Les adversaires de la loi Pléven : le mélange des haines

Le Droit de vivre, Juillet 1972
Le Droit de vivre, Juillet 1972

Depuis 1972, les adversaires de la pénalisation du racisme et de l’antisémitisme sont nombreux à réclamer l’abrogation de la loi Pléven. Un véritable marqueur de l’extrémisme et de ses idiots utiles.

« Liberticide », « délits d’opinion », « censure », « police de la pensée » : les adversaires de la pénalisation de la provocation ou l’incitation à la haine raciale se drapent depuis 44 ans dans la défense de la liberté d’expression pour exiger l’abrogation de la loi Pléven. Une tartufferie quand on sait dans quelle tradition politique ils s’inscrivent.

Dès sa naissance la loi Pléven a donné des boutons à l’extrême-droite. Le Droit de Vivre de juillet 1972 relate les « angoisses » de Lucien Rebatet, antisémite intégral, fasciste revendiqué, et ancien pensionnaire de Sigmaringen, face à la nouvelle loi. Déjà Je suis Partout, dont il fut « journaliste » assidu, titrait en 1939 que « la presse n’est plus libre » huit jours seulement après la publication du décret-loi Marchandeau qui réprimait les écrits « lorsque la diffamation ou l’injure, commise envers un groupe de personnes appartenant, par leur origine, à une race ou à une religion déterminée, aura eu pour but d’exciter à la haine entre les citoyens ou les habitants ».

Depuis, Lucien Rebatet a eu de nombreux épigones, qui vont du Club de l’Horloge au Printemps français pour lequel cette loi permet « de donner aux groupes de pression minoritaires des pouvoirs exorbitants ». Riposte laïque a rejoint le cortège en invoquant la « nécessité de guérir la France malade des lois liberticides et antifrançaises ».

Ceux qui persistent aujourd’hui à faire disparaître de la loi l’arsenal antiraciste se rejoignent d’ailleurs très souvent dans une revendication plus large visant à abroger « toutes les lois liberticides », de la loi Pléven à la loi Taubira en passant pat la loi Gayssot, rebaptisée « Fabius-Gayssot » par l’extrême-droite, et la loi Perben de 2005.

Au Front National, faire la peau de loi Pléven a cessé d’être un étendard, au moins en apparence. Aux bruyantes revendications exprimées des décennies durant par Jean-Marie Le Pen ou Bruno Gollnisch, pour lequel cette loi « interdit tout débat sur la politique d’immigration », a succédé une nouvelle approche plus discrète dans les propos de Marine Le Pen. Désormais, le Front National affiche dans son programme « la renégociation de la Convention européenne des Droits de l’Homme » et dans le même temps ne craint pas de trouver à la loi Pléven certaines qualités inattendues. Dans son discours de Nantes, le 25 mars 2012, Marine Le Pen s’exprimait en ces termes : « Laissons la génétique à la gauche qui veut effacer le mot race de la Constitution. Au contraire, il faut le renforcer pour lutter contre le racisme anti-français ». Comme le notent Cécile Alduy et Stéphane Wahnich dans leur ouvrage Marine Le Pen prise aux mots, « il semble que l’on soit passé d’un racisme clairement biologique à un néo-racisme culturel qui ne dit pas son nom » et capable de détourner à son profit une législation que l’extrême-droite a pourtant toujours abhorré.

Mais il faut se rassurer. La relative discrétion de Marine Le Pen sur cette question est largement compensée. La haine héréditaire contre la loi Pléven a encore des apôtres moins pudiques. Lors du week-end de lancement de « Oz ta droite », Robert Ménard a fait 51 propositions pour « rétablir l’identité de la France ». Parmi elles figure en bonne place celle visant à « abolir les lois attentatoires à la liberté d’expression », à l’instar de ce que réclament dès qu’ils le peuvent  Eric Zemmour, Henry de Lesquen ou les amis de Dieudonné et d’Alain Soral.