
Nous sommes tous frères en l'Humanité
Manifestation culturelle à vocation humaniste, la XXIIème Journée Mondiale de la Poésie s'est déroulée dans la Salle des Fêtes de la Mairie-Annexe du XIVe Arrdt. le 30 octobre 2010, co-organisée par la Mairie du XIVème Arrdt. et Poesia-2 Ottobre de Paris en partenariat avec la LICRA Fédération de Paris, présidée par M. Gérard Unger.
Dirigée et animée par le Prof. Giulia Bogliolo Bruna, présidente de Poesia 2 Ottobre de Paris, la manifestation bénéficiait de l’adhésion de M. Giorgio Napolitano, Président de la République Italienne et du soutien moral, entre autres, du Centro Studi Americanistici « Circolo Amerindiano » de Pérouse et de la LICRA Strasbourg.
Dans un entrelacement harmonieux de mots, de notes et de vers, la Journée a décliné le thème « Nous sommes tous frères en l’Humanité » : une trentaine d’intervenants du monde entier (écrivains, philosophes, comédiens, sociologues, peintres, musiciens) ont célébré, dans une polyphonie d’accents et registres, leur attachement à un humanisme solidaire et fraternel. La Journée a été honorée de la présence de M. Jean-Paul Millet, Premier Adjoint au Maire du XIVe et de M. Mohammad Gassama, Maire-Adjoint du XXe Arrdt.
Rendant hommage à la remarquable œuvre culturelle de Mme Giulia Bogliolo Bruna, M. Jean-Paul Millet a souligné que l’une des missions premières de la culture, et in primis de la poésie, est de contribuer à rassembler les hommes, en favorisant la compréhension mutuelle et le respect de l’humana dignitas. La Journée s’est voulue moment humaniste de réflexion et de partage célébrant les Droits de l’Homme comme préalables à l’épanouissement d’une liberté créatrice et émancipatrice.
Acte citoyen de résistance face au solipsisme ambiant et aux tentations d’un repliement identitaire autant stérile que dangereux, la Fraternitas, valeur républicaine par excellence, s’érige en moteur d’un parcours en citoyenneté, d’un itinéraire en reconnaissance d’Autrui comme un Autre-moi-même, d’un processus en responsabilisation éthique du sujet.
Souffle et lymphe d’un humanisme militant, la poésie est appelée à éveiller les consciences, en s’inscrivant, rappelle à juste titre Giulia Bogliolo Bruna, dans une « pratique volontairement communicative » et dans un ancrage moral et politique. Car la fraternité présuppose l'égalité.
Arme miraculeuse appelée à participer à l’édification d’un Universel multicolore, bâti autour des Droits de l’Homme et enrichi de toutes les singularités, la poésie est un vecteur de promotion d’une Dignité humaine trop souvent impunément bafouée.
Organisée en partenariat avec la LICRA Fédération de Paris, la Journée a pu compter sur la participation remarquée de Martine Benayoun (vice-présidente nationale de la LICRA chargée de la Culture et de la Prospective), de Gilles Winckler (membre du Conseil Fédéral de la LICRA et représentant de la LICRA Strasbourg) et de Maria Giuseppina Bruna (membre du Conseil Fédéral de la LICRA, Bureau de la LICRA Paris).
Comme l’a rappelé Martine Benayoun dans une intervention riche et tout en finesse, la poésie, parlant tant aux cœurs qu’aux esprits, est un acte qui interpelle les consciences, éduque et élève. Elle se configure comme un vecteur privilégié de transmission des valeurs démocratiques qui doivent fonder le vivre ensemble.
Faire du dialogue inter-culturel et inter-religieux la conditio sine qua non d’une fraternité d’exercice se configure, souligne avec force Gilles Winckler dans son intervention, comme le préalable indispensable à la construction d’une société plus soucieuse de l’homme et de sa cohésion.
Respecter le singulier pour magnifier l’Universel, reconnaître l’individu pour célébrer l’unité spirituelle de l’Humanité, prôner une fraternité agissante pour faire d’elle le terreau vivificateur d’une société plus juste, plus unie, plus humaine.
A l’heure où les résurgences venimeuses du racisme, de l’antisémitisme, de la xénophobie et de l’intolérance mettent en danger la République et ses valeurs démocratiques et égalitaristes, à l’heure où les tentations communautaires engluent la cohésion nationale, à l’heure où l’indifférence à la souffrance de l’homme sonne le glas d’un Universalisme soucieux des individualités, se remémorer le passé se configure comme un impératif éthique et une urgence sociétale.
C’est pourquoi Maria Giuseppina Bruna, après avoir retracé l’itinéraire en universalisation de la fraternité a souhaité rendre hommage à la mémoire de l’écrivaine et ancienne déportée Françoise Maous, rescapée des camps de la mort et auteure du livre-témoignage Coma Auschwitz n°A5553. Grande humaniste et militante de la mémoire et de l’espoir, Mme Maous n’a eu de cesse de prôner une sensibilisation active des jeunes afin que les tragédies génocidaires ne puissent jamais se répéter.
Avec l’intervention poignante de Mlle Renée Keller, secrétaire générale de L’Union des Déportés et Internés Chrétiens, la Journée a rappelé l’urgence d’une mobilisation citoyenne en faveur de la transmission intergénérationnelle de la mémoire de la Shoah et des grands drames du XXème siècle.
En rendant hommage à la figure et à l’œuvre du R.P. Martin Luther King, Mlle Renée Keller, infatigable militante de la mémoire et pilier, depuis de longues années, de la Journée Mondiale de la Poésie, a invité à démasquer les assassins de la mémoire et de l'espoir pour bâtir une société enfin réconciliée avec elle-même.
Ainsi le talentueux poète-conteur Philippe Cantinol a rendu un hommage, vibrant d’émotion et de vérité, à Aimé Césaire, éveilleur de conscience, faiseur de fraternité et semeur d’idées qui a érigé la poésie en intrumentum pacifique mais, oh combien !, puissant de sensibilisation des consciences.
Poignant, dense et inspirant, le témoignage réflexif du docteur Jean Guilhot, grand humaniste et auteur de l’ouvrage La révolution humaniste mondiale, il a rappelé qu’il n’y a de fraternité d’exercice que par un combat citoyen partagé et continuellement renouvelé.
En écho aux propos du Dr. Jean Guilhot, la projection d’extraits du film « Poésies d'ici et d'ailleurs » de la journaliste/metteure en scène Myriam Guilhot, a évoqué la mémoire des victimes du génocide rwandais. Par une lecture croisée d’extraits du recueil Le sang des collines du grand intellectuel sénégalais Babacar Sall, membre de l’Académie mondiale de poésie, des poèmes Les Bohémiens d'Assia Lassaigne et Paroles perdues d’Alexandre Romanes dédiés au peuple Rom, Myriam Guilhot et Mady Mantelin ont rendu hommage à la mémoire des victimes de l’Histoire et à la grandeur de la civilisation tzigane, appelant de leurs vœux l’aube d’une société plus fraternelle.
Dans une visée de sensibilisation et d’implication croissante des nouvelles générations, la Journée a donné libre cours à l’intervention du Conseil Parisien de la Jeunesse (Fadile Bayat, Maria Giuseppina Bruna, Shéhérazade Benzerga, Olivia Marc) qui a interprété, avec sensibilité et émotion, les extraits de la pièce bouleversante Allers simples Osvicim du psychosociologue Jean-Marc Huguet.
A l’occasion de la XXII Journée Mondiale de la Poésie, Jean-Marc Huguet a bien voulu offrir le tableau « Nous sommes tous frères en l’Humanité », d’après une ré-visitation de La création d’Adam de Michel-Ange, à la LICRA en témoignage de son estime envers les valeurs et les combats de la Grande Dame.
Dans un dialogue jamais rompu entre les arts, les interventions du talentueux Quatuor à cordes composé de Clément Marin, Fabrice Menghini, Gabriel Meyer, Clémentine Vignon, ont restitué, dans le langage universel de la musique, l’impératif de rassemblement des hommes autour de mémoires partagées et de valeurs fraternelles telles que le respect et la solidarité.
L’intervention bilingue (français et espagnol) de l’éminente intellectuelle Elisabeth Burgos et de la célèbre poétesse Noni Benegas, prix Platero de Poesía des Nations Unies en 1982, a constitué un des moments forts de la manifestation.
Parmi les autres participants, se sont particulièrement distingués : l'écrivaine Sylvie Gendreau et l'artiste Pierre Guité (intervention icono-textuelle L’Autre), la photographe Hortense Cheminant, l’association culturelle d'Actes de Présence (montage littéraire « Fraternité » par Pedro Vianna, Eric Meyleuc, Mohamed Djalali, Christophe Frionnet).
En clôture de la manifestation, le chant poétique de l’intellectuel iranien exilé Mohammad Djalali a dit son indignation face à un régime totalitaire et liberticide et son espoir d’une renaissance démocratique et laïque de son pays.
Dans une communion de foi (humaniste) et de combat (citoyen), dans une alchimie participative et respectueuse, s’est expérimenté, avec un public nombreux, ému et de qualité, un moment d’échange et de réflexion, sous le signe la liberté créatrice et du dialogue interculturel et intergénérationnel.
Quand le Je appelle l’Autre, nous sommes tous frères en l’humanité !
A lire :
Intervention de Maria Giuseppina Bruna (49,1 ko)
Intervention de Martine Benayoun (27,8 ko)