Le nouvel antisémitisme, un défi pour le mouvement antiraciste

A l’occasion de son 48ème congrès, la Licra a convié autour du journaliste Patrick Cohen le philosophe Raphaël Enthoven, l’écrivain Boualem Sansal, l’essayiste et géopolitologue Frédéric Encel et le journaliste Mohammed Sifaoui à débattre des défis liés à l’émergence d’un nouvel antisémitisme pour le mouvement antiraciste.

de gauche à droite : Boualem Sansal, Mohamed Sifaoui, Patrick Cohen, Alain Jakubowicz, Raphaël Enthoven, Frédéric Encel
De gauche à droite : Boualem Sansal, Mohamed Sifaoui, Patrick Cohen, Alain Jakubowicz, Raphaël Enthoven, Frédéric Encel

Un constat partagé. Le périmètre de l’antisémitisme s’est élargi depuis plusieurs années, « il se porte malheureusement très bien » (Raphaël Enthoven). Aujourd’hui, l’extrême-droite n’en a plus le monopole et l’extrême-gauche a pris très largement une part active dans son développement, confirmant la « Théorie du fer à cheval » de Jean-Pierre Faye. Surtout, la convergence de l’antisémitisme traditionnel avec celui de l’islam radical et celui de la manipulation identitaire, incarnée par Dieudonné, est de nature à participer à une libération de la parole et des actes antisémites dans notre pays.

Salle comble et audience studieuse lors du débat Cette sédimentation contribue aussi très largement à la banalisation de l’antisémitisme. Comme l’a rappelé Frédéric Encel, chacun se souvient de la mobilisation du pays après la profanation du cimetière juif de Carpentras, au point, fait inédit alors, de conduire le Président de la République à battre le pavé avec les manifestants. En revanche, après les assassinats terroristes de Toulouse commis notamment contre des enfants, la société française est restée très largement passive.

L’antisionisme est devenu aujourd’hui clairement le point de convergence de l’antisémitisme moderne. La contestation politique de l’Etat d’Israël est devenue l’habit commode derrière lequel se cache très souvent la haine des Juifs. Comme l’a rappelé Mohammed Sifaoui, le glissement de l’antisionisme vers l’antisémitisme procède de la même logique que le négationnisme, construit autour du concept de révisionnisme, parant d’atours prétendument historiques un objectif clairement antisémite. Pour démont(r)er l’imposture antisioniste, Frédéric Encel n’a pas manqué de constater que les « antisionistes » défendent le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes selon une géométrie très variable, le déniant aux Juifs et surtout n’ayant pas la même alacrité dans la défense d’autres peuples qui revendiquent, partout dans le monde, le droit d’exister.

Débat animé par Patrick Cohen

Face à ce nouvel antisémitisme, de quelles armes disposons-nous ? Si la majorité des intervenants s’est montrée pessimiste face au développement de la haine contre les juifs, chacun a rappelé la nécessité de se battre et de mener, indépendamment d’une victoire incertaine, un combat quotidien. C’est un travail de Sisyphe, ingrat et toujours inachevé. Mais comme l’écrivait Camus, « il faut imagine Sisyphe heureux ».