Conférence annuelle de l’International Network Against Cyber-Hate : « Taking back the digital streets ».

Le 17 octobre dernier à Bruxelles, la Licra a participé à la Conférence annuelle de l’INACH (International Network Against Cyber-Hate) « Taking back the digital streets » en partenariat avec le Bundeszentrale für politische – BPB (l’Agence Fédérale allemande pour l’éducation civique) et le programme de l’Union européenne « Droits, égalité et citoyenneté » (REC).

Ces dix dernières années, la haine grandissante sur internet s’est peu à peu déplacée vers ce que l’on peut nommer « les rues numériques », essaimant notamment des discours antisémite, raciste, homophobe, sexiste et haineux envers les réfugiés. Cette migration de la haine ne s’est pas simplement produite en changeant de type de plateformes ou de décors. Le discours de la haine en ligne est bien plus insidieux, intrusif et viral que dans la réalité. Les réseaux sociaux ont notamment permis de promouvoir cette haine si « facilement » diffusable et souvent perçue comme « juste pour l’humour », entrainant de nombreux utilisateurs du web dans une vision binaire de la société.

Le Code de conduite signé en mai 2016 entre la Commission européenne et les « IT Companies » (Facebook, Microsoft, Twitter et Youtube) les engage à combattre la diffusion de cette haine en ligne dans l’ensemble des pays européens. Quant au projet porté par l’INACH « Research, report, remove: countering cyber-hate » et dont la Licra est le partenaire français, il est une initiative européenne idéale pour faire un bilan de la situation actuelle afin que le web se développe en un environnement respectueux.

Cette conférence annuelle a eu pour objectif de suivre cette ligne de conduite novatrice en rassemblant des experts européens et internationaux issus de la société civile, des représentants des instances européennes et de l’industrie du web.

Le Président de l’INACH, Philippe Schmidt, a insisté lors de l’ouverture de la Conférence sur l’importance de reprendre tout l’espace actuellement occupé par la haine dans les « rues numériques ». Le Secrétaire d’Etat allemand pour la justice et la protection des consommateurs, Gerd Billen, a rappelé l’implication de l’Etat Fédéral allemand en matière de lutte contre la cyber-haine depuis le lancement de leur « taskforce » en 2015. L’Allemagne souhaite que l’industrie du web soit transparente dans les procédures et le fonctionnement du système de suppression des contenus. Elle travaille également à un nouveau projet de législation en matière de cyber-haine.

Quant au Directeur en charge des droits fondamentaux et la citoyenneté de l’Union à la D-G Justice de la Commission européenne, Paul Nemitz, il rappelé que les résultats de l’application du code de conduite par les IT compagnies seraient pris très au sérieux par la Commission européenne. En cas de mauvaise application du Code, une action serait envisagée devant le Cour européenne des droits de l’Homme. Il a également souligné l’importance de l’action de la société civile dans la mise en place de ces nouvelles règles du web.

Un premier groupe d’experts composé de Maria Miguel Sierra de « La voix des femmes » (Belgique), Selma Muhic Dizdarevic, vice-présidente du Czech Helsinki Committee (République Tchèque), d’Alexander Verkhovsky du Sova Center (Russie), d’Ido Daniel du programme ISCA (Israël) et de Brittan Heller, directrice « technology and society » pour l’ADL (Etats-Unis), a travaillé ensuite sur la problématique des réseaux sociaux et plus particulièrement :

  • Sur les réseaux sociaux « oubliés » tels que VK.COM, l’équivalent de Facebook en Russie qui est également très utilisé par les extrémistes néo-nazis européens ;
  • Sur les tendances présentes sur les réseaux sociaux américains et notamment celles utilisées par le mouvement suprématiste blanc en plein contexte d’élections américaines : l’utilisation de code secret pour éviter la recherche par mots-clés des intelligences artificielles luttant contre les contenus haineux ; l’utilisation de « memes » très connus aspirés par le mouvement néo-nazi tel « Pepe the frog »  ou encore le harcèlement de journalistes politiques sur la base de motif antisémite et raciste ;
  • Sur les mécanismes à développer pour mettre en place une stratégie de contre-discours efficace.

Un second groupe d’experts composé de Mark Gardner du CST (UK), Tamas Berecz de l’INACH (Pays-Bas), de Robin Sclafani du CEJI (Belgique) et de Sami David Rauscher du No Hate Speech Movement s’est penché sur les initiatives à mettre en place pour lutter contre la haine sur internet.

  • Le projet « Research, report, remove: countering cyber-hate phenomena» dont fait partie la Licra a pour objectif de mettre en place d’ici un an et demi une plateforme de signalement des contenus haineux d’ampleur européenne en complément d’un système de base de données à destination des organisations et ONG spécialisées dans la lutte contre la cyber-haine. Les premières analyses du projet ont été dévoilées.
  • Le livret « Kick them back into the sea », rapport sur la haine envers les réfugiés dans les pays européens, a été diffusé à cette occasion (Voir cet article)
  • Le projet « Get the trolls out» dont la Licra était la coordinatrice française a été présenté pour rappeler l’importance de la veille constante des discours de haine sur les plateformes web.

Site : http://www.getthetrollsout.org/

  • Enfin, la campagne du No Hate Speech Movement a été lancée en Allemagne début 2016. Elle se compose de nombreux programmes de sensibilisation à destination des jeunes publics.

A la suite des présentations des groupes d’experts, l’assemblée s’est répartie en groupes de travail afin de proposer des recommandations à la fin de la conférence :

  • Le premier sur « Notice and take down» ou les problématiques posées par les processus de suppression des contenus haineux, des conditions d’utilisation et des « community standards » ;
  • Le second « Other ways of dealing with online hate» sur le contre-discours, l’utilisation de l’humour et de l’ironie et l’approche éducative pour lutter contre la haine sur internet ;
  • Le troisième « Legislation and harmonization of hate speech laws» ou le rôle de l’Union européenne dans la mise en place d’une législation efficace et cohérente entre pays;
  • Le dernier sur « Relation between content guidelines and national laws» ou comment comprendre le country-blocking, l’importance des législations nationales et les principes éthiques.

L’ensemble des recommandations proposées par les groupes sera publié officiellement sur le nouveau site de l’INACH.

Site : http://www.inach.net/