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L’incertaine place de la République

publié le 10/04/2010

(La fin des absolus et le débat actuel)

Alain DavidL’actualité abonde en débats esquissés, puis abandonnés : le récent débat sur l’identité nationale, ceux sur la discrimination positive,  les statistiques ethniques, le multiculturalisme, l’immigration, etc. provoquent, à peine engagés, des levées de bouclier. Le mot République est, en France, le dénominateur commun  de la protestation. Pourtant la République est-elle aujourd’hui autre chose qu’un regret et une incantation ? Il n’est peut-être pas sacrilège de  poser la question. Car la République (l’exception française, comme on se plaît à l’appeler) se pose en surplomb de l’histoire. Or l’histoire au XXème siècle s’est réalisée, rassemblée et disloquée autour de ce qu’a représenté la Seconde Guerre mondiale.
Les civilisations avaient déjà appris, après la Première Guerre mondiale, qu’elles « étaient mortelles », pour reprendre le mot de Paul Valéry en 1919.

Après la deuxième guerre mondiale c’est la civilisation elle-même, l’idée de civilisation, qui a montré son inconsistance. L’extermination des Juifs a été un révélateur pour l’idée d’extermination (pour les exterminations passées et à venir) c’est-à-dire pour la découverte de la civilisation en tant que barbarie. L’extermination a créé le désert des civilisations et des cultures (enlevant toute valeur à la dialectique, dont s’était repue l’Allemagne du XIXème siècle, entre Kultur et Zivilisation) : désertification qui porte dans le jargon d’aujourd’hui le nom de mondialisation.  Nom-indice qui ne signifie rien, sinon que toute signification, et avec elle toutes les ressources identitaires se sont épuisées.

Qu’est-ce, qu’était-ce, qu’une identité : la possibilité de dire « je », à la mesure, à la démesure, du passé et de l’avenir, du temps et de la mort. La mondialisation est l’indice qu’il ne reste que la circulation des informations (c’est-à-dire des savoirs privés de la capacité de constituer des identités), l’indice que la mort et le temps ont perdu leur valeur de symbole, leur puissance de point d’arrêt. Cultures, Civilisations, Révolution, Nations, Patries… ces mots demeurent, mais les majuscules dont ils font parade ne sont  plus estimées désormais qu’au cours du marché.

Que conclure ? Beaucoup de choses, sans doute, et déjà que la défection des absolus peut redonner pertinence à ce que Descartes au XVIIème siècle avait nommé « morale provisoire », à ce que Voltaire au XVIIIème appelait « cultiver son jardin » : un volontarisme de bonne volonté, conduisant à vouloir (sans plus) compenser les injustices de la naissance,  substituer à une égalité formelle et théorique, la cote mal taillée d’une équité, d’une inégalité calculée et favorisant la justice. La parité, les timides efforts, teintés de mauvaise conscience, de la discrimination positive, signalent le renoncement aux absolus républicains : mais ce sont, croyons-nous, ces derniers qui désormais ne sont plus d’époque et favorisent l’émergence d’identités dangereuses : ce qui nous laisse la tâche de nous penser nous-mêmes, sans fantasmes, là où l’époque a perdu sans retour tout ce qui l’identifiait.

Alain David
Secrétaire de la Licra de Dijon
Membre du Bureau national



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