Lettre du Président de la LICRA aux responsables de la FCPE

4

Madame la Co-présidente, 
Monsieur le Co-président, 

La campagne pour l’élection des représentants des parents d’élèves dans les instances de l’Education Nationale a pris ces derniers jours une dimension polémique qui aujourd’hui conduit la LICRA à réagir et à vous adresser ce courrier. 

En effet, la publication d’une affiche de propagande électorale de la FCPE présentant une femme voilée accompagnée du slogan « Oui, je vais en sortie scolaire et alors ? » ainsi que la publication de tracts en arabes, en turc, en chinois et en portugais ont suscité de vives critiques dans l’opinion et entrainé de nombreuses réactions d’associations. 

Votre initiative soulève plusieurs problèmes qui sont loin d’être anodins. 

Le premier est celui du communautarisme. En effet, il est lourd de sens de voir une organisation représentative de l’Education Nationale choisir de cibler ainsi une partie de son électorat à raison de son appartenance à une religion. L’indivisibilité de la République, fondement de l’universalisme, est sans doute notre bien le plus précieux qui garantit à chacun de n’être assigné à rien d’autre que sa qualité de citoyen, indépendamment de tout le reste. On peut objectivement être légitimement choqués de voir diffuser des tracts rédigés en langue étrangère, ciblant uniquement certaines communautés, à rebours de la nécessité d’intégration dans la République de populations issues de l’immigration. 

Le second est lié à la question du voile islamique. La loi n’interdit pas à une femme musulmane d’accompagner des élèves lors d’une sortie scolaire en portant un voile. C’est aujourd’hui l’état du droit. On peut le déplorer ou s’en féliciter mais c’est la loi. Le problème de votre affiche est d’évoquer cette question sensible au pire des moments, celui d’une campagne électorale, loin de l’apaisement et du dialogue exigés par un sujet aussi sensible. Le voile n’est pas un signe religieux anodin : il interroge la question de l’égalité entre les hommes et les femmes, celle de l’hypervisibilité de la religion dans la société, celle aussi du prosélytisme de l’islam politique qui, c’est l’évidence, l’instrumentalise à des fins de provocation et de séparatisme. Si la question doit pouvoir faire l’objet d’un débat, si la société doit pouvoir s’interroger sur ce qu’elle admet ou non dans le cadre des activités de l’Ecole de la République, ce débat doit être libre et non faussé par des considérations politiques et qui ne défendent en rien la seule chose qui compte : l’intérêt de l’enfant et son épanouissement au sein de l’école laïque. 

Notre société est aujourd’hui fracturée par une volonté de différenciation qui réduit chaque jour ce que nous avons en commun. La FCPE, ancrée dans l’histoire de l’éducation populaire de notre pays et dans la défense la laïcité, est une association reconnue d’utilité publique depuis 1951. Elle a donc, lorsqu’elle s’exprime, une responsabilité particulière. La légitimité de sa parole contribue à forger les opinions au sein du débat public. Il est donc profondément regrettable qu’une organisation ainsi inscrite dans notre tradition laïque, ait choisi de participer à un mouvement général qui divise au lieu de réunir. 

Notre étonnement est à la mesure des interrogations que suscitent votre campagne d’affichage et la distribution de tels tracts.

Fermes sur nos principes, nous restons toujours ouverts au dialogue, lorsque l’essentiel est en jeu et que nous nous adressons à ceux qui, comme votre importante association, se sont engagés à mener le même combat républicain.

En l’attente d’une prochaine rencontre, si vous le souhaitez,

Je vous prie de croire, Madame la co-présidente, Monsieur le Co-président, en l’assurance de mes sentiments républicains. 

Mario Stasi
Président de la LICRA

4 Commentaires

  1. Remarquable lettre : on ne saurait mieux dire. Son sujet illustre , hélas, la complaisance de certaines organisations face à l’islam politique, et ce dans un but électoraliste.
    Peu importe que la République soit atteinte si cela doit valoir un succès électoral.

  2. Bonsoir,

    Je vous félicite.
    Se référer à la religion des parents dans un contexte où l’on doit y être aveugle est une faute.
    Banaliser le voile, signe religieux ostensible sexiste et discriminant, en est une autre.
    Vous auriez pu aussi rappeler que le parent d’élève n’est pas réductible à la mère.
    Meilleures salutations

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here