Que fait le CSA ?

Fracture mediatique

Les émissions de télévision en font-elle trop pour obtenir de l’audience ? La question mérite d’être posée à la suite de deux polémiques nées sur les plateaux de « Des paroles et des actes » de David Pujadas sur France 2 et du « Supplément » d’Ali Baddou sur Canal Plus.
Jeudi 22 janvier, Alain Finkielkraut est vivement pris à parti par Wiam Berhouma présentée comme une enseignante d’anglais, une citoyenne « lambda ». Depuis La vidéo tourne en boucle. L’échange est tendu, les tweets de téléspectateurs commencent à pleuvoir relate Le Point. « Certains tweetos ont en effet fait remarquer, pendant l’émission, que la jeune femme faisait partie du PIR, le Parti des indigènes de la République ». « Encore une fois, le téléspectateur n’a pas eu tous les éléments en main pour comprendre le parti pris de l’intervenante », constate Marianne.

Dimanche 24 janvier, Le Supplément de Canal + invite Idriss Sihamedi, président de l’ONG Baraka City, venu plaider la cause de Moussa Ibn Yacoub, un membre de l’ONG emprisonné depuis un mois au Bangladesh pour « activités suspectes ». L’animateur Ali Baddou l’interroge : condamne-t-il l’Etat Islamique? Idriss Sihamedi qui se présente comme un musulman « normal » refuse de condamner l’EI explicitement suscitant l’indignation des personnes présentes sur le plateau et de téléspectateurs. Le président de l’ONG se justifiera ensuite sur les réseaux sociaux, invoquant la potentielle mise en danger de ses équipes humanitaires présentes dans les zones de conflit. La réaction de la ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem, qui a refusé de lui répondre, a provoqué la controverse. Elle explique dans le Parisien mardi 26 janvier qu’elle « refuse de (se) prêter à ce petit jeu nauséabond consistant à inviter des gens infréquentables pour faire du buzz ».
Pourtant, au-delà des discours indignés, ce moment de télévision est symptomatique des nombreux questionnements qui fracturent la société française comme le relate Slate dans un récent article.
De plus, les invités des émissions doivent faire l’objet d’attention de la part des équipes de production. Il en va de l’intérêt général. Comme l’évoquait Joann Sfar dans un de ses posts récents : « C’est vraiment la double peine pour les citoyens français venus d’une famille du Maghreb, ou de culture musulmane: Non seulement la télé ne les laisse pas assez souvent s’exprimer, mais en plus, quand on nous vend des « jeunes gens représentatifs et issus de la société civile » il s’agit à tous les coups de copains de Tariq Ramadan ou des Indigènes de la République. Les émissions qui choisissent de tels intervenants torpillent le débat et montrent des joutes caricaturales. La réalité du terrain est souvent plus amère, plus complexe.«