voit aussi apparaître des partis ex nihilo (Pim Fortuyn aux Pays-Bas)...
 
Ainsi, la confusion que  l’on  reproche  souvent  à  la  notion  est  pourtant  dans  la nature même du phénomène populiste. Le populisme apparaît dans des crises de confusion politique; car le populisme est une confusion voulue. Est-ce une notion de droite ou de gauche ?   Un   rejet   de   l’Etat ? Est-elle xénophobe ou raciste ? Raciste et antisémite ? Sociale ou libérale ? Antidémocratique ou pro-démocratique radicale ?  Les  populistes  ont  identifié  qu’une  bonne  partie  des  citoyens se trouvent dans une déshérence partisane radicale. La chute du parti communiste a fait apparaître un monde "mono-idéiste".
 
On peut essayer de réguler le capitalisme mais un seul modèle semble désormais possible. Ce passage au "mono-idéisme" est, à mon sens,   une   des   causes   du   populisme.   Les   populistes   offrent   une   alternative   que   les   altermondialistes   n’ont   pas   réussi   à   apporter et que les socio-démocrates n’arrivent  plus  à  incarner  à  cause  de  la  crise  des  finances  publiques.  Il  y  a  une  crise  de   la démocratie. 

 

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