NON, l’Arabie Saoudite n’est pas présidente

NON, L’ARABIE SAOUDITE N’EST PAS PRESIDENTE DU CONSEIL DES DROITS DE L’HOMME, mais …

Ou « Jonction Internationale avec l’Université de la LICRA »

NON, l’Arabie Saoudite n’est pas présidente du Conseil des Droits de l’homme.

L’Arabie Saoudite est présidente… mais de quoi au juste ?  Le scoop, c’est qu’elle est présidente, et c’est sur cela que les journalistes mettent l’accent et comme ils entendent « droits de l’homme », ou même Conseil des Droits de l’homme, ils ne vont pas plus loin. Ou peut-être sont-ils plus précis, mais les lecteurs pas autant. Bref, de quoi s’agit-il ?

Il s’agit bien du Conseil des Droits de l’homme, auquel l’Arabie Saoudite a  régulièrement été élue comme membre (sur le 47 Etats-membres) en 2013. A l’époque, quelques ONG vigilantes comme UNWatch s’en sont offusquées.  Mais sans aucun écho.  Et d’ailleurs, que peut-on faire ?  Les textes sont appliqués, l’élection est régulière.  Tout comme celle du Groupe Consultatif que la résolution 5/1 du Conseil des Droits de l’homme autorise à constituer à chaque session.  Donc, à la session de Septembre, conformément à cette résolution, le Conseil nomme un représentant de chaque groupe régional, choisi parmi les Membres du Conseil.  Cinq groupes régionaux, cinq Membres de ce Groupe Consultatif ayant pour mission de sélectionner les candidatures à des postes d’experts.  L’Arabie Saoudite est choisie comme membre de ce Groupe.  Normal.  Elle  fait partie d’un groupe régional et est Membre du CDH. Les cinq membres réunis élisent un président, et c’est l’Arabie Saoudite qui devient présidente de ce Groupe Consultatif. Les textes ont été régulièrement appliqués.  Pourquoi tant d’émoi ?

Logiquement, à quel moment faut-il s’offusquer : A la fin du processus très régulier qui permet à l’Arabie Saoudite de devenir Présidente ou au début du processus, celui de l’élection des Membres du CDH ?

Quand on ne veut absolument pas avoir de l’eau dans un évier, la solution ne consiste pas à seulement fermer le robinet  – que n’importe qui peut ouvrir par distraction – mais à   couper le compteur d’eau.  Couper le compteur EST le rôle de l’inéligibilité que nous demandons aux Nations Unies : « L’inéligibilité pour les Etats auteurs de représailles envers les défenseurs des droits de l’homme qui coopèrent avec les Nations Unies ».

Ces défenseurs, soucieux de faire avancer les droits de l’homme dans leur pays, souvent une dictature, bravent courageusement les autorités pour faire parvenir aux Nations Unies les renseignements nécessaires pour prendre des dispositions.  Ils sont, hélas, pratiquement toujours, victimes de représailles, qui vont de la simple intimidation mais surtout des emprisonnements, des tortures, et la mort tant pour eux que pour leur famille.  Comme cette avocate chinoise des droits de l’homme qui s’apprêtait à monter dans l’avion pour Genève, décidée à dire devant le Conseil des Droits de l’homme tout ce qui se passait réellement en Chine. Mais elle n’est jamais arrivée à destination. Nous avons appris sa mort à la session suivante en Mars 2014.  Le gouvernement chinois a dit qu’elle avait été arrêtée à l’aéroport, emprisonnée, qu’elle était tombée malade et malgré les meilleurs soins qu’elle a eus, elle est morte… Comme elle, de nombreux autres, et qui ne reculent devant rien.

Nous avons écouté, aux très intéressantes journées de l’Université d’Automne de la Licra au Havre, Pierre Bénichou expliquer pourquoi il n’avait pas publié les caricatures de Charlie Hebdo qui ont déchaîné les violences des foules incultes et barbares. Avec humour et affection,  Jean-Michel Ribes a dit que Pierre Bénichou était un trouillard, mais qu’il avait le mérite de le reconnaître.  Bien entendu, tant sur l’estrade que dans la salle, cela a soulevé des protestations, des discussions.  Pierre Bénichou a précisé que cela ne servait à rien de jouer à être un héros.  Car, pense-t-il, ces barbares ne sont pas importants dans le monde. Ce qu’a immédiatement relevé Zineb el Rhazaoui, journaliste à Charlie Hebdo « Allez dire cela aux victimes de Daesh en Irak, en Syrie… »

« L’humour au péril de sa vie ? »  Zineb el Rhazaoui a merveilleusement défendu cette position, avec une connaissance parfaite de tout ce qui se passe dans les dictatures arabo-musulmanes. Pour ajouter que nous étions en guerre.   Mais toutes les dictatures se valent, et elles essaient toutes d’étouffer les libertés fondamentales.  Et ceux qui se battent, non seulement pour eux, mais pour leur peuple, pour obtenir ces libertés sont vraiment des héros.

C’est le fait d’être cohérent avec ses idées  « au péril de sa vie » qui définit le héros, ici, par l’humour, là-bas, par l’action.

C’est pour ces héros que nous demandons l’inéligibilité au Conseil des Droits de l’homme de ces Etats.

 

Déborah Wolkowicz-Breillat