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Au pied du mur

Par Mario Stasi, président de la Licra. Notre pays est en état de choc et de sidération après l’assassinat islamiste de Samuel Paty, enseignant de la République, décapité à la sortie du collège où il faisait cours.

Le terrorisme islamiste, une fois de plus, a jailli de nulle part et a ensanglanté la France, tuant sauvagement un professeur, un homme libre, un innocent, un citoyen, l’un des nôtres. 

Ce drame effroyable ne peut pas et ne doit pas être l’énième épisode à l’issue duquel nous viendrions inscrire un nom de plus au martyrologe de la liberté avant de passer à autre chose. Une prise de conscience est désormais vitale pour notre survie démocratique : le fondamentalisme islamiste doit être anéanti et ses effets sur les esprits, sur les consciences d’une partie de la jeunesse et de nos compatriotes, doivent cesser. 

Nous le disons depuis des années, à la LICRA, parfois bien seuls au sein des organisations antiracistes. 

Nous essayons, de toutes nos forces et notamment depuis les crimes islamistes de Mohamed Merah à Toulouse et à Montauban, de réveiller la majorité silencieuse du pays face au vacarme des extrémismes qui tiennent le haut du pavé, dans les médias comme sur les réseaux sociaux. Nous alertons, parfois au prix de polémiques indignes livrées contre nous, sur le dévoiement d’associations prétendument antiracistes, chevau-légers de l’intégrisme et de l’islamisme. Nous avons clamé, depuis des années, que le concept d’islamophobie était une escroquerie politique visant à imposer un délit de blasphème au prétexte de protéger la liberté de conscience de nos compatriotes musulmans qui, elle, ne doit souffrir d’aucune remise en cause. Nous avons alerté sur la mécanique infernale des réseaux sociaux, dont le rôle a été fatal dans l’assassinat de Samuel Paty. Quand seront-ils enfin régulés et quand cesseront-ils d’être des territoires perdus de la République ?

Nous avons tenté de convaincre, de longue date, les pouvoirs publics que notre pays devait sortir de la défense passive de la laïcité qui, parfois au plus haut sommet l’Etat, avait fait tant de mal et produit tant de défaitisme, de compromissions et d’abdications. Nous avons martelé que la liberté d’expression n’était pas négociable. Nous avons asséné, dans toutes nos formations, nos prises de positions, nos procès, que l’antisémitisme était le marqueur de la radicalisation et qu’il n’existait pas de terroriste islamiste qui ne soit traversé par la haine et l’obsession des juifs. Faut-il rappeler ici que le 27 juillet dernier, nous avions signalé un tweet antisémite commis par l’assassin de Samuel Paty ?

Nous voilà au pied du mur. L’action, sur le terrain, sera notre seul moyen de parvenir à défendre les valeurs universalistes contre les assauts  de l’islamisme mais aussi contre ceux, opportunistes, de l’extrême-droite qui ne manque pas d’avancer à chaque fois que nous reculons. Le gouvernement est forcé à l’action, vigoureuse et ferme, pour lutter contre l’islamisme. Ce combat ne se gagnera pas seulement par l’action immédiate de notre police et de notre justice. Ce combat est un combat culturel et politique de longue haleine. Il s’agit, par l’éducation, de reconstruire les liens de la communauté nationale, d’irriguer cette jeunesse qui vient par les valeurs qui, jusqu’ici, ont permis l’émancipation et l’édification républicaines. 

Il s’agit, dans le regard de chacun, de ranimer la flamme chancelante de la fraternité, de la raison et de l’humanité. Il s’agit de déconstruire cette contre-culture de la haine de soi et du rejet de l’autre qui éloigne tant de nos compatriotes de l’essentiel. Il s’agit de convaincre que l’assignation à une différence sépare là où la nation réunit autour d’un socle commun et partagé de valeurs. 

Il faudra compter sur tout le monde pour y parvenir et réussir à empêcher qu’un jour, de nouveau, une élève mythomane ne cible un enseignant qui avait montré des caricatures de son prophète, que son père le désigne ensuite à la vindicte des islamistes et d’associations parasalafistes sur les réseaux sociaux, qu’un imam autoproclamé batte le rappel des fanatiques avant qu’un terroriste, sur l’indication de collégiens stipendiés, ne se sente ainsi investi d’une macabre mission : couper en deux un enseignant de la République. Jamais plus nous ne devons revivre cet enchaînement tragique de trahisons, de compromissions, de violence et de haine. Jamais. 

Fermeté, éducation et fraternité doivent être plus que jamais notre projet républicain.

Mario Stasi,
Président de la Licra

Agissons ensemble !

3 Commentaires

  1. je suis d’accord avec ce que je viens de lire. Mais lorsque je lis le texte de madame Youb qui souligne que laLicra a alerté sans être entendu je pense à Georges Bensoussan traité de raciste et d’islamophobe, traîné devant un tribunal comme un délinquant et que la Licra s’est porté partie civile auprès d’associations qu’elle dénonce maintenant, j’aimerais que la Licra fasse amende honorable et s’excuse auprès de Georges Bensoussan. Le Mémorial de la Shoah qui s’est déshonoré en le virant comme indigne alors qu’il avait servi cette institution, dans défaillir, pendant de nombreuses années. Je serais reconnaissante d’une mise au point et que ce ne sois pas que des paroles. Je sais que la Licra est la seule institution qui défend les injustices, c’est pour cela que je n’ai pas rendu ma carte. J’aimerais avoir une réponse. Merci.

  2. Bonsoir

    Je suis d’accord 100%.

    « Fermeté, éducation et fraternité doivent être plus que jamais notre projet républicain. »

    Ne pas oublier cependant une réalité lourde, tout à fait contraire à l’égalité et donc ayant des conséquences très négatives, au regard de la nécessité vitale pour tous de « ranimer la flamme chancelante de la fraternité ».
    Cette réalité lourde, qu’il est très difficile de changer, mais qu’il est absolument nécessaire de changer, c’est le rejet dont sont victimes les musulmans lorsqu’ils postulent à un emploi :

    Voir : http://www.prejuges-stereotypes.net/espaceDocumentaire/amadieuTesting2004.pdf
    2004 (ça date un peu, mais est-ce mieux aujourd’hui ? )
    A diplôme égal un homme dont le nom et le prénom sont maghrébins aura 5 à 6 fois
    moins de chance d’être embauché qu’un homme blanc de peau à nom et prénom « français ».

    Voir : http://www.makaila.fr/article-recrutements-d-embauche-discrimines-sur-des-bases-confessionnelles-48111736.html 2010 (ça date un peu, mais est-ce mieux aujourd’hui ? )
    Trois personnes de CV identiques :
    – Aurélie Ménard française « de souche »
    – > 25% de réponses positives
    – Marie Diouf française d’origine sénégalaise, chrétienne
    – > 21% de réponses positives
    – Khadija Diouf française d’origine sénégalaise, musulmane
    – > 8% de réponses positives

    Il en ressort que le racisme existe mais n’est pas très fort, par contre la peur et le rejet de l’islam et des musulmans sont très marqués (et cela risque de ne pas
    s’arrange avec les derniers attentats) et entraînent une forte discrimination à l’embauche.

    Amitié
    G.C.

  3. Merci pour votre lucidité et votre combat universaliste-républicain (vous êtes en effet l’une des rares organisation antiraciste qui ne soit pas racialiste).
    Le premier combat à mener pour la reconquête est celui des idées !
    Vite !
    Car on voit bien que le crépuscule est très proche désormais.
    Il y a urgence à recréer un front républicain populaire universaliste, laïque et social, sans attendre le gouvernement !

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