Les Jours Heureux

Par Mario Stasi, Président de la LICRA

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Dimanche a été une belle journée. Celle d’un pays qui est entré en liesse à la faveur d’un mondial de football qui a vu la victoire des Bleus. On peut ne pas aimer le sport et accessoirement le football. Mais qu’importe le flacon, notre pays a eu l’ivresse. Voilà bien longtemps que la France n’avait pas éprouvé de joie collective. Ces dernières années, c’est de douleur – et non d’allégresse – que nos rues s’étaient remplies pour pleurer les morts des attentats terroristes islamistes. Alors après quelques années en apnée, la France a pu respirer, se retrouver et un instant conjurer les maux qui la minent.
Nous avons vu dimanche une belle équipe de France. Pas seulement sur le plan du jeu et de la gagne. Nous avons vu une équipe jeune, équilibrée, bien dans sa tête, bien dans sa France, bien dans sa République. C’est sans doute anecdotique mais entendre tous les joueurs crier devant les caméras « Vive la République et Vive la France » est nouveau et roboratif. Voilà qui nous change des errements dans lesquels avaient pu sombrer certains joueurs il y a quelques années et des « quenelles » piteusement arborées par certains joueurs.
Le message de Didier Deschamps et de son équipe est à l’image des valeurs de la République : la persévérance, le respect, la fraternité, la solidarité. C’est un message qui compte auprès de la jeunesse et que nous devons accompagner auprès des jeunes.
Evidemment, la victoire de dimanche n’a pas échappé aux identitaires de tous poils, si prompts à développer sur les réseaux sociaux leur obsession des origines. Pour les uns, dont un grand magazine populaire, il s’agissait d’une « victoire de l’Afrique ». Dans le Daily Show, outre-atlantique, le présentateur a même ouvert sa chronique en proclamant que « L’Afrique avait gagné la coupe du monde ». Pour les autres, une victoire des « banlieues » et « du regroupement familial ». Certains, dans nos propres rangs, se sont fourvoyés en opposant les joueurs en fonction de la couleur de leur peau. Tous sont incapables de penser la nation française comme un lieu d’accomplissement et d’émancipation ouvert à tous, sans distinction aucune.
Nous devons dépasser ces assignations identitaires fondées sur l’épiderme ou les origines : elles divisent au lieu de rassembler, elles opposent au lieu de réunir. La meilleure réponse a été apportée par Barack Obama lors de l’hommage rendu à l’occasion du centenaire de la naissance de Nelson Mandela :  » Nous pouvons partager des espoirs communs et des rêves communs. C’est une vérité qui, d’ailleurs, une fois épousée, apporte des avantages bien pratiques, puisqu’elle permet à une société de puiser dans les talents, l’énergie et la compétence de tout son peuple. Et si vous en doutez, demandez donc à l’équipe de France de football, qui vient de remporter la Coupe du monde. Ces joueurs ne m’ont pas tous l’air d’être des Gaulois… Mais pourtant ce sont tous des Français. (…) Ce dont nous avons besoin en ce moment, ce n’est pas d’un leader, ce n’est pas d’une source d’inspiration, mais plutôt de cette énergie collective. Et je sais que des jeunes porteurs de cet espoir s’organisent partout. Chaque génération a l’opportunité de refaire le monde. Mandela disait : “Les jeunes sont capables, lorsqu’ils sont stimulés, de faire tomber les tours de l’oppression et de lever les bannières de la liberté.” C’est le moment. »
Oui, c’est le moment de dépasser les appartenances et de faire de son identité une force collective et non pas une maladie qui affaiblit. C’est le moment de regarder l’avenir avec optimisme et de penser, comme nos prédécesseurs l’ont fait avant nous, à imaginer des « Jours heureux » pour notre pays.
Alors oui, plus que jamais, vive la République et vive la France !
Mario Stasi
Président de la LICRA

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