ActualitésAnalyseDétournements des symboles de la Shoah : quelle réponse judiciaire ?

Détournements des symboles de la Shoah : quelle réponse judiciaire ?

Les étoiles jaunes et symboles de la Shoah détournés ces derniers jours pour dénoncer le « pass sanitaire » ont suscité incompréhension et indignation dans l’opinion. Une réponse judiciaire est-elle possible ? Entretien avec lana Soskin, avocat, présidente de la Commission juridique de la Licra.

Certes, des analyses ont souligné le fait que celles et ceux qui arboraient ces symboles, en particulier lors de la manifestation du 17 juillet 2021, n’étaient pas spécifiquement animés d’intentions antisémites. En raison du trouble provoqué par la récurrence des faits, il est toutefois rapidement apparu nécessaire d’étudier l’éventualité d’une réponse judiciaire. Car, quelle que soit l’intention première, ces mésusages d’un stigmate renvoyant à la persécution antijuive blessent, heurtent, autant qu’ils dévoient des faits historiques voire les nient.

Quels problèmes pose le port d’étoiles fantaisistes inspirées de celle imposée par les nazis aux populations juives, en Europe, pendant la Seconde Guerre mondiale ?

Cela pose un problème éminent de respect à la mémoire et la souffrance des victimes de la Shoah. Dès lors qu’on utilise le symbole de l’étoile jaune, on participe à la banalisation de l’histoire, on relativise, qu’on le veuille ou non, la souffrance et on se moque des victimes, en ce sens qu’on ne considère pas la réalité du sort qui a été le leur.

Quelles qualifications juridiques peuvent être appropriées pour poursuivre les détournements de l’étoile ou d’autres symboles de la Shoah ?

Ces faits pourraient être poursuivis sous deux délits.

Celui d’injure publique à caractère racial en ce que ces faits constituent un mode d’expression à la fois outrageant et méprisant à l’égard de l’ensemble des personnes d’origine ou de confession juive. Dieudonné a déjà été condamné sur ce fondement pour son spectacle qui a fait intervenir sur scène Robert Faurisson, au Zénith, en décembre 2008. L’individu qui était venu sur scène remettre au négationniste le « prix de l’infréquentabilité et de l’insolence » était vêtu d’un pyjama rayé sur lequel était cousue une étoile de David.

Celui de contestation de crime contre l’humanité par minimisation outrancière. Comparer la question actuelle du « pass sanitaire », ayant vocation à protéger la santé et la vie des citoyens français, n’est en rien assimilable à l’obligation de porter l’étoile jaune faite aux juifs durant la Seconde Guerre mondiale et qui a constitué une étape importante dans l’extermination massive des juifs d’Europe. Dès lors, cette assimilation est susceptible de constituer une minimisation outrancière d’un crime contre l’humanité, délit réprimé par la Loi au même titre que le négationnisme.

Et dans les circonstances actuelles ? Des poursuites judiciaires vous paraissent-elles possibles ?

Il me semble que trois situations doivent être distinguées.

1/ Les détournements qui ont eu lieu lors de la manifestation du week-end dernier, le 17 juillet 2021. À l’exception de certains actes délibérés, une action judiciaire contre les primo manifestants ayant arboré ces symboles durant les manifestations du week-end dernier ne serait pas opportune. Ces personnes ont pu être maladroites sans intention de véritablement mépriser la mémoire des victimes de la Shoah.

2/ Le cas de ceux qui font commerce de l’étoile jaune « non vacciné » : nous considérons que la commercialisation des symboles de la Shoah, dans ce contexte, sur les plateformes de vente en ligne pour en faire le commerce mérite d’être sanctionnée. La Licra se réserve le droit d’attaquer les plateformes ou les vendeurs qui font commerce de symbole aussi nauséabonds.

3/ Ceux qui, malgré le battage médiatique de ces derniers jours, continueront volontairement à revêtir ces symboles lors des futures manifestations. Nous considérons que les manifestants ont désormais tous les éléments pour comprendre que le détournement de l’étoile jaune et autres symboles de la Shoah, outre son caractère odieux, est de nature à constituer une infraction pénale.

Est-ce dans les intentions de la Licra ?

La Licra se réservera le droit de poursuivre toute personne détournant à l’avenir l’étoile jaune et autres symboles liés à la Shoah dans les futures manifestations ou pour en faire commerce. Nul n’est censé ignorer la Loi et personne n’est plus censé ignorer la gravité de ces actes et leur caractère répréhensible. 

Agissons ensemble !

Le DDV, revue universaliste

« L’école contre le racisme » – n°684 – Automne 2021 – 100 pages

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