Le Cercle de la LICRA à l’Ecole Normale Supérieure

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Près d’une centaine de personnes a participé à une discussion  sur le thème « Radicalisation, théories du complot, violence :  L’école à l’épreuve des valeurs républicaines » mercredi dernier.

Martine Benhayoun, présidente du Cercle de la Licra et Marc Mézard, directeur de l’Ecole Normale Supérieure ont introduit la discussion animée ensuite par Antoine Spire.

Il s’agissait tout d’abord de passer par une définition des termes – qui ne vont pas toujours de soi : de quoi parle-t-on quand on parle de « radicalisation » ? Qu’est-ce que le « complotisme » ? Quelle est la différence entre les complots réels et les « complots » dénoncés par les complotistes ?

Rudy Reichstadt  montra comment les complotistes se rassurent en expliquant le monde par le complot. Combien de récits concurrents des versions officielles, considérées comme mensongères, s’échafaudent-ils pour attribuer abusivement l’origine d’un évènement à un complot. S’installant dans une posture critique, les tenants de ces discours jouissent narcissiquement de croire qu’ils savent mieux que les autres les raisons de nombre de phénomènes. Ils ont l’impression de ne pas être dupes et de repérer les vrais coupables des difficultés et des drames de la société. Le moins que l’on puisse dire est qu’ils portent des accusations graves à la légère. Antoine Spire définit ainsi le mot de radicalisation comme le processus par lequel un individu ou un groupe se rapproche d’un extrêmisme ou d’un  fondamentalisme religieux ou politique. Le mot est aujourd’hui utilisé d’abord pour évoquer l’évolution de certains musulmans vers l’islamisme. C’est contre cette transformation que le gouvernement français commence à organiser des centres de déradicalisation.

On peut user du pluriel pour parler des idéologies de  radicalisations car en réponse à la radicalisation islamique, d’autres radicalisations apparaissent  enfermant les uns et les autres dans des groupes qui ont tendance à devenir sectaires. Les radicalisations se répondent, fractionnant la société française, prêtes à user de violence pour faire triompher leurs points de vue.

Hélène L’Heuillet, philosophe et psychanalyste, insista quant à elle sur la rupture sociale que signifiait le passage à l’acte des djihadistes. Les autres radicalisations sont idéologiques, mais la radicalisation islamiste est mortifère. Le mot générique de radicalisation ne pourrait il pas être remplacé par celui d’intégrisme ou d’extrémisme ?  C’est contre ces processus en tout cas que la Licra se mobilise.

Puis Iannis Roder, professeur de collège à Saint-Denis, et Fabien Truong, sociologue à Paris VIII, expliquèrent comment radicalisations et complotisme s’articulent : qui est concerné ? Comment peut-on cerner l’ampleur du phénomène ?

Ici prend place la situation de l’école : Philippe  Bonneville, proviseur de lycée à Sarcelles et Catherine Robert, professeur de philosophie à Aubervilliers dirent leur expérience : des djihadistes ? Ils n’en ont quasiment jamais rencontrés dans leurs classes mais des jeunes dans l’incertitude, oui. Serge Barbet  conseiller de la ministre de l’éducation nationale devait montrer comment les réponses du ministère s’étaient affinées au cours du temps.

Le débat porta ensuite sur les conséquences que cela peut avoir sur nos sociétés ouvertes, sur le pacte démocratique et en quoi, finalement, cela pose problème à la société. Des pistes d’explication furent explorées : pourquoi la radicalisation et in fine cette exacerbation du complotisme ? Comment y faire face. Comment les combattre ?

Le discours des enseignants présents dans la salle et à la tribune se sont complétés à la faveur d’arguments rationnels, sans oublier le contexte passionnel et affectif qu’il faut savoir démêler.

Abel Sorkine