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Innommé, innommable

publié le 22/02/2011

On trouve dans le journal Le Monde daté du mardi 15 février une page centrale avec un titre énorme « Juif », le qualificatif le plus fréquent apposé sur l’internet français aux noms-symboles du pouvoir : Sarkozy, évidemment, mais aussi Borloo, Hollande, Copé, Mélanchon, voire Rachida Dati et Marie-George Buffet, mais encore un défilé  de journalistes…

Tous « juifs », liste insensée pour cette expression forcenée du ressentiment (mais n’ai-je pas moi-même découvert au détour d’une conversation, à l’occasion de l’organisation locale d’un testing, que pour une certaine couche de la population dijonnaise, François Rebsamen, c’était une évidence, « en était »).

Un détail (si j’ose ainsi m’exprimer) dans l’actualité donne à cette information inquiétante un relief saisissant. Christian Jacob, président du groupe UMP à l’assemblée nationale, déclare ce week-end que Dominique Strauss-Kahn ne saurait représenter la « France des terroirs », « la France qu’on aime ».

Qu’a-t-il voulu dire ? A lui seul, rendons-lui cette justice, d’en décider. Mais qu’a-t-il dit ? Comment ne pas faire (il n’est, là encore,  qu’à se promener quelques instants sur internet : tombereau d’ordures,  la « communauté sioniste » prise à parti,  Jacob lui-même – rien n’est donc,  dans ce registre, maîtrisable - qualifié de « compatriote ethnique » de Strauss-Kahn…) la part de ce que chacun a perçu, l’implicite, l’innommé ouvrant, toutes grandes, les écluses de l’innommable : ainsi en va-t-il des contrepèteries qui offrent licence de prononcer en toute innocence une obscénité. Mais en l’occurrence la transgression n’est pas sexuelle et n’a rien à voir avec le pipi-caca de notre enfance.

Elle rejoint l’histoire française dans ce qu’elle recèle de moins regardable, ce tréfonds dégradant où se mêlent les voix de Barrès – qui déduisait « la culpabilité de Dreyfus de sa race » - de Maurras - énonçant que « jamais un Juif ne saurait comprendre un vers de Racine » - de Pétain – qui s’était référé (comme Christian Jacob donc) à « la terre » », « qui ne ment pas » (alors que les Juifs, au contraire…,  loin de cette France des terroirs…, de la vérité terrienne de la France que nous aimons…).

J’en appelle, appelons-en, avec la Licra, aux politiques, à tous ceux qui exercent à un titre ou à un autre le magistère de la parole, pour qu’ils aient la responsabilité et le courage : le courage de désigner cet innommable, la responsabilité, l’ayant nommé, de le chasser avec résolution du débat national.

Alain David
Secrétaire général de la section de Dijon de la LICRA et du Bureau exécutif national.

Article également paru dans Le Bien Public

A lire le communiqué de la LICRA
 



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