Un populiste, ça Trump énormément !

Republican Party Elephant American Vector Background PosterAux Etats-Unis, la campagne pour les primaires du côté des Républicains a libéré la parole raciste, antisémite, misogyne et complotiste. Un exemple à ne pas suivre en France en 2017.

Donald Trump, en passe d’être investi face à Hilary Clinton, n’est pas seulement l’apologiste invétéré et milliardaire de la vente d’armes à feu. Il symbolise aussi la fragilité d’une Amérique guettée par les dangers de la racialisation et les fantômes de la suprématie blanche. 

Si le populisme se mesurait, Donald Trump serait mètre-étalon. Les étrangers, les hispanos, les noirs, les musulmans, les juifs, les femmes ont tous eu droit ces derniers temps à une amabilité du leader républicain, le tout baignant dans le complotisme.

Les étrangers, voilà l’ennemi premier pour Donald Trump. Dans ses réunions publiques, finis les complexes. Première cible, les Mexicains. Le 16 septembre 2015, il déclare devant ses partisans : « lorsque le Mexique nous envoie ses gens, il n’envoie pas les meilleurs éléments. (…) Ils envoient ceux qui posent problème. Ils apportent avec eux la drogue. Ils apportent le crime. Ce sont des violeurs » avant de proposer la construction d’un mur entre les Etats-Unis et le Mexique pour stopper la contagion.

Les Noirs ne sont pas en reste. Après huit années de présidence Obama, les amis de Donald Trump ont soif de revanche. Lors de la campagne de 2011, Trump avait rejoint la théorie des « Birthers » accusant Barack Obama de ne pas être né sur le territoire des États-Unis, et donc d’être  inéligible à la fonction de président des États-Unis tel que le requiert l’article 2 de la Constitution américaine. En n’oubliant pas de suggérer que Barack Obama appartiendrait au grand complot musulman contre les Etats-Unis. En octobre dernier, à Indianapolis, le candidat républicain déclare que « certains Africains sont des sots paresseux, tout juste bons à manger, faire l’amour et voler » et que, non contents de cela, ils corrompent les bonnes mœurs du pays, car ils incitent les bons américains à « vadrouiller en déplorant la façon dont ils sont discriminés ». Arrivé au pouvoir, il propose d’expulser des Etats-Unis plus de 12 millions d’étrangers. A commencer par les Kenyans et « leur fils Barack Obama » auquel il n’a pas manqué de promettre un charter. En novembre dernier, à Birmingham, un incident racial émaille l’un de ses meetings et il exige l’évacuation musclée d’un militant noir venu interrompre l’événement. On comprend désormais mieux pourquoi David Duke, patron du Ku Klux Klan, a appelé à voter Trump.

Les musulmans font aussi partie des cauchemars du milliardaire. Pour lui, il est évident que « les arabes du New Jersey se réjouissaient que le World Trade Center se soit effondré » avant de proposer l’interdiction totale aux syriens de poser le pied sur le sol américain en raison du risque terroriste. Après les attentats du 13 novembre à Paris, il a redoublé d’audace en proposant d’interdire l’entrée du territoire américain à tous les musulmans, « le temps que les élus comprennent la situation ». Pourtant, isolationniste viscéral, il souhaite ne pas se mêler du cas Daesh, préférant laisser Bachar al-Assad et Vladimir Poutine régler le problème. En passant, Trump propose le rétablissement de la torture avec les terroristes, notamment par l’utilisation du « waterboarding » (simulacre de noyade), même s’il trouve la méthode encore trop douce.

Trump est un cumulard. Il arrive même à être raciste et antisémite dans la même phrase. Démonstration : « des Noirs qui comptent mon argent ! Je déteste l’idée. Les seules personnes que je veux voir compter mon argent sont des hommes petits portant la kippa tous les jours. ». Devant la Coalition juive américaine, sa tirade manipulant les pires clichés antisémites a terrassé l’assistance : «Je suis un négociateur comme vous tous. (..) Je ne veux pas de votre argent donc vous ne me supporterez certainement pas ».

Volontiers misogyne, il s’en est régulièrement pris à Hillary Clinton en s’interrogeant : « Comment peut-elle satisfaire son pays si elle ne satisfait pas son mari ? ». La litanie de ses turpitudes pourrait faire l’objet d’un livre entier.

Le plus inquiétant, c’est la rencontre entre Trump et une partie de l’Amérique. « Pour bien comprendre la campagne de Trump, il faut le considérer non pas comme un signe mais comme la dernière manifestation de la stratégie déployée depuis un demi-siècle par le Parti républicain dans les États du Sud en misant sur le ressentiment racial et la solidarité blanche », écrit Jeet Heer dans New Republic. Plusieurs sondages publiés par le New York Times ont montré récemment que 80% des électeurs de Trump veulent déporter immédiatement tous les immigrés clandestins présents aux Etats-Unis, que 13% d’entre eux considèrent que l’abolition de l’esclavage en 1865 a été une erreur et enfin que 70% préféreraient voir le drapeau confédéré flotter sur toute l’Amérique.

La libération de la parole raciste, antisémite et xénophobe a un coût et invite au passage à l’acte, même dès le plus jeune âge. Le magazine Terrafemina rapportait récemment qu’en Virginie, « les élèves de CM1 se sont moqués d’enfants musulmans et se sont réjouis de leur expulsion à venir alors que dans la même semaine, dans un lycée de l’Indiana, des jeunes ont brandi le portrait de Trump en insultant des joueurs d’origine hispanniques et en reprenant son slogan « Construisez le mur ! ».