La défaite et le déshonneur

Il y a quelques années on nous disait que ce n’était pas grave que le Front National obtienne quelques sièges dans des conseils municipaux. Puis que ce n’était pas grave qu’il conquiert quelques mairies. Ce n’était pas grave non plus qu’il fasse élire des députés, puis des sénateurs. Comme ce n’était pas grave qu’il entre dans les Conseils Régionaux avec des groupes de plus en plus nombreux et de plus en plus importants. Aujourd’hui il s’apprête à conquérir plusieurs régions. Et dans 18 mois, que dirons-nous quand nous aurons livré le pays tout entier à un parti d’extrême droite ?
Nous avons encore, peut-être, la possibilité d’éviter le désastre en même temps que la honte. Il est hélas trop tard pour convaincre massivement les abstentionnistes de voter dimanche prochain; ils ont trop été désespérés pour qu’on puisse les « récupérer » en si peu de temps. Mais il n’est pas trop tard pour dresser le dernier rempart d’un Front de Défense Républicain auquel aspirent tous les démocrates de France. Marine Le Pen et ses acolytes hurleront au complot UMPS. Et alors ? Le temps n’est plus à l’hypocrite et opportuniste « ni-ni » et aux discours éculés sur les « voix qui ‘appartiennent à personne ». Face au danger qui menace, il faut que tombent les masques et que chacun prenne ses responsabilités.

N’en déplaise à nos responsables politiques dont beaucoup semblent une nouvelle fois n’avoir rien compris, le choix n’est pas entre la gauche et la droite, mais entre les démocrates attachés aux valeurs de la République et l’extrême droite qui foule au pied ces valeurs. Pour éviter le pire, pour signifier clairement que nos Régions ne veulent pas être gouvernées par un parti qui n’a pour seul programme que la division des français, il n’y a d’autre solution pour le second tour des élections régionales que le désistement de la liste la moins bien placée ou la fusion des listes des démocrates, dans un sursaut d’union nationale. Celles et ceux qui croient pouvoir éviter la défaite au prix du déshonneur auront le déshonneur et aurons la défaite. Ils en seront responsables face à l’histoire, car la victime sera la France.

Alain Jakubowicz, Président de la Licra