Unis dans la diversité, voix et couleurs du monde

publié le 16/12/2011

Reconnaître le singulier pour magnifier l’Universel revient à résoudre la dialectique opposant la diversité (des individus) et l’unité (du collectif). Il s’agit là refuser la réduction de la diversité à simple différence, appréciée à l’aune d’un modèle abstrait érigé en parangon universel, de rejeter toute hiérarchisation différencialiste.

Penser la diversité comme bouquet de singularités invite à investir la problématique de l’altérité.
Tel est le message humaniste porté par la XXIII Journée Mondiale de la Poésie, manifestation culturelle co-organisée, le 2 octobre dernier, dans la Salle des Fêtes de la Mairie-Annexe du XIVe Arrdt., par Poesia-2 Ottobre de Paris et la Mairie du XIVe avec l’adhésion de M. Giorgio Napolitano, Président de la République Italienne, le partenariat de la LICRA Paris et le soutien moral de la Mairie du XXe.
 
A la présence de M. Pascal Cherki, Maire du XIVe, trente intervenants du monde entier ont décliné, dans une admirable efflorescence de tons et d’accents, le thème «Unis dans la diversité : voix et couleurs du monde».
 
Résoudre la dialectique diversité - unité revient à découvrir cette expérience quotidienne de l’altérité, qui connote et dénote notre vie relationnelle, dans la sphère privée comme dans la vie professionnelle.
A l’encontre des rhétoriques emphatisant la rencontre avec un Autre absolu, il s’agit là de percevoir l’expérience de l’Altérité dans sa quotidienneté et dans sa nature de fait social total ouvrant à une interrogation, toute lévinassienne, sur le sens de l’humain.
 
Ainsi, comme l’a rappelé, à juste titre, le Prof. Giulia Bogliolo Bruna, Présidente de Poesia-2 Ottobre de Paris, dans son intervention liminaire, « l’unité dans la diversité ne se confond pas avec une uniformisation aliénante: elle n’est pas dilution du singulier dans un magma indifférencié et annihilant ».
 
Penser la diversité c’est déjà réaffirmer l’unité de l’humaine condition, comme l’a bien signifié, avec la force communicative des images et la poésie des mots, Jean-Marc Huguet dans sa vidéo De tous les hommes, chaque homme.
 
Dans un monde arc-en-ciel, réinvestir éthiquement la problématique de la diversité dans l’unité invite, a rappelé Fodé Sylla, Président de la Fédération Internationale de SOS Racisme, à célébrer l’unité de la condition humaine. D’où l’exigence morale et l’impératif politique de combattre toute forme de racisme, d’antisémitisme, de discrimination et de rejeter les sirènes du communautarisme et du repliement identitaire.
 
Ainsi, promouvoir la diversité invite à bâtir un pluriversel, défini comme un Universel riche de toutes ses singularités.
 
Investir la problématique de la diversité invite également à inscrire l’identité des individus dans une itinérance de vie qui est d’abord un parcours en socialisation et une quête de soi. Car, comme l’a rappelé Gérard Unger, Président de la Licra Paris, dans une riche intervention ponctuée de lectures poétiques, « chaque homme est plusieurs ». Dans les tréfonds de la conscience, se voilent (et se dévoilent) des pans, insoupçonnés, de subjectivité. « Je est un autre » écrivait Rimbaud. Et chaque étape de l’existence, embrumée de réminiscences et parsemée d’expériences, participe à forger une identité, jamais figée, toujours mouvante.
 
Parole mémorielle qui se fait parole prophétique tendue vers Autrui, dans l’intervention de Renée Keller et dans les tableaux de Gloria Castillo Magar et Natalie Mei.
 
Parole libératrice, elle est parole de don, appel tendu par l’humain à l’humain. Elle se fait effluent de paix et source de fraternité dans les poèmes de Michel Cassir, universitaire et poète, lauréat du Prix de la Poésie Francophone.
 
Vecteur d’émancipation et semence de paix, la parole poétique permet le dépassement de la dialectique unité-diversité et se fait relieur temporel. Par elle se présentifie le passé et se futurise le présent.
Verbe humaniste qui embrasse le singulier et étreint l’Universel dans la poétique de Francis Lalanne. Dans une intervention d’une grande finesse et d’une extrême sensibilité, le compositeur et poète s’est insurgé contre les inhumanités du présent et s’est fait éveilleur de conscience.
 
Dans une choralité participative, tisser l’éloge de la diversité signifie embrasser une vision proprement dialogique de l’avenir, lancer une invitation à l’humanisation de l’homme et au ré-enchantement du monde.
 
Maria Giuseppina Bruna