LICRA Nîmes : « Un grand nombre de victimes ignorent leur droit »

Interview accordée au Midi Libre par Me Saphia Foughar est l’avocate de La Ligue contre le racisme et l’antisémitisme.

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Comment agit la Licra sur les infractions liées au racisme et à l’antisémitisme ?

La Licra intervient soit sur saisine de victimes, soit en se constituant partie civile dans les affaires dont elle prend connaissance et qui sont liées à toutes formes de racisme. La Licra attache une importance à suivre et poursuivre toute procédure : l’objectif est de prévenir en intervenant en amont, puisque la seule condamnation sur le plan pénal ne peut suffire à faire reculer le racisme.

La Licra intervient dans les établissements scolaires, une convention a été signée avec le ministère de l’Éducation nationale, la première convention date des années quatre-vingt, et elle vient d’être renouvelée. La Licra intervient également dans les écoles de police, commissariat et gendarmerie.

Quel est l’état des lieux dans le Gard ?

Si on ne prend que les plaintes qui font l’objet de poursuites nous pourrions considérer que, dans le Gard, il n’y a pas de racisme. Néanmoins les actes racistes recensés sont loin de refléter la réalité. Bon nombre de plaintes ne sont pas prises ou sont classées sans suite. De fait, un grand nombre de victimes ignorent leurs droits, et n’osent pas pousser les portes d’un commissariat ou d’une gendarmerie pour déposer plainte.

Ce qui est inquiétant c’est la banalisation des actes racistes au point que même les victimes ne savent pas si elles sont en droit de déposer plainte. Il y a également la difficulté liée à la preuve de la commission d’une infraction à caractère raciste, que les victimes peinent souvent à rapporter.

On a parfois le sentiment que les structures mises en place s’agissant des discriminations sont des coquilles vides ?

Il ne me semble pas qu’il existe dans le Gard une structure spécialisée. Nous avons rencontré le procureur de la République en juin 2017 avec Patrice Bilgorai, le président de la section de Nîmes. Et il nous avait été annoncé la création d’un pôle antidiscrimination dès la rentrée 2017, mais nous n’avons eu aucun retour sur ce projet, pour lequel, bien évidemment nous restons pleinement disponibles.

Combien de procédures ont été engagées ?

La Licra a été saisie à plusieurs reprises par des victimes d’actes racistes et a systématiquement pris contact avec le parquet pour suivre l’évolution des dossiers. Malheureusement, sur plusieurs saisines, seules deux en 2017 ont pu aboutir à un jugement, ce dont se réjouit néanmoins notre association.

Chaque condamnation est une victoire et contribue à faire reculer le racisme. Pour autant, il arrive encore que des victimes se plaignent de n’avoir pas pu déposer plainte au commissariat de Nîmes. Car, à l’accueil, il leur a été indiqué que c’était inutile ou pas caractérisé, ce qui a un fort effet de dissuasion.

Dans les écoles de police et commissariat. Nous avons également mis à disposition, à l’accueil, de tous postes de gendarmerie et commissariat des dépliants dans le but d’informer les victimes sur leurs droits et la possibilité pour elles d’avoir le soutien de la Licra. Il est en effet important pour les victimes de sentir qu’elles ne sont pas seules et même en cas d’absence de poursuites pour défaut de preuves, de savoir que leur plainte a fait l’objet d’une prise en compte, car la prise de plainte est la première reconnaissance républicaine du statut de victime.

Les partenariats avec la gendarmerie et la police engagés avec la Licra du Gard fonctionnent de quelle façon ?

En 2017, la Licra est intervenue une dizaine de fois : école de police, commissariat et gendarmerie. Pour ce qui concerne l’école nationale de police (ENP), notre structure intervient dans le cadre de la formation initiale de chaque promotion. La qualité des relations permet à la section de Nîmes d’assurer près de 50 % des interventions en formation initiale et continue à l’ENP.

# Licra à Nîmes, licra30@laposte.net. Tél. 06 64 3210 40.

# Mes Célestine Bifeck et Waffae Ezzataïb défendent également les dossiers portés par la Licra.

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