
Inaugurée en janvier dernier avec Bernard Cerquiglini, la réflexion sur la langue et l’éthique s’est poursuivie lors de la 2ème causerie que nous organisions en partenariat avec l’Ecole normale supérieure (ENS) de Lyon le 14 novembre dernier.
L’éminent linguiste Alain Bentolila est venu à notre rencontre : après un temps d’échange informel avec certains membres de la Licra, il a donné une conférence sur le thème « Langue sans conscience n’est que ruine de l’âme ». A la lumière de ses préoccupations de linguiste, A. Bentolila nous a proposé une relecture originale de quelques mythes fondateurs de notre civilisation, dont celui de la tour de Babel, symbole d’un pouvoir fondamental de la langue : produire de l’intelligence collective. Il a ensuite souligné l’importance de la grammaire. Certes, elle ne se discute pas et comporte ainsi une part d’arbitraire. Mais par là même, elle nous dessine un chemin de liberté pour structurer notre pensée, énoncer des idées singulières et traduire les inventions de notre imaginaire (poésie). Parmi tous les outils linguistiques, le verbe occupe une place prépondérante en ce qu’il est le propre de l’homme et nous permet d’expliquer et de comprendre le monde. La langue est faite pour donner sens à notre environnement, au-delà de ce que nous en percevons. Une maîtrise suffisante de ce formidable vecteur de partage et d’intelligence est donc un enjeu de taille, auquel l’école se heurte bien souvent : plus que la méthode d’apprentissage utilisée, c’est la quantité de mots connus des enfants à leur entrée en CP qui influe sur l’acquisition de la lecture. Or, à cet égard, il existe bien sûr d’importantes disparités entre élèves : les moins bien pourvus possèdent entre 300 et 350 mots seulement, contre 2500 pour les mieux dotés. Alors que l’école se trouve en difficulté pour combler ces inégalités de départ, ces enfants en manque de vocabulaire et de compréhension du langage sont exposés à deux risques majeurs :
- l’incapacité de résister intellectuellement. Quand on ne sait pas argumenter, on ne peut pas contredire, ni déjouer la manipulation qui se cache derrière certains discours
- la tentation de s’exprimer par la violence à défaut de pouvoir le faire par des mots. Même s’il n’existe pas de lien systématique entre l’impossibilité de communiquer verbalement et les actes violents, cette corrélation est fréquente.