
Charlie Hebdo a été à nouveau victime du courroux des intégristes qui ont incendié ses locaux, piraté son site Internet et attaqué sa page Facebook. La LICRA a exprimé mercredi dans un communiqué son soutien inconditionnel au journal satirique et a rappelé que « par cet acte criminel, c’est notre liberté à tous que l’on tente d’assassiner ».

Face à la révolte légitime que suscite cet acte abject, on crie ici et là, probablement un peu facilement, à la recrudescence des atteintes à la liberté d’expression en France. Cette nouvelle affaire n’est ni le premier ni le dernier soubresaut d’une époque au cours de laquelle prendre son crayon ou sa plume sur l’Islam peut susciter un retour de flamme. La déferlante de violence suite aux caricatures de Mahomet, les réactions sanglantes au discours de Benoit XVI à Ratisbonne ou encore les menaces à l’encontre de Robert Redeker sont autant d’aspects divers d’une même agression contre la liberté d’expression qui a cours ces derniers années. L’intégrisme catholique n’est pas en reste avec les œuvres « Piss Christ » et « Sur le concept du visage du fils » qui ont réveillé l’éréthisme des fanatiques. Peut-on être surpris ? Cela fait plus de dix ans que des États musulmans, avec le soutien du Vatican, tentent de manière très officielle de criminaliser la diffamation des religions par des résolutions aux Nations Unies, sans susciter le moindre émoi. La LICRA se retrouve souvent bien seule dans les assemblées onusiennes à dénoncer cette volonté internationale de (ré)instauration du délit de blasphème.
Ce qui est nouveau dans le drame qui touche Charlie Hebdo est la violence de la méthode : le passage de l’intimidation à l’agression, le passage de la menace à l’exécution, le passage de l’envoi d’un e-mail à l’envoi d’un cocktail (Molotov). C’est la première fois dans l'histoire contemporaine qu’un journal brûle en France pour ses expressions et ses prises de position. Si la LICRA ne saurait parler de recrudescence (qui dispose de chiffres ?), cette affaire ne doit pas laisser place au commencement d’une escalade de violence. Il revient aux pouvoirs publics d’agir dès à présent avec la plus grande vigilance et la plus grande fermeté.
Dans une démocratie, nous n’avons pas tous la même idée du bien commun. La liberté de la presse est là pour exprimer la diversité des opinions dans le débat.
Pour la LICRA, les croyances ne doivent pas échapper à la critique, à la dérision, au ridicule, à la caricature.
Les seules et uniques limites que l’on pose à cette libre expression sont celles du droit. Et le blasphème ne saurait être amalgamé à une forme quelconque de racisme sauf à entrer en contradiction avec le principe selon lequel les lois protègent les individus et non les religions.
En mars 2007, en relaxant Charlie Hebdo et son directeur Philippe Val attaqués pour avoir publié les caricatures de Mahomet, la décision de la 17ème chambre du Tribunal correctionnel de Paris a confirmé ce principe fondamental du droit à la critique.
Que ces fanatiques, qui s’érigent si facilement en messie ou en prophète, crient au blasphème dès l’instant que l’on persifle leur foi : c'est leur liberté ; cette même liberté qu’ils contestent à Charlie Hebdo. Qu’ils trainent les blasphémateurs devant les tribunaux : c'est leur droit, ce droit constitutionnel d’ester en justice qui appartient à chaque citoyen. Mais qu’ils gardent à l'esprit que la République fera toujours barrage aux méthodes antidémocratiques d’Inquisition ou de Charia auxquelles ils ont recours pour tenter de bâillonner journalistes, militants antiracistes et libres penseurs.
La LICRA sera toujours aux côtés des Salman Rushdie, Taslima Nasreen, Mohamed Sifaoui et autres victimes de l’obscurantisme. Aujourd’hui, la liberté des journalistes de Charlie Hebdo de s’exprimer sans être inquiétés est la nôtre. C’est pourquoi la LICRA appelle à un rassemblement citoyen ce dimanche 6 novembre à 15h sur le Parvis de l’Hôtel de Ville de Paris pour soutenir l’équipe de Charb et la liberté d’expression.
Pierre Fournel