Harkis : la France reconnaît sa responsabilité

par Alain David, président de la commission Mémoire, Histoire et Droits de l’Homme.

Ce 25 septembre 2016 le président François Hollande a eu à cœur de tenir l’une de ses promesses de campagne. Il avait en effet déclaré ceci le 5 avril 2012 : « Comme je m’y suis engagé, si le peuple français m’accorde sa confiance, je m’engage à reconnaître publiquement les responsabilités des gouvernements français dans l’abandon des Harkis, le massacre de ceux restés en Algérie et les conditions d’accueil des familles transférées dans des camps en France. »

La Licra, sous l’impulsion de Fatima Besnaci-Lancou, historienne, fille de Harki, fondatrice de l’association Harki et Droits de l’Homme, dont elle est la présidente d’honneur, s’était engagée à fond derrière cette promesse, au point d’être à l’origine d’un numéro spécial de la revue de Claude Lanzmann, les Temps modernes (publié en décembre 2011 sous la direction de Fatima Besnaci-Lancou et de moi-même), et par ailleurs d’un grand colloque à la Maison du Barreau, en février 2012, clôturé par un discours d’Alain Jakubowicz exhortant les candidats à la présidence de rendre enfin justice aux Harkis. Cette demande, après quatre décevantes cérémonies les 25 septembre 2012, 2013, 2014 et 2015, a donc été enfin satisfaite :

 « Je l’affirme ici clairement au nom de la République : je reconnais les responsabilités des gouvernements français dans l’abandon des Harkis, les massacres de ceux restés en Algérie et les conditions d’accueil inhumaines de ceux transférés en France. Telle est la position de la France. »

Voici donc, enfin, la position de la France, celle qu’elle doit avoir pour être à la hauteur du destin dont elle s’honore. Cette reconnaissance, dont il faut évidemment se féliciter, peut laisser néanmoins songeur un militant de la Licra : pourquoi a-t-il fallu cinquante-quatre  années pour que cette responsabilité que les historiens avaient établie, au moins dans ses grands traits, depuis bien longtemps, fût reconnue – qui plus est par un président, qui s’était  engagé depuis cinq ans à effectuer ce geste de justice ? Et que vaut d’ailleurs ce geste de reconnaissance de l’homme politique en regard de la vérité historienne ?

On pourrait citer au moins deux autres cas, d’un passé récent :

  • celui de la difficile reconnaissance de la responsabilité de la France, par François Mitterrand puis par Jacques Chirac, 50 ans après la shoah
  • celui de cette reconnaissance qui n’a toujours pas eu lieu (et qui est l’occasion d’un quasi négationnisme d’Etat)  en dépit de l’histoire, qui est celle de la responsabilité française dans le génocide des Tutsi, en 1994.

Histoire et politique !  Je voudrais rappeler, ici comme responsable de la commission MHDH, ces lignes extraordinaires  de Chateaubriand : « Lorsque dans le silence de l’abjection l’on n’entend plus retentir que la chaîne de l’esclave et la voix du délateur ; lorsque tout tremble devant le tyran et qu’il est aussi dangereux d’encourir sa faveur que de mériter sa disgrâce, l’historien paraît, chargé de la vengeance des peuples. C’est en vain que Néron prospère, Tacite est déjà né dans l’empire. Il croît inconnu auprès des cendres de Germanicus et déjà l’intègre providence a livré à un enfant obscur la gloire du maître du monde. »