«Il n’est pas Français» : des lycéens refusent d’étudier un auteur franco-algérien

Source : Europe 1

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L’écrivain franco-algérien Akli Tadjer a exprimé son indignation sur Europe 1 après le refus d’élèves de Première d’un lycée de la Somme de lire son roman, qui raconte l’histoire d’amitié entre deux enfants après la guerre d’Algérie.

INTERVIEW

Tant pis pour l’accueil qui pourrait lui être réservé. Akli Tadjer est bien décidé à aller à la rencontre de ces lycéens de la Somme qui ont refusé de lire son roman, Le Porteur de cartable. S’il se veut pédagogue avec ces élèves, il n’a pas caché pas sa colère au micro de Matthieu Belliard, mardi soir, sur Europe 1.

Prononcer le nom Messaoud « leur écorche la bouche ». Pour comprendre cette colère, il est nécessaire d’en expliquer la source. Le 27 septembre, une enseignante du lycée Pierre-Mendès-France de Péronne contacte l’écrivain par mail. Ce dernier doit intervenir auprès de sa classe, à qui elle a donc voulu faire lire son roman. Mais cette professeure lui rapporte que ses élèves refusent de lire l’ouvrage, dont l’histoire se déroule pendant la guerre d’Algérie, au motif qu’Akli Tadjer n’était pas français, que « l’histoire ne concernait pas la France », ou encore qu’on pouvait y lire « du vocabulaire arabe ».

« Ils ne voulaient pas lire le nom du personnage Messaoud, parce que ça leur écorche la bouche. Ça m’a choqué », a complété l’écrivain franco-algérien sur notre antenne.

« L’Algérie était une colonie française ». « Si ça avait été des collégiens, des gamins de 12-13 ans, je n’aurais pas réagi. Je me serais dit que c’était l’histoire de l’Éducation nationale, de leurs parents. Mais là, ce sont des jeunes gens qui ont 16-17 ans. Demain, ils vont voter », s’indigne Akli Tadjer.

La rencontre entre l’auteur et ces élèves de Première, prévue le 16 novembre, devait initialement se tenir dans une librairie, mais il a finalement choisi de se déplacer directement dans leur classe. « Je ne vais pas là-bas pour leur donner des leçons, je ne vais pas là-bas pour provoquer, mais simplement pour leur expliquer que l’Algérie était une colonie française. Qu’ils rejettent les Algériens est un problème important pour moi. Ce n’est pas normal qu’on en soit là en 2018, à avoir des réactions de fin de guerre d’Algérie », proteste-t-il. « Il faut qu’ils comprennent que l’histoire de France n’a pas commencé avec eux, ni avec leurs parents. C’est un pays qui a une longue histoire, et c’est important qu’ils le comprennent », martèle-t-il.

« On croit rêver ! » Ces élèves sont originaires de Péronne, dans la Somme, où se trouve le Mémorial de la Grande guerre. « Là, des milliers de soldats d’Afrique du Nord, d’Inde, d’Australie, sont venus mourir sur ces terres gorgées de sang », rappelle l’écrivain. « Ces jeunes n’avaient qu’un an ou deux de plus qu’eux. Ils ont abandonné leur famille, leurs parents, leur village, pour mourir en Picardie, et voilà le remerciement. Quelques générations plus tard, vous avez des gamins à qui ça arrache la bouche de prononcer un nom musulman. On croit rêver ! »

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