Pour l’honneur de Maurice Audin

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La déclaration du président Macron reconnaissant la responsabilité de la France dans le meurtre de Maurice Audin, et dénonçant, au-delà, l’emploi qui fut fait de la torture pendant la guerre d’Algérie, doit être saluée sans réserve par la Licra :

Parce qu’effectivement soixante ans après, même si on ignore encore la manière dont Maurice Audin a été assassiné, la recherche historienne a établi sans conteste la réalité des faits allégués ; et aussi parce que (Jacques Chirac avait ouvert la voie dans son discours du 16 juillet 1995 au Vel d’Hiv) un Etat se grandit en reconnaissant sans restriction la vérité de son passé.

Il ne s’agit nullement en l’occurrence  de « repentance » mièvre ou d’ « autoflagellation » ainsi qu’ on l’entend à une extrême-droite dont le leader historique approuve, encore aujourd’hui, avec cynisme, des crimes auxquels, selon plusieurs témoignages, lui-même a participé.

Il s’agit au contraire avec cette reconnaissance de rendre possible une affirmation plus vraie  de ce qu’est la France, d’incarner davantage et mieux  son idée, cette idée de la France que revendiquait, après Charles Péguy, le général de Gaulle. La torture pendant la guerre d’Algérie, utilisée comme système visant moins à obtenir des renseignements que (Raphaëlle Branche, auteure d’un ouvrage de référence, le souligne) d’installer la terreur, est un élément de cette « brutalisation » de l’homme contemporain entrevue, dans son travail sur la première guerre mondiale par le grand historien, George L. Mosse.

À côté du non absolu que, au moins pour des raisons éthiques, chacun doit opposer à la torture, notre époque laisse  aujourd’hui entrevoir que  cette dernière fut en Algérie, dans la forme où elle fut pratiquée, un élément annonciateur de cette monstruosité que l’humanité affronte désormais, la soumission et la mise à disposition sans réserve des corps et des âmes, La déclaration du président Macron ne fait donc pas que dénoncer un passé honteux, elle met en garde contre ce qu’il y a de plus inquiétant dans ce qui se présente aujourd’hui à nous.

Alain David, Président de la Commission MHDH de la LICRA

3 Commentaires

  1. Pour l’Honneur de Maurice AUDIN et sa Famille ! Et si l’Etat pouvait reconnaître mon père naturel Mort pour la France, fusillé au Camp de SOUGE (33)le 1er août 1944 auprès de 2 autres camarades : le 13 octobre 1944, ils ont reçu les Honneurs Officiels de la Nation – Place du Capitole à TOULOUSE : Albert LAUTMAN – Robert BORIOS (tous deux reconnus) et le Docteur Litman NADLER – les 3 cercueils étaient sur la place du Capitole et mon père naturel, je n’arrive toujours pas à le faire connaître – allez-savoir pourquoi ? Litman NADLER a fait ses Etudes de Médecine à Toulouse des années 1935 à 1941 – en 41, les étudiants d’origine Juive ne pouvaient plus poursuivre leurs Etudes – il était en année de Thèse…… donc il n’a jamais pu se présenter à cet examen !

  2. Un conseil de lecture d’un livre déjà ancien :
    En deçà ou delà du travail historique, puisqu’il s’agit d’un roman je n’ai pas trouvé mieux pour l’instant que les longs passages de ‘ »L »art français de la guerre » d’Alexis Jenni, pour expliquer la stratégie de la bataille d’Alger : fichage de la population, arrestations, tortures, « aveux », arrestations…en dehors de tout cadre judiciaire.

  3. Le drame, c’est actuellement dans les mêmes circonstances les méthodes utilisées seraient exactement les mêmes.Il suffit déjà de constater l’ attitude des flics et des CRS face aux manifestants, quels qu’ils soient.

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