« Les aléas d’un rapprochement nécessaire entre la Licra et la Ligue des droits de l’homme »

Comment accueilles-tu ce mouvement de nos organisations les unes vers les autres depuis la table ronde publiée dans Le Droit de Vivre en janvier dernier puis l’Université d’automne qui nous a permis de dialoguer, la LDH et la Licra, avec le MRAP, SOS Racisme, le CRAN et SOS Homophobie ?

J’avais eu l’occasion de le dire devant les participants de l’Université d’automne. La démarche était novatrice. (…) La table ronde que Le Droit de Vivre avait publiée visait à franchir une nouvelle étape, à identifier convergences et désaccords. Le surlendemain de l’Université d’automne nous avons adopté un communiqué commun qui avait une double qualité : il émanait d’organisations antiracistes universalistes et il nous a permis de réagir assez vite et de manière convergente face aux agressions perpétrées par des militants du Printemps français contre Christiane Taubira.

Tu parles de Printemps français pour évoquer le mouvement de ceux qui s’opposent au « Mariage pour tous » ?

Cette auto-appelation traduit une stratégie d’instrumentalisation sémantique des Printemps arabes, de leurs mots d’ordre, comme le fameux « Dégage ! » aujourd’hui adressé à François Hollande. Cette stratégie de communication est délibérément confusionnelle. Les manifestants ont fait agiter non pas par une fillette mais par plusieurs enfants des peaux de bananes sous le nez de Christiane Taubira, message sans ambiguïté. Après un moment de sidération politique, les quatre associations – LDH, Licra, Mrap et SOS Racisme – se sont retrouvées autour de deux collectifs, le collectif Dom et le collectif Marche 98 pour organiser une riposte.

C’est la première fois en France depuis très longtemps qu’une manifestation publique contre le racisme à l’encontre d’un « Noir » concerne autant de publics, même si le succès a eu ses limites. La première étant quantitative : la mobilisation aurait pu être plus importante et à souffert d’une espèce de confusion opérée par les médias avec l’anniversaire de la marche de 1983. Il faut également dire que les grandes organisations de gauche – partis et syndicats – se sont très inégalement impliquées dans cette bataille. Ce n’est qu’au lendemain d’une Mutalité tenue « Contre le racisme et les extrémismes » que le Parti socialiste a appelé à la manifestation qui avait lieu deux jours après. Au-delà, les secteurs les plus socialement défavorisés, ceux qui sont liés à l’histoire de l’immigration, et notamment maghrébine, ne se sont pas déplacés. Signe d’une réelle difficulté à fédérer les ripostes et à faire prévaloir un principe de solidarité universaliste.

Lors de la première discussion avec nos amis « Ultramarins », la demande qui prévalait initialement était de manifester contre le racisme anti-Noir en refusant « tout amalgame » avec les Roms et les étrangers. Organisations à vocation universaliste, nous étions perçues comme nous cantonnant dans l’abstraction, opposées à leur vécu bien concret. Le texte adopté reflète ces débats et le – bon – compromis qui en est issu.

L’affaire Dieudonné a-t-elle confirmé cet état de choses et rapproché les acteurs antiracistes ?
 

Dieudonné exerce une capacité de nuisance réelle et considérable, et nos assocations l’ont assigné en justice pour négationnisme. Remarquons au passage que Dieudonné, depuis sa fameuse déclaration sur Patrick Cohen, ne nie plus l’existence des chambres à gaz. Il en regrette l’absence…

 

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> Voir le site de la Ligue des droits de l’homme

> Lire l’appel des organisations antiracistes universalistes