Rencontre avec François Rachline, auteur de l’ouvrage « L.R. Les silences d’un résistant »

Daniel Rachline et François Rachline, fils de Lazard Rachline; Pierre Aidenbaum, Président d’honneur de la Licra, Dominique Schnapper , sociologue et politologue, Martine Benayoun, Vice-Présidente de la Licra
Daniel Rachline et François Rachline, fils de Lazard Rachline; Pierre Aidenbaum, Président d’honneur de la Licra, Dominique Schnapper , sociologue et politologue, Martine Benayoun, Vice-Présidente de la Licra

François Rachline est universitaire. Il a été maître de conférences à l’Université de Paris X Nanterre puis Professeur titulaire à Sciences Po Paris. Economiste de formation, il a publié des ouvrages d’économie, de nombreux articles dans des revues, des magazines et des quotidiens. Chroniqueur au magazine en ligne Slate après l’avoir été à RMC, à l’Expansion et à BFM Radio. Il a été Conseiller spécial du président du Conseil économique, social et environnemental, Jean-Paul Delevoye de 2011 à 2015. Il est président du comité scientifique du Centre d’études du fait religieux contemporain. François Rachline est aussi écrivain, essayiste et romancier, son dernier roman, Le mendiant de Velázquez (Ed. Albin Michel) a reçu le prix Cabourg en 2014. Son dernier ouvrage, pour lequel il est l’invité de la Licra et du Cercle-réfléchir les droits de l’homme, « L.R. – Les silences d’un résistant » (Ed. Albin Michel) se présente sous la forme d’une enquête sur son père, Lazard Rachline, co-fondateur de la LICA, grand résistant de la première heure, homme engagé sur tous les fronts y compris dans la mobilisation pour la création de l’Etat d’Israël.

Lazard Rachline était une conscience. Il fut un homme droit, juste, providentiel et fait partie de ces personnalités, aujourd’hui, qui nous manquent tant et que nous cherchons et recherchons éperdument, passionnément et désespérément pour nous guider vers un avenir meilleur. Il était une personnalité de l’ombre. Peut-être était-il trop discret, trop modeste ? Cependant, la modestie et la discrétion ne sont-elles pas élégance et grandeur ? Aujourd’hui il est mis à l’honneur, enfin ! Et c’est bien justifié et bien mérité, grâce à ce remarquable ouvrage et à ce bel hommage qui lui a été rendu par la ville de Paris en présence d’Anne Hidalgo, de nombreuses personnalités et d’élus. Rappelons que le Conseil de Paris avait voté le 17 juin 2014 à l’unanimité l’attribution d’un emplacement à Lazard Rachline en témoignage de reconnaissance. Nous y étions ! Un hommage est désormais rendu par la Licra, le 16 mars 2016, en présence de Pierre Aidenbaum, Maire du 3ème arrondissement, et Président d’honneur de la Licra, Alain Jakubowicz, Président de la Licra, et Daniel Rachline, grand militant de la cause antiraciste, frère de François Rachline et fils de Lazard Rachline.

« L.R. – Les silences d’un résistant » est un récit fort bien écrit, détaillé, étayé qui s’appuie sur un grand nombre de documents d’archives françaises, britanniques, familiales, des témoignages, des carnets personnels, des photos, le tout s’étalant de 1927 à 1968, année de la disparition de Lazard Rachline. François Rachline explore les actes et les paroles au travers de l’histoire de Lazard Rachline, il entreprend de cerner sa personnalité secrète, il raconte tout simplement, très naturellement et avec talent la vie, la personnalité, les engagements de son père.

Des années 20 à 30, Lazard Rachline combat tous les racismes aux côtés de Bernard Lecache, Henry Torres, avocat de Samuel Schwartzbard, Georges Zerapha, Joseph Kessel, Simon Goldenberg et d’autres encore qui font la fierté et l’histoire de la Licra. Il écrit des articles, il intervient dans des colloques, il prône l’universalité des messages de la Lica avec des convictions républicaines notamment sur la laïcité. Il défend l’idée que la Lica devienne la LICRA. Il écrira dans un de ses discours, « nous sommes mûrs maintenant (NDRL : 1938) pour accepter que le racisme contienne en lui toutes les formes de l’antisémitisme contre lesquelles nous devons lutter ». Mais ni Bernard Lecache ni le Comité Central n’accepteront de renoncer à la mention « antisémitisme » dans la dénomination LICA. L’international a aussi toute son importance chez Lazard Rachline. Il considérait que si l’association abandonnait l’international, la LICA disparaissait. Evidemment la dimension internationale était nécessaire selon lui puisqu’il luttait pour aider les réfugiés et les apatrides qui avaient fui l’Allemagne, la Tchécoslovaquie, la Pologne et l’Autriche. Les idées, aussi, étaient au centre de son combat : il pensait comme Emile Zola et beaucoup d’intellectuels que les « idées l’emporteraient sur les ruines ». Il défendait la justice, l’équité, la démocratie, le droit de vivre, le respect d’autrui. Il était fidèle aux valeurs universelles.

Son engagement dans la résistance a été central dans sa vie. Engagé volontaire en 1940, évadé du Stalag où il était retenu prisonnier, Lazard Rachline devient membre actif puis chef de la principale filière d’évasions de France, via Gibraltar, au sein du Special Operations Executive des services secrets britanniques. Celui qu’on appelle alors Lucien, qui sera Lucien Rachet, et plus tard Socrate, devient agent des services français en 1943. Ses missions le conduisent en France, en Espagne, à Alger, à Londres où de Gaulle, en mars 1944, lui confie le soin de restructurer la Résistance dans la perspective de la Libération. Il exercera des fonctions stratégiques et aura la confiance du Général de Gaulle qui le nommera Son représentant en lui donnant la mission clé  qui doit organiser l’après libération au moment de l’insurrection d’août 44 à Paris.

Enfin Lazard Rachline se mobilisa avec passion et ferveur pour la création de l’Etat d’Israël. Il sera à l’origine de la rencontre entre de Gaulle et Menahem Begin en juin 1958. Il prendra toutefois quelques distances avec le Général de Gaulle suite à l’embargo décrété par la France à l’égard d’Israël et de son discours du 27 novembre 1967 lorsque le Général qualifia les juifs de Peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur.

La Licra et le Cercle recommandent à tous les militants de lire ce beau récit qui raconte une page de l’histoire de la résistance. « Tant qu’il reste encore des choses à faire, c’est qu’on n’a pas tout fait ». Extrait du discours de Lazard Rachline lors d’un des premiers congrès de la LICA au début des années 1930.

Par Martine Benayoun, Vice-Présidente de la Licra