La LICRA au procès Merah

Lundi 2 octobre 2017, la Cour d’Assises spéciale de Paris s’est réunie pour juger des complicités dont Mohammed Merah aurait pu bénéficier dans la préparation et la mise en œuvre de ses crimes contre les militaires de Toulouse et de Montauban et les victimes de confession juive de l’Ecole Ozar Hatorah de Toulouse.

Abdelkader Merah est renvoyé devant la Cour d’assises de Paris spécialement composée pour répondre, notamment, de faits constitutifs de participation à un groupement terroriste et complicité d’assassinats et de tentatives d’assassinats commis en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance aggravante que ce crime a été commis en raison de l’appartenance, des victimes à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, en l’espèce la religion juive.

Il comparaît aux côtés de Fettah Malki également renvoyé pour association de malfaiteurs terroriste criminelle et recel de vol commis en relation avec une entreprise terroriste ; il est accusé d’avoir fourni le pistolet-mitrailleur et le gilet par balles utilisés par Mohammed Merah lors de l’assassinat des enfants de l’école juive Ozar-Hatorah de Toulouse.

La LICRA a souhaité être présente à ce procès et se constituer partie civile, en plein accord avec les familles des victimes. Elle est représentée à l’audience par Me Sahand Saber et Me Juliette Chapelle à qui le Bureau exécutif souhaite adresser ses remerciements, au nom de tous les militants de la LICRA.

Rappel des faits

Le 11 mars 2012, à 16 h 10, Mohammed Merah  déclarait « tu tues mes frères, je te tue » et assassinait le maréchal des logis-chef Imad Ibn Ziaten du 1er régiment du train parachutiste, dans le quartier de Montaudran, au sud-est de Toulouse, au moyen d’une arme à feu.

Le 15 mars 2012, à 14 h 10, deux autres militaires, Abel Chennouf, âgé de 26 ans et Mohamed Legouad, âgé de 24 ans, étaient tués par Mohammed Merah et un troisième, Loïc Liber, âgé de 28 ans, était grièvement blessé à la tête.

Le 19 mars 2012 vers 8 h, Mohammed Merah, une caméra sanglée sur la poitrine, arrive devant l’école juive Ozar Hatorah de Toulouse et ouvrait le feu sur Jonathan Sandler, âgé de 30 ans ainsi que ses deux jeunes fils, Gabriel, 3 ans, et Aryeh, 6 ans avant de prendre pour cible Myriam Monsonégo, 8 ans. Il tentait également de tuer Yacov David Soussan, employé de l’école Ozar Hatorah et un collégien, Bryan Bijoui.

Identifié quelques jours plus tard par la police, Mohammed Merah était neutralisé lors de l’assaut de son appartement.

Le procès

Cinquante-cinq témoins sont cités à comparaître. Plus de 100 parties civiles se sont constituées. L’intervention de la LICRA vise à soutenir les parties civiles. Pour la LICRA, il importe que toute la lumière soit faite sur les circonstances précises dans lesquelles les crimes de Toulouse et de Montauban ont été commis et avec quelles complicités.

Surtout, la présence de la LICRA a ce procès vise à expliquer que le racisme et l’antisémitisme qui ont guidé la main de Merah ne sont pas apparus ex nihilo. Ils sont issus d’un contexte de radicalisation qui doit beaucoup à l’environnement familial dans lequel le criminel de Toulouse a évolué. L’autre frère de Mohamed Merah, Abdelghani, aujourd’hui engagé contre l’islamisme et en rupture totale avec sa famille, a très bien décrit le « terreau fertile à la haine », empreint de salafisme et de complotisme, dans lequel il a grandi avec ses frères et soeurs. Avant de passer à l’acte, aidé en cela par des complices que la justice doit aujourd’hui condamner, Merah a été armé intellectuellement par une idéologie et une doctrine de mort enracinée dans la haine des Juifs.

Depuis le drame de Toulouse, les théories du complot ont fleuri sur ce dossier : elles visent toutes à réhabiliter Merah. C’est aussi pour cette raison que la LICRA a souhaité être présente à ce procès aux côtés des victimes, pour dire à l’opinion la réalité et la vérité crues de ce dossier : le racisme et l’antisémitisme tuent.