Universités de la Licra 2014, 2ème partie

Pour les intervenants, les questions centrales sont : « Comment respecter la spécificité de chaque mémoire et comment transmettre cette mémoire sans les trahir ? » et « De quelle manière peut-on étudier et transmettre cette mémoire ? »

Pour Yves Ternon, il y a une spécificité de l’infraction au niveau juridique, et une singularité de l’événement au niveau historique. Il faut étudier les génocides de façon précise de façon à distinguer les singularités. 

Pour Yamina Thabet, le principal objectif de l’ATSM est de combattre les discriminations. Le principal est de combattre le déni qui implique que les choses n’existent pas : le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie. En Tunisie, le problème qui se pose est celui de la reconnaissance des mémoires. Il faut faire savoir qu’en Tunisie, il y a eu des camps de déportation, de travail… et que la Tunisie a été le premier pays à avoir aboli l’esclavage le 23 janvier 1846. 

Rokhaya Diallo revient sur le fait que l’Allemagne a été à l’origine du génocide des Hereros en Namibie. Ce génocide a été un terrain de préparation des nazis pour le génocide des juifs. Pour elle, il faut inscrire les génocides dans un continuum historique, plutôt que de les mettre en concurrence. Elle insiste sur le fait qu’il faut parler d’une mémoire inclusive qui célèbre les victoires comme les abolitions, et les souffrances : d’où  l’importance de développer la fiction, la culture, donner une place au développement de cette culture commune qui fasse la place à tous. 

Voir l’interview de Yamina Thabet et de Rokhaya Diallo : 

La journée du samedi s’est terminée par une réception à la mairie du Havre en présence du député-maire du Havre Edouard Philippe, et par une soirée culturelle en hommage à Joséphine Baker au Petit Théâtre. 

Dimanche 19 octobre, Jacques Toubon, Défenseur des droits, est intervenu pour présenter ses missions et répondre aux questions des militants de la Licra. 

Pour Jacques Toubon, ceux qui tiennent les mécanismes de la démocratie ne font pas tout ce qu’ils devraient faire : il y a un vrai décalage entre la manière dont le système démocratique a évolué et la manière dont la France et le monde ont évolué. Un rattrapage est nécessaire. 

Selon Jacques Toubon, le fond des choses est éthique : quelle morale la démocratie se donne à elle-même ? 

Sur le thème des minorités et de l’universalisme républicain, Jacques Toubon souligne qu’il n’y a pas d’opposition entre les deux. Pour lui, les droits des minorités impliquent l’universalisme des droits, car ce sont des droits fondamentaux impliqués par la personne humaine, et non pas liés à l’appartenance à une religion, une ethnie, une culture. 

Jacques Toubon appelle la lutte contre les discriminations la « marche à l’égalité ». Cette notion implique qu’en dignité, en statut, en droit, l’autre est pareil à moi et je suis pareil à l’autre. C’est la négation même de l’antisémitisme, du racisme, de l’islamophobie, du dédain, de la haine de l’autre.

Qu’en est-il aujourd’hui ? De nombreux acteurs ont interpellé le Défenseur des droits sur leurs inquiétudes face à la prolifération des discours et des comportements de discrimination de l’autre.

Jacques Toubon ne voit pas aujourd’hui de vraie réplique qui soit à la hauteur des dérives de nos sociétés.Face à l’absence de répression organisée de l’expression du racisme et de l’antisémitisme, face à la lourdeur et l’insuffisance de la machine judiciaire, Jacques Toubon propose de mobiliser les acteurs et les forces de la société afin que chacun dans son champ mette en place des actions à la hauteur des enjeux. En cela, Jacques Toubon approuve l’idée d’un Grenelle de la Fraternité.

Bernard-Henri Lévy est ensuite intervenu. Pour lui, une politique ne peut jamais être totalement morale, mais dès lors qu’elle y intègre des soucis d’ordre moral, cela représente un progrès.

Bernard-Henri Lévy fait référence à un texte de Claude Lefort : « Les droits de l’homme ne sont pas une politique ». Lefort, dans ce texte, demande de repenser intégralement le rapport des politiques au social, de dire les droit de l’homme et de les inscrire dans le politique, d’opérer une révolution copernicienne qui affecte l’ensemble du champ politique. 

En conclusion des Universités de la Licra, Alain Jakubowicz revient sur l’ « annus horribilis » 2013-2014, en évoquant l’affaire Taubira, juste après l’édition 2013 des Universités de la Licra, le silence assourdissant qui s’en est suivi, la manifestation « Jour de colère » du 26 janvier 2014, à quelques jours de la date anniversaire de la libération d’Auschwitz, le 13 juillet 2014 où les manifestations pour Gaza ont donné lieu à des violences antisémites insupportables. 

> Consulter le bilan médiatique des Universités de la Licra 2014

> Voir l’album photo des Universités de la Licra 2014

> Lire la tribune d’Alain Jakubowicz « Pour l’amour de la France » dans le Huffington Post

> Voir le reportage de la Chaine Normande sur les Universités de la Licra