Le communautarisme pèse sur certaines élections municipales…

Nassurdine Haidari, adjoint au maire des 1er et 7e arrondissements de Marseille.

A Marseille, un ancien imam d’origine comorienne, Nassurdine Haidari, adjoint au maire et responsable du Cran pour la région Paca, est l’un des membres du Collectif des Indignés de la cité phocéenne. Son but clairement affiché : forcer les portes des partis politiques en appelant les communautés immigrées à s’allier. « Quand les communautés arménienne ou juive négocient avec les partis de manière secrète, nous assumons le fait que nous négocions de manière claire et transparente, au vu et au su des Marseillais », a-t-il déclaré. Selon de mauvaises langues, mener un collectif communautariste lui permettrait de décrocher une place qui se fait attendre dans la liste du PS.

Un footeux marseillais et franco-sénégalais

A droite, c’est Elisabeth Saïd, également d’origine comorienne, qui apportait son témoignage lors du récent meeting du Collectif des Indignés phocéens : première femme noire du conseil municipal, elle est passée du PS à l’UMP.
 Mais elle se félicite de la candidature de Pape Diouf pour Marseille. L’ancien journaliste et ex-président de l’OM, d’origine sénégalaise, a annoncé, le 4 février, après plusieurs semaines de suspens, qu’il se lançait bien dans la course aux municipales sur une liste indépendante. Courtisé par le PS, les écologistes et le MoDem, il a finalement répondu à l’appel du collectif citoyen « Le Sursaut », créé par Sébastien Barles, un élu municipal écologiste. Présentée comme « une liste d’ouverture et de rassemblement », elle est constituée de personnalités de la société civile et d’élus venus du MoDem (comme Jean-Luc Benhamias) et des Verts. A 62 ans, l’ancien patron de l’OM a précisé qu’il n’a jamais versé dans le communautarisme, qu’il se méfie de tous les partis, et rêve « d’un Marseille tolérant, qui ferait place à tous les habitants et aurait réduit sa fracture sociale à sa plus simple expression ». « L’initiative de Pape Diouf, qui depuis longtemps s’est engagé dans la lutte contre le racisme, me paraît tout à fait salutaire », a en particulier déclaré Louis-Georges Tin, le président du Cran.

Un steack végétarien

A Villejuif, la candidate écologiste Nathalie Gandais a proposé de remplacer le steak par des protéines végétales pour des raisons confessionnelles. « On propose bien des alternatives au porc, pourquoi ne pas le faire pour toutes les viandes ? », a-t-elle déclaré. A l’origine, une assistante maternelle musulmane, Sabrina Corneille, avait lancé l’idée, revendiquant le droit « pour les parents d’assurer une éducation religieuse et un enseignement conformes à leurs convictions religieuses et philosophiques ». Sa pétition avait recueilli, selon elle, quelque 600 signatures en novembre. Figurant sur la liste de la candidate écologiste, elle a obtenu le soutien de sa proposition par la candidate EELV, elle-même appuyée par un ténor du parti, Alain Lipietz. Deux conseillers municipaux ont quitté la section locale EELV en raison d’un désaccord sur l’interprétation de la laïcité et ont rejoint la liste du PS dissident Philippe Vidal.

Une « laïcité » dé-voilée

A Roubaix, la liste sans étiquette « Roubaix 2014, ultime espoir » a, pour sa part, choisi d’interpeller les femmes musulmanes contre le risque communautariste : « Soyez des femmes pleines de couleurs. Nous avons besoin de tous les humanistes, et en particulier des femmes, pour refuser de déshumaniser l’être humain. L’expression du visage permet de partager une émotion, un sourire. » Tête de cette liste citoyenne, Philippe Delanoy s’est expliqué dans « La Voix du Nord » sur le choix de s’adresser ainsi explicitement aux musulmanes et de les inciter à se dévoiler. « Il y a beaucoup mieux à faire que montrer qu’on est catholique, bouddhiste ou musulman. La religion est une affaire de cœur. Les femmes musulmanes devraient toutes enlever le voile pour faire barrage au FN. »

Ainsi va une campagne électorale qui laisse poindre comme jamais un communautarisme inquiétant.