Vive la République !

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A l’occasion de la Fête Nationale, plusieurs membres du Bureau exécutif de la LICRA donnent leur vision des valeurs qui fondent la République et de la manière de les défendre.  

Fête Nationale

Par Alain Jakubowicz, Président de la LICRA

Le 14 juillet est une fête à double titre. Nous célébrons le 14 juillet 1789, date de la prise de la Bastille par des insurgés qui ne mesuraient sans doute pas la portée du coup fatal qu’ils portaient alors à l’Ancien Régime. C’est, pour reprendre Victor Hugo, cette date « où sur la terre, la liberté s’éveillait et riait dans le tonnerre ». Mais nous célébrons aussi le 14 juillet 1790, date de la Fête de la Fédération lors de laquelle la Nation rassemblée fut exaltée. Ce fut un moment éphémère avant la tempête mais qui ne fut pas moins fondateur de la conscience citoyenne dans notre pays.
Ces deux dates, l’une sanglante, l’autre apaisée, sont en réalité les deux faces d’une même pièce, celle de ce qui allait devenir, en 1792, la République.
En ce 14 juillet, nous célébrons 1789 et la résistance à l’oppression. Elle est un défi populaire lancé au monde pour combattre les inégalités et faire en sorte que les distinctions sociales ne soient « fondées que sur l’utilité commune », en dehors de considérations sociales, politiques, religieuses, philosophiques ou prétendument raciales. Ce n’est pas pour rien que le régime de Vichy, instauré le 10 juillet 1940, s’empressa de décréter le 14 juillet qui allait suivre « journée de deuil national ». Tout un symbole. Il ne s’agissait pas seulement de porter le deuil de la défaite. C’était aussi montrer l’aversion du nouveau régime pour les Lumières et ce qui était devenu un symbole républicain de résistance. La République était morte. Le 14 juillet ne pouvait lui survivre.
Mais nous célébrons aussi en ce 14 juillet la communion nationale, reposant sur l’idée que l’intérêt général nous portera plus loin que la somme des intérêts particuliers. C’est l’idée que la communauté nationale, unie et régie par des principes universels, s’impose aux communautés et à leur règles. Les moments de communion nationale sont si rares aujourd’hui. Il faut attendre un championnat d’Europe de football ou un « Charlie » pour les voir ressurgir, spontanément, fussent-ils de joie ou de douleur.
Alors en ce jour de Fête Nationale, le moment est venu de mesurer la chance que nous avons de vivre en République, de défendre sans rougir ce qu’elle représente, de cesser d’être des enfants gâtés qui ne voient plus l’intérêt de se rendre aux urnes. Il est temps de mesurer que les bienfaits de la République, dès lors qu’ils s’expriment pleinement, sont bien supérieurs à ses imperfections. Il est temps de ne pas laisser plus longtemps la Nation aux nationalismes et la communauté nationale se faire démembrer par le communautarisme. Le temps d’une journée, au moins, soyons dignes de cette fête et des combats qui ont permis dans notre pays l’avènement d’une République démocratique, laïque et sociale.

République

Par Abraham Bengio*

République, nul mot n’a été plus galvaudé, prostitué même : républiques, les régimes de Kim Jong-un, de Bachar el-Assad ou d’Hugo Chavez. Démocratique, populaire, soviétique, bolivarienne… toutes ces « républiques » obscènes donnent la nausée. Plus que tout, les anciens prisaient la « vertu » (virtusἀρετή), que les modernes ont mesquinement réduit à la sphère sexuelle mais qui signifiait l’excellence morale. Et des exemples de vertu, il s’en trouve sous tous les régimes, y compris les monarchies. « Que la République était belle sous l’Empire ! » disait en 1885 le « rad-soc. » et franc-maçon Alphonse Aulard, désenchanté par les pesanteurs de la République conservatrice.

Ma République à moi accueille tous ses enfants, sans distinction de classes, de sexes, de races ou de religions, non pour les tourmenter sur le lit de Procuste de l’uniformité, mais dans le respect et même dans l’amour de leurs différences, dès l’instant que par leur comportement ils lui rendent cet amour et ce respect. Elle unifie sans confondre et accorde une égale importance aux trois piliers de notre devise républicaine. C’est d’elle seule qu’on pourrait dire, sans chauvinisme et sans ridicule, avec Henri de Bornier : « Tout homme a deux patries, la sienne et puis la France ! ». Autant dire que cette République-là reste à fonder.

* Abraham Bengio est membre du Bureau exécutif de la LICRA, délégué à la politique culturelle.

Liberté

Par Mohamed Sifaoui *
Jacques Prévert disait du bonheur qu’on le reconnaissait « au bruit qu’il faisait en partant ». Il en va de même pour la liberté. C’est lorsqu’elle disparaît ou quand elle risque de disparaître qu’elle nous rend conscients de sa richesse. Surtout, elle semble tellement aller d’elle-même que la défendre a cessé d’être une évidence. Nous lui sommes collectivement devenus indifférents et dans ce silence d’abstention, nous n’entendons plus que la voix des extrémistes, ses ennemis, qui veulent s’en prendre à elle.
L’Histoire a démontré cette règle immuable : quand l’universalisme est défait, l’extrémisme – politique ou religieux- sort de sa cage et s’attaque à la liberté, à toutes les libertés. Aujourd’hui, l’extrême-droite comme l’islamisme partagent cette passion commune de faire la guerre à la liberté, et en premier lieu à la liberté d’expression et d’opinion. L’exercice libre de sa raison pour exprimer une opinion détachée de toute forme de contrainte est insupportable à ceux qui s’échinent à enfermer les Hommes dans le carcan morbide de leur idéologie, révélée ou non.
L’année 2015 fut une année terrible pour notre pays. La France a mesuré, quelques jours durant, le bruit que la liberté faisait en partant. Elle a connu le prix du sang et des larmes. Pourtant, rien ne semble montrer que toutes les leçons ont été tirées de cette situation. Les ennemis de la liberté n’ont jamais été aussi déterminés, d’où qu’ils viennent et l’extrême-droite profite à plein du climat de peur créé par le terrorisme.
Dans cette drôle de guerre et à la veille des élections de 2017, plus que jamais, la liberté doit guider nos pas, et en premier lieu vers les bureaux de vote pour dire dans les urnes que les ennemis de la liberté n’ont pas leur place dans notre République, ni à l’Elysée ni à l’Assemblée Nationale. Mais pour cela espérons voir les défenseurs de la liberté prendre conscience qu’aucun électoralisme et aucun calcul politique ne mérite de compromissions avec les ennemis des valeurs essentielles.
* Mohamed Sifaoui est membre du Bureau exécutif de la LICRA, Délégué à la lutte contre les extrémismes religieux et politique

Egalité

Par Antoine Spire*

L’écart entre la proclamation égalitaire de notre république et la réalité vécue par nos concitoyens nourrit frustration et amertume. Alors que quelques privilégiés bénéficient de ressources presqu’inépuisables, la majorité éprouve de vraies difficultés à finir des mois marqués par une attention constante à un budget toujours insuffisant. Mais les conséquences de ces inégalités économiques concernent toute l’existence : inégaux face à l’éducation et à la culture, inégaux en matière d’information et de possibilités d’expression la plupart d’entre nous ne croit plus à la possibilité même de promouvoir cette égalité. Proclamer l’égalitarisme ne fait reculer aucune inégalité.

C’est l’égalité des chances qu’il faudrait assurer en facilitant les conditions de promotion sociale et culturelle de ceux dont l’origine sociale ou ethnique compromet la formation, et de ceux qui handicapés ont besoin d’une aide spécifique. Immense effort à accomplir pour que l’égalité formelle cède la place à l’égalité réelle ! Mais c’est loin d’être une utopie. Tous nos concitoyens savent bien qu’ils se sentiraient mieux si tous avaient les mêmes droits d’accès aux biens et aux savoirs. L’égalité des chances ne suppose nullement l’abandon des hiérarchies : la biographie de chacun et le travail fourni donnent les compétences sur les quelles devrait se fonder la légitimité du pouvoir et de l’influence. Mais c’est la transmission de ces privilèges à des héritiers qui se sont juste contentés de naître qui choque. A chaque génération les cartes devraient être rebattues pour que l’égalité redevienne un attribut essentiel de notre démocratie.

* Antoine Spire est membre du Bureau exécutif de la LICRA, vice-président et rédacteur en chef du Droit de Vivre. 

Fraternité

Par Ari Sebag*

Ce mot, pilier de notre devise Républicaine, a été, très vite, le mal aimé ou le moins bien compris des trois. Liberté et Egalité, dont le sens primaire se comprend assez facilement, permettent à chacun de se les approprier immédiatement comme des droits individuels et inaliénables. A l’inverse, le concept de Fraternité doit se comprendre comme un devoir individuel envers l’autre, ce qui le rend à ce titre beaucoup moins attirant que ses deux « amis ». Pourtant, ce devoir – ou impératif – de Fraternité n’a pas été incorporé à la devise par hasard. Il en est la colonne vertébrale, la condition essentielle à l’épanouissement de la Liberté et de l’Egalité. C’est pourquoi il est urgent aujourd’hui de redonner à cette valeur la place centrale qui lui revient.

*Ari Sebag est membre du Bureau exécutif de la LICRA, vice-président en charge de l’organisation des événements.

Nation

Par Frédéric Encel*

Ernest Renan disait de la Nation qu’elle est « une âme, un principe spirituel (…), un plébiscite de tous les jours ».
La Nation, encadrée et guidée par ce régime authentiquement démocratique qu’incarne la République française, constitue une représentation identitaire collective et ancrée sur des « temps longs », pour paraphraser Fernand Braudel. Certes, la Nation, lorsqu’elle fut interprétée à la manière d’un chauvinisme agressif, accoucha du nationalisme, avatar dangereux et réactionnaire. Mais on doit dépasser ce dévoiement qui s’inscrivit au XXè siècle parmi tant d’autres « ismes » et revenir aux fondamentaux : de Valmy en 1792 face à l’armée de la monarchie prussienne aux lois constitutionnelles de 1875, la Nation fut une idée humaniste, intégratrice, égalitaire et opposée à l’autoritarisme.
Nos trois Républiques contemporaines l’illustrèrent magistralement. Lorsque s’affaiblit la Nation, c’est le clanisme tribal, régionaliste ou confessionnel qui menace, lourd de ses dérives structurellement népotiques, mafieuses et xénophobes. Or aujourd’hui, la Nation française est menacée non seulement par le fléau islamiste et ses « idiots-utiles » de l’islamo-gauchisme, mais aussi par la montée en force d’un populisme d’extrême droite. Tous les Français, quelles que soient leurs origines culturelles et sensibilités spirituelles, doivent défendre ce legs précieux et pluriséculaire qu’est leur Nation et d’en faire plus que jamais un ciment de fraternité.

*Frédéric Encel est membre du Bureau exécutif de la LICRA, Délégué à la lutte contre  les extrémismes religieux et politique

Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen

Par Sabrina Goldman*

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 est un texte fondamental de la Révolution française. Son article premier énonce le principe d’égalité, selon lequel « les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». S’il est resté gravé dans la mémoire collective que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen proclame une égalité « de naissance » entre les Hommes, on oublie trop souvent que ce texte affirme également que cette égalité doit perdurer au cours de leur existence. A l’heure où l’extrême droite propage sa haine contre tous ceux qui seraient selon elle des citoyens de seconde zone, où des groupes de personnes sont stigmatisés parce que Musulmans, Noirs, Juifs ou Roms, il importe de rappeler que l’égalité est un droit imprescriptible pour lequel nous, militants antiracistes, devons nous battre au quotidien, pour que notre société soit, pour tous et à vie, celle de l’égalité de droits.

*Sabrina Goldman est membre du Bureau exécutif de la LICRA, Première Vice-Présidente chargée des relations avec les institutions et le monde associatif

Laïcité

Par Jean-Michel Quillardet*

La laïcité est un principe juridique : la république ne reconnait aucun culte mais veille à leur libre exercice dans le respect de la liberté absolue de conscience. La république ne salarie ni ne subventionne aucun culte.

C’est une double incompétence : l’incompétence de l’Etat à s’occuper des religions et l’incompétence des religions à s’occuper des affaires de l’Etat.

C’est un principe philosophique : il convient dans l’espace public de faire abstraction de ses appartenances ou identités pour participer à l’exercice de la citoyenneté et faire Nation. Ce qui ne nie pas les différences mais qui permet de se rassembler autour d’un projet commun, les valeurs républicaines, malgré nos différences.

La laïcité, c’est de considérer qu’avant d’être catholique, juif, musulman, agnostique incroyant ou noir, blanc etc. nous sommes d’abord et avant tout des citoyens ce qui implique que chacun est reconnu comme individu, sujet de droit et non comme membre d’une communauté dotée de droits communautaires. La laïcité c’est le contraire du communautarisme. Régis Debray a écrit : »la fraternité c’est quand on sort de la fratrie. » C’est la laïcité.

*Jean-Michel Quillardet est membre du Bureau exécutif de la LICRA, délégué à la laïcité.

Citoyen

par Mario-Pierre Stasi*

Cela évoque pour moi l’exact contraire du sujet de consommation vers lequel notre société mercantile nous conduit à devenir si notre conscience abaisse encore son niveau de vigilance. Etait citoyen celui qui, dans l’antiquité grecque, prenant part à la vie politique et religieuse de la cité se voyait ainsi reconnaître des droits civils et politiques. Les devoirs avant les droits, en quelque sorte.

Aussi, sans le pousser à l’extrême, serait-il bon que notre système éducatif s’inspirât de ce modèle pour expliquer à nos adultes en devenir qu’être un sujet de consommation, dans une société de droit et de devoirs,  ne devrait en théorie accorder que peu de droit et que le celui de s’insurger, de s’opposer, de manifester, de se plaindre ou de revendiquer ne se conçoit comme légitime que s’il s’accompagne d’une participation à la vie de la cité. Cette participation, c’est d’abord l’impôt, à juste proportion, mais payé par tous – même l’euro symbolique – mais c’est aussi le vote. N’est-ce pas une des raisons qui pourrait rendre le vote obligatoire ? Et si être « citoyen du monde » est plus une déclaration de principe qu’un projet de vie, devenir citoyen français actif et devenir plus encore citoyen européen sont une vraie ambition. Ne soyons pas des citoyens passifs ! »

*Mario-Pierre Stasi est membre du Bureau exécutif de la LICRA, Vice-Président chargé des relations avec le monde politique et les entreprises

Résister

Par Alain Chouraqui*

« Le combat pour les droits de l’homme n’est jamais définitivement gagné mais il n’est jamais perdu non plus, à condition de le mener ». Puisque la subjectivité est souhaitée dans ces quelques lignes, c’est volontiers que je cite mon père, Sidney Chouraqui, ancien résistant de la France libre – et cofondateur de la Licra Aix – dont cette phrase m’inspira toujours. A quoi j’ajouterais aujourd´hui – et il en est pleinement d’accord – deux corollaires que nous enseigne le recul de l’histoire : il est très vite trop tard face à l’engrenage raciste ou antisémite des extrémismes identitaires, nationalistes ou religieux ; et chacun peut réagir, chacun peut résister, chacun à sa manière, nul besoin d’être un Juste pour faire un « acte juste » qui aide, sauve, résiste. A bien garder à l’esprit dans les temps qui viennent, n’est-ce pas ?

*Alain Chouraqui est membre du Bureau exécutif de la LICRA, délégué « Mémoires, éducation citoyenne et vigilance républicaine »