Actualités Éducation RevueAlarmer : l'enseignement et la recherche mobilisés contre le racisme et l'antisémitisme

RevueAlarmer : l’enseignement et la recherche mobilisés contre le racisme et l’antisémitisme

Revue Alarmer est une nouvelle revue lancée le 29 avril par un collectif d'enseignants du secondaires, de chercheurs et d'enseignants-chercheurs pour traiter spécifiquement de la question du racisme et de l’antisémitime. La LICRA est allée à la rencontre de Marie-Anne Matard-Bonucci, professeure d’histoire à l’Université Paris VIII et fondatrice du projet.

Quelles sont les missions que s’est fixées l’association que vous présidez ?

Notre association vise à lutter contre les racismes et l’antisémitisme à travers, comme son nom l’indique, la « mobilisation de l’enseignement et de la recherche ». Elle vise à encourager des recherches individuelles et collectives et à promouvoir un enseignement relatif à ces questions. Il va de soi que toutes les formes d’hostilités identitaires sont dans notre « viseur » : antisémitisme, racismes à l’encontre des populations noires, arabes, asiatiques, « romophobie », etc. Sa constitution nait du constat de la permanence de discriminations au sein de la société française à l’encontre des populations issues de l’immigration, de l’existence de nouvelles formes de racisme et de xénophobie par l’instrumentalisation d’une « question migratoire », de la renaissance, sur des réseaux sociaux, d’un antisémitisme pas toujours facile à décrypter. De plus, un nouveau danger est apparu dans certains milieux antiracistes : la « racialisation » systématiques des clivages politiques et sociaux et l’assignation identitaire consistant à diviser le monde en « blancs et non blancs », « racisés » et non « racisés ». Ces questions sensibles et complexes ne souffrent pas d’approche manichéenne ou instrumentale : il faut les appréhender dans une perspective laïque, rationnelle et scientifique.
L’un de nos objectifs vise aussi, dans le domaine de la recherche, à favoriser des collaborations entre spécialistes qui ne se côtoient guère : par exemple entre spécialistes d’histoire coloniale et spécialistes de la Shoah.

Que préconisez-vous en matière d’enseignement ?

Nous partons du constat suivant : force est de constater que les stratégies mises en œuvre ces dernières décennies n’ont pas porté leurs fruits dans les milieux éducatifs. Après avoir privilégié, dans le sillage de l’UNESCO, une stratégie visant à prévenir le racisme par une connaissance des autres cultures, puis avoir misé sur des politiques de mémoire, le temps est peut-être venu pour les pouvoirs publics de changer de paradigme en affrontant plus directement, par la recherche et l’éducation, les phénomènes que l’on cherche à combattre. On peut s’inspirer d’ailleurs de ce qui a été fait, depuis quelques années, sur les questions de genre et d’homophobie.
Et donc, par le lien entre universitaires et enseignants du secondaire, nous souhaitons contribuer à une réflexion sur les programmes et les méthodes et mettre à la disposition des enseignants du secondaire et du supérieur un certain nombre d’outils.

Sur quels outils comptez-vous vous appuyer pour remplir vous objectifs ?

Nous venons de créer RevueAlarmer qui associe, comme vous le savez, universitaires et enseignants du secondaire. La rubrique « Enseignement » de la revue, dirigée par Benoit Drouot professeur agrégé en Lycée, est destinée à offrir aux enseignants du secondaire mais aussi du supérieur des matériaux utiles pour les enseignements : notices et définitions relatives aux notions et thèmes les plus importants ; informations sur les pratiques pédagogiques ; documents expliqués. L’Association se propose de mettre en place des journées de formation à destination des enseignants du secondaire. L’expérience montre de très grands besoins dans ce domaine. J’ajoute que dans le cadre de l’Université Paris 8, où j’enseigne et où j’occupe la fonction de « Chargée de mission racisme-antisémitisme », un Diplôme universitaire de formation contre le racisme et l’antisémitisme, ouvert aux enseignants mais pas seulement, a été mis en place. La crise sanitaire en a différé l’ouverture mais ce n’est que partie remise.

Quels sont vos liens avec les institutions ?

L’association collabore avec le Ministère de l’Enseignement Supérieur et les services en charges, au sein de la DGSIP-DGRI, de la lutte contre les discriminations et le racisme, également avec le Rectorat de Paris. Nous avons aussi des contacts avec d’autres académies à travers les liens privilégiés que nous avons tissés avec certains inspecteurs généraux.  S’agissant de la revue, RevueAlarmer, la DILCRAH est notre financeur principal.

Les enseignants du secondaire ont-ils répondu présents à votre appel ?

Pour le moment, nous sommes encore une majorité d’universitaires mais les enseignants du secondaire sont de plus en plus nombreux. Comme vous verrez, certaines contributions de la revue ont pour auteurs des professeurs du secondaire – Benoit Drouot, Murielle Solé, Annabelle Paillery – par exemple.

Ne craignez-vous pas des tensions voire des divisions internes dès lors que vous prônez, sur des sujets aussi sensibles, la valorisation de la diversité des approches et sensibilités intellectuelles ?

Les différences de sensibilité peuvent conduire à des tensions mais celles-ci ne nous dérangent pas dès lors que le débat se situe sur un véritable terrain intellectuel et scientifique. Voyez, par exemple, la discussion entre Jean-Frédéric Schaub et moi-même à propos du terme « race » dans la première livraison de la revue. S’il y a une dimension militante, au départ, dans notre démarche commune nous la quittons dès lors que nous nous efforçons de déconstruire et d’analyser les phénomènes qui nous occupent. Or, sans prétendre à une objectivité absolue, il existe dans le domaine des sciences sociales des méthodes rigoureuses, éprouvées permettant d’éviter la confusion entre analyse et opinion.

Pour aller plus loin : https://alarmer.org/

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