Antioche

Antioche, de Sarah Berthiaume, mise en scène de Martin Faucher (Théâtre Bluf, Québec) au théâtre 11. Gilgamesh Belleville, du 6 au 26 juillet à 16h10 (relâche les 10, 17 et 24 juillet)

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Avignon 2019 – Episode 2

Deux regards sur la pièce

Une pièce chorale où la liberté est au cœur de l’itinéraire de trois femmes

Antigone, version d’Anouilh, qui ne se soumet pas aux ordres de Créon et qui paiera au prix fort la liberté de donner une sépulture à son frère.

Les deux autres personnages, une mère qui a quitté l’Orient 20 ans plus tôt pour vivre au Canada en émigrante et sa fille qui dans un vent de révolte propre à l’adolescence veut faire le chemin inverse dans une quête d’idéal qui lui fera rencontrer des recruteurs djihadistes.

Elles vont se heurter, se défier sous le regard d’Antigone, jusqu’à trouver le langage commun et le sens de leur vie. C’est à Antioche en Turquie, sur la route de la soie et du djihâd, que la confrontation avec leurs rêves va prendre corps.

Cette pièce construite sur un aller-retour entre l’Antiquité, avec Antigone et les personnages contemporains, entre humour et drame, ne permet pas toujours au spectateur de s’immerger totalement dans le propos de la pièce.

Mais il faut saluer l’excellence des trois comédiennes canadiennes qui font vivre au spectateur un voyage sensible et attachant.

Nicole CHOUCHENA


Antioche

N’avez-vous jamais pensé à vous embarquer pour Antioche ?

Ville de bord du monde où arrivait la route de la soie. Ville limite, où se tissent et se concentrent les déflagrations d’un monde déboussolé, où se donnent rendez-vous des hommes et des femmes en quête d’un nouveau sens à la vie. Ville de passage où se faufilent les aspirants djihadistes, ville frontière où tout peut basculer en un instant : cela dépend de ce que vous faites de votre libre arbitre.

Trois femmes emmurées par leurs choix ou les aléas de leurs vies, longeant sans cesse les limites de la raison, nous invitent au voyage à la recherche de leur vérité.

Trois actrices magnifiques nous entraînent dans une expérience poignante, hors cadre, où rien n’est joué à l’avance.

Il y a Antigone, femme libre et prisonnière à la fois qui depuis 2 500 ans invoque les dieux pour qu’ils la libèrent de ses chaînes, afin que cesse sa réclusion de morte pour l’éternité.

Il y a la mère, femme hallucinée, dévorée par la triste réalité et la vacuité de sa vie.

Et puis, il y a sa fille, adolescente révoltée en quête d’identité, écartelée par l’appel de la modernité et l’idée qu’elle se fait de l’amour.

Le texte s’articule sur une mise en scène en deux parties. La première, parfois avec quelques longueurs, nous plonge dans l’univers singulier des trois personnages où un humour mordant est très présent.

La deuxième, dans une tension de fin du monde, est une immersion dans les arcanes de la pensée de ces femmes confrontées au choix ultime de leur vie.

Jusqu’à la dernière minute, le jeu reste ouvert. C’est ce qui donne à ce texte sa force incroyable.

Jacques SITRUK

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