Lutte contre l’antisémitisme : il y a urgence absolue

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Le Premier Ministre Edouard Philippe a fait savoir ce matin que « le nombre de ces actes a augmenté de plus de 69 % au cours des 9 premiers mois de l’année 2018. » Ces chiffres, dont nous pressentions la tendance, témoignent d’une situation particulièrement grave pour la cohésion nationale.

L’augmentation des actes antisémites a plusieurs sources

La première, c’est la libération de la parole antisémite sur les réseaux sociaux, sans crainte de sanctions rendues quasiment impossibles par l’écheveau procédural qu’il faut affronter avant d’obtenir des condamnations pénales. C’est la raison pour laquelle la LICRA propose deux axes de responsabilisation : celle des hébergeurs de contenus, grâce à la mise en place d’une législation efficace, pédagogique et dissuasive; celle des usagers du numérique, grâce à la sortie des délits liés au racisme et à l’antisémitisme de la loi sur la presse pour les intégrer pleinement dans le code pénal, garantissant ainsi une sanction plus rapide et plus ferme. Une personne qui appelle à la haine sur les réseaux sociaux le dimanche doit savoir qu’elle pourra être identifiée le lundi, placée en garde à vue le mardi et jugée en comparution immédiate le mercredi.

La seconde, c’est la convergence des haines antisémites. Si la montée de l’antisémitisme s’explique par la montée de l’extrême-droite, des identitaires et des populismes qui désignent toujours les mêmes boucs-émissaires à la vindicte, elle trouve aussi sa source dans des phénomènes liés à l’islamisme qui charrie avec lui un communautarisme haineux, un complotisme détestable et des préjugés à l’égard des Juifs que nous connaissons bien. L’antisémitisme trouve aussi des alliés de poids parmi une certaine extrême-gauche, indigéniste et ethniciste, qui, sous couvert d’antisionisme, manifeste une obsession vindicative à l’égard des Juifs.

Face à cela, la LICRA appelle à une prise de conscience de la Nation. Le développement de l’antisémitisme, en plus de flétrir la communauté juive, a toujours été « annonciateur et révélateur des dérèglements qui menacent une société » comme l’a rappelé récemment Alain Chouraqui, président fondateur de la Fondation du camp des Milles. L’antisémitisme est un marqueur du délitement des valeurs, de la progression des extrémismes politiques et religieux et des menaces qui pèsent sur notre régime de libertés.

La LICRA appelle aussi l’ensemble des responsables politiques à porter auprès de nos concitoyens l’idée que la lutte contre l’antisémitisme est l’affaire de tous et pas seulement celle d’une communauté. Nos élus ne peuvent pas se contenter, après chaque agression ou acte antisémite, de seulement réunir les représentants des cultes et des communautés. Cette démarche est nécessaire mais elle n’est pas suffisante. Car si on considère que la lutte contre la haine des Juifs est seulement affaire de religion ou de communauté, alors il ne faudra pas s’étonner de voir grandir l’indifférence et la banalisation dans un pays qui en majorité ne se sentira pas touché par cette question. Il ne faudra pas non plus s’étonner de voir prospérer cette idée selon laquelle seules les victimes d’une discrimination sont capables de lutter contre elle.

Il faut de ce point de vue que nos responsables publics changent de logiciel et intègrent davantage la nécessité de lutter contre l’antisémitisme à la faveur d’une action résolument universaliste et républicaine : quand un juif est attaqué en tant que juif, c’est un membre de la communauté nationale qu’on frappe et c’est à elle de faire corps avec lui pour l’assister, le défendre et lui rendre justice.

Mario Stasi,
Président de la LICRA

6 Commentaires

  1. Les idées haineuses devraient choquer tout le monde en France. Malheureusement, chacun est egocentré et les responsabilités individuelles sont diluées (pour cela comme pour le reste!). Personnellement cette montée d’antisémitisme m’ecoeure profondément. C’est un grand défi que de redresser cette faillite morale et intellectuelle. Je précise que je suis catholique pratiquant. En tant que tel, il m’est impossible de fermer les yeux sur l’injustice que subissent encore les français de religion juive. Chaque citoyen est concerné (à moins de vouloir devenir un obscur sujet, serviteur d’un règne imbécile). Au nom des miens, vous avez notre soutien plein, dynamique et entier. La lutte contre l’antisémitisme s’ajoute à d’autres causes justes qu’il est important de nourrir. Paix à vous. Fraternellement.

  2. Quand une avocate défend un individu qui compare les trains de migrants à ceux qui emmenaient les juifs vers les chambres à gaz, et qu’elle affiche, au tribunal, ses responsabilités au sein de la Licra, c’est déjà insupportable quand on connait un peu l’histoire de l’extermination.
    Mais quand elle ajoute: « Je ne trouve pas illégitime ni farfelu de faire une analogie entre la situation des migrants et celle des juifs pendant la Seconde guerre mondiale… », cela devient scandaleux. C’est une manière de réviser la Shoah et donc de la réduire, ce que recherchent depuis 70 ans les révisionnistes de droite et de gauche.
    (Je suis membre de la licra)

  3. L’antisémitisme est détestable et stupide. Il faut en démonter et les sources erronées et la diffusion inacceptable. Oui à un durcissement des dispositions judiciaires contre les délinquants.

  4. L’antisémitisme est une maladie pour laquelle tous les remèdes proposés n’ont pas été efficaces. Ceux qui en sont affectés infectent souvent à leur tour leurs proches. Les hussards noirs de la République ont hélas disparu J’ai hélas rarement vu un antisémite génétique devenir philosémite ou tout au moins passif. J’ai longtemps milité à la LICA Toulouse, devenue LICRA, animé d’un enthousiasme à toute épreuve. Aujourd’hui, je suis fier de voir se dresser un Mario STASI combatif. Je ne peux que lui souhaiter de poursuivre son action ou ses actions avec autant de vigueur et de pugnacité.

  5. La seconde guerre n’est pourtant pas si éloignée et pourtant comment peut-on être antisemite après la shoah ? Oui il y a une banalisation de la haine via les réseaux sociaux mais je suis très étonnée que personne ne réagisse ne s’indigne de ces actes, de ces chiffres, j’ai publié un post de colère et personne ne m’a soutenue à part la communauté juive ! Qu’est devenu le pays des Justes ? Je m’interroge mais il y a un gros problème éducatif de la part des parents qui ne font pas le travail éducatif et anti haine qu’ils devraient faire. De tout cœur avec vous.

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