Gilets jaunes, les risques d’une dérive

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© Photo AFP - AFP

Le mouvement des gilets jaunes touche la France depuis trois semaines. Il s’agit, à l’origine, d’un mouvement politique et social dont les revendications appartiennent au débat public. À ce titre, la LICRA, association apolitique, n’a pas vocation à s’exprimer sur les sujets soulevés par les gilets jaunes.

Néanmoins, notre rôle est d’alerter l’opinion sur les risques charriés par ce mouvement dont l’horizon idéologique très bigarré ouvre la voie à de nombreuses dérives.

La première dérive, visible, est celle de la violence. Les scènes de chaos observées chaque samedi dans les rues de Paris montrent que des mouvements extrémistes, organisés ou non, ont décidé d’en découdre avec l’ordre républicain et de créer, à la faveur de violences urbaines inacceptables, un climat insurrectionnel en ciblant nos symboles, nos institutions, nos forces de police et de gendarmerie.

La seconde dérive, latente, est celle du repli identitaire, du racisme et de l’antisémitisme. On a vu fleurir dans les revendications des « gilets jaunes » des propositions qui présentent un danger immédiat pour la cohésion nationale et qui opposent les « gros » contre les « petits », sur fond d’une rhétorique poujadiste bien connue. On a vu de nombreux incidents racistes, à l’image de ces gilets jaunes bloquant une entreprise au motif que ces salariés étaient d’origine roumaine, à l’image également de cette personne noire qui, voulant passer un barrage s’est opposer des invectives atroces (« « Retourne chez toi ! » « Retourne dans ton pays ! » « Dégage ! » »). À l’image des tags antisémites que l’on peut trouver sur le bord des autoroutes ou dans les rues depuis le début du mouvement. À l’image enfin des délires complotistes et anti-maçonniques qui accompagnent à chaque fois ces débordements.

La troisième dérive, terrible, est celle de la radicalisation du mouvement par des professionnels de la haine et du rejet de l’autre.

La troisième dérive, terrible, est celle de la radicalisation du mouvement par des professionnels de la haine et du rejet de l’autre. Les extrémismes tentent de projeter leurs obsessions sur un mouvement désorganisé et déstructuré et de profiter de ce vide pour mener à bien leur projet anti-républicain. La présence d’Hervé Ryssen et de Dieudonné sur les Champs Elysées témoigne de ce que les antisémites et les racistes ne ratent aucune occasion de manipuler l’opinion, de s’exposer et de gagner en visibilité par tous moyens. Le fait que le journal Paris Match ait mis en une, fût-ce fortuitement, en une un gilet jaune raciste, antisémite et négationniste mutltirécidiviste tel qu’Hervé Ryssen en dit long sur les velléités des fauteurs de haine mais aussi de la légèreté et du manque de lucidité de la presse dans la manière de traiter ces questions.  L’extrême-gauche identitaire, qui n’a jamais rechigné à abriter l’antisémitisme dans ses cortèges, n’est pas en reste en tentant, quant à elle, de régler des comptes, y compris par la force, avec une République qu’elle n’a jamais cesser de vouer aux gémonies.

Face à cela, nous avons un responsabilité collective

Celle de faire en sorte que le débat politique ne cède en rien à la violence raciste et antisémite, que le mouvement social dont chacun comprend les ressorts, les revendications et les aspirations sincères qui sont exprimées par une partie de la Nation, reste digne et se déploie dans le cadre républicain, celui du suffrage universel, celui des droits dévolus par la Constitution : celui de manifester, celui de faire grève, ou encore celui de se présenter aux élections. Il est temps aussi que l’on redonne aux corps intermédiaires un rôle à jouer et que les associations, notamment les associations antiracistes universalistes comme la nôtre, chaque jour investies sur le terrain, dans les écoles, dans les universités, dans les entreprises, dans les stades soient entendues et considérées pour ce qu’elles sont : des relais indispensables à la cohésion nationale grâce à des militants chargés d’une véritable mission de service public.

Mario Stasi,
Président de la Licra

3 Commentaires

  1. Parmi les dérives, (je me répète), celle qui m’a semblé odieuse : ces immigrés voyageant dans un camion-citerne intercepté , groupe d’immigrés clandestins livrés par des « gilets jaunes » aux forces de police au cri « nous avons fait mieux que les douanes ! ».

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