Michel Audiard, tonton flingué

Les amateurs du cinéma du samedi soir et des dialogues au comptoir sont sans doute désappointés depuis une semaine après les révélations de la revue Temps Noir, à paraître le 26 octobre, et dont les bonnes feuilles sont sorties dans plusieurs médias cette semaine. On y apprend en effet que Michel Audiard, dialoguiste émérite, père des Tontons Flingueurs et de répliques à jamais tombées dans le langage courant avait participé activement à la presse antisémite durant l’Occupation.

Il a notamment « collaboré » au journal L’Appel, dirigé par Pierre Constantini, membre du Parti Populaire Français, et dont le sous-titre suffit à comprendre l’ambiance qui devait régner à la rédaction : « organe de la Ligue française d’épuration, d’entraide sociale et de collaboration européenne ». En octobre 1941, le journal titrait même « Faut-il exterminer les Juifs ? ».

En juillet 1943, le jeune Michel Audiard publie dans cette revue une nouvelle intitulée Le Rescapé du Santa Maria, où les personnages de l’intrigue, juifs, sont décrits en mobilisant le champ lexical de l’antisémitisme : leur « une veulerie suante », leur « odeur de chacal » font d’eux, selon l’auteur, une « synthèse de fourberie ». Avant de conclure son article, comme le rappelle Franck Lhomeau, rédacteur en chef de la revue Temps Noir par ces mots terribles : « La conjuration des synagogues (…) s’achèvera « à l’heure prochaine de votre pendaison (…) manifestation de l’immanente justice ».

L’année suivante, devenu critique « littéraire », Audiard poursuit de son obsession « le monde qu’il est convenu d’appeler « artistique » et qui demeure dans sa majorité le plus coquet ramassis de faisans, juifs (pardonnez le pléonasme), métèques, margoulins… »  avant de s’en prendre à ce « petit youpin de Kessel ». Michel Audiard figure en outre parmi les membres du groupe « Collaboration », collectif d’intellectuels collabos adoubé par le IIIème Reich. Après la guerre, il se défendra en indiquant à la police avoir été intégré à ce groupe à son insu.

Décidément, les antisémites, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnait.