La belle équation de Py

DDV : Comment allez-vous depuis la polémique déclenchée par vos propos entre les deux tours des municipales ? Etes-vous serein ?
Olivier Py : Tout à fait. Je n’avais pas d’autre choix. Cela nous a permis de redéfinir quel sens avait le Festival, à quoi il fallait être fidèle. Quand on prend une décision forte et radicale, on ne peut éviter les polémiques.

DDV : Certaines réactions vous ont-elles surpris ?
O. Py : Enormément. Certains, à gauche notamment, ne m’ont pas soutenu. Je me suis senti un peu seul parfois. Mais je crois qu’il y a eu une prise de conscience au sein de la ville, puisque l’abstention a reculé de 8 points entre les deux tours. Ce qui m’a étonné, c’est qu’on accepte une stratégie du silence. Je crois que dans la vie d’un artiste et d’un citoyen, on doit s’exprimer et dire son désaccord avec certaines idées.

DDV : Dans la présentation de l’événement, vous rappelez son caractère « politique et poétique ».
O. Py : Oui, car il ne s’agit pas d’un catalogue de beaux spectacles ! C’est une communauté dans une ville qui n’est pas n’importe laquelle, où l’on essaie, ensemble, de comprendre le sens de notre monde et l’engagement. Comment va-t-on s’engager aujourd’hui ?

DDV : Que représente ce type de mission pour vous ?
O. Py : C’est d’abord une joie. Je dois tout au Festival. Quant à la silhouette de Jean Vilar, elle n’est pas écrasante. Elle est exaltante. J’y puise du courage. Qu’aurait-il fait dans cette situation ? Ça me semble évident qu’il n’aurait pas accepté des subventions d’une mairie Front National.

DDV : Quelle orientation allez-vous donner au Festival ?
O. Py : Cette année est celle de la découverte et de l’émergence, avec vingt-cinq pays qui ne sont jamais venus. Je veux continuer à penser le théâtre populaire. C’est un réaménagement constant, en accord et en fonction des changements du monde. Nous travaillons aussi pour que le Festival reste mixte. Au niveau générationnel, nous avons lancé des abonnements « Spécial jeunes ». Egalement au niveau social. Avignon est ce lieu où un homme en cravate peut en rencontrer un autre avec un sac à dos, et où chacun sera sur un pied d’égalité républicaine devant un spectacle.

DDV : Encore faut-il que la culture soit accessible !
O. Py : On a envoyé un signe clair en baissant le prix des places. L’abonnement pour les jeunes, c’est 4 spectacles à 40 euros. Mais cette édition du Festival est sous-subventionnée par rapport à son prestige mondial. Il est dommage de mettre à mal un secteur économique avec des économies de cacahuètes. Le monde de la culture est extrêmement fragile. On a vu comment elle a disparu en Italie, en Espagne…

DDV : Qu’en est-il de votre rapport avec le Off ?
O. Py : En 2013, j’ai chanté dans le Off. C’est une symbolique assez forte, je crois. J’ai ainsi pu dire tout mon respect et mon admiration pour les artistes. Dans le programme du In de cette année, nous avons une page « Avignon, c’est aussi… », qui souligne des spectacles intéressants. Il y a les scènes permanentes comme le théâtre des Halles, le Chêne Noir ou la Manufacture. On a envie de leur donner un petit coup de chapeau. Je pense également à la pièce « Othello, Variation pour trois acteurs », qui évoque le statut de l’étranger.