Le procès Schwartzbard, naissance d’un combat

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Revivez les grands moments de l’audience du Procès Schwartzbard

Le 23 novembre à 19h au Palais de Justice de Paris, revivez, 90 ans après, les grands moments de cette audience historique, avec la participation de Sabrina Goldman, Romain Boulet, Rachel Lindon, Emmanuel Daoud, Ilana Soskin, Mathieu Riberolles et Dorothée Bisaccia Bernstein, avocats à la Cour.

Avec la participation exceptionnelle de M. Robert Badinter.

Inscription obligatoire en cliquant ici . Nombre de places limité.

Informations pratiques : 23 novembre 2017 à 19h. Palais de Justice de Paris. 1ère Chambre de la Cour d’Appel de Paris. Entrée par le 4 boulevard du Palais, 75001 Paris.  Pièce d’identité obligatoire.

L’affaire

Le 26 mai 1926, rue Racine à Paris, Samuel Schwartzbard, militant anarchiste et réfugié juif natif de Bessarabie, abat de sept balles Simon Petlioura, indépendantiste ukrainien en exil. Il justifia son acte en affirmant vouloir venger ses coreligionnaires d’Ukraine, assassinés lors de pogroms, lancés selon lui, par Simon Petlioura en 1919. Renvoyé devant la Cour d’Assises, son affaire intéresse immédiatement Bernard Lecache, journaliste au Quotidien et à Paris-Soir. Le 20 juillet 1926, il quitte Paris pour mener l’enquête sur la réalité des pogroms en Ukraine et en URSS. De retour en France le 15 octobre 1926, son enquête est finalement publiée dans le Quotidien, journal d’Henri Dumay, de février à mars 1927, donnant naissance à un ouvrage publié sous le titre “Quand Israël meurt”. Réquisitoire contre Petlioura, plaidoyer en faveur de Schwartzbard, l’ouvrage connaît un certain retentissement. Bernard Lecache organise rapidement des réunions publiques pour alerter l’opinion sur les persécutions dont sont victimes les Juifs d’Europe, notamment aux côtés de Victor Basch, président de la Ligue des Droits de l’Homme.

Le procès

Samuel Schwarzbard comparaît devant la cour d’Assises de la Seine le 16 octobre 1927. Défendu par Me Henry Torrès, figure emblématique de la gauche, Me Serge Weill-Goudchaux et Me Gérard Ronsenthal, son procès devient celui des pogroms. Cité comme témoin, l’écrivain Joseph Kessel déclare : “Que ce ne serait que pour avoir attiré l’attention du monde civilisé sur l’atrocité des pogroms, Samuel Schwartzbard devait faire ce qu’il a fait”. Le 26 octobre, il est acquitté du crime qu’il avait revendiqué. Dans sa plaidoirie, Me Henry Torrès avait très bien résumé les enjeux de ce procès : “S’il est constant que Schwarzbard a tué Petlioura, il est également constant qu’il n’est pas coupable de l’avoir tué”.

Brasserie Marianne, place Blanche

Le soir de l’acquittement de Schwartzbard, ses soutiens se réunissent Brasserie Marianne, à Pigalle, à proximité de la place Blanche. Yves Courrière, biographe de Joseph Kessel, raconte :

“Lorsque le verdict fut rendu à 18 heures, la Palais de Justice de Paris éclata en vivats et, dès que la nouvelle fut connue, 100 000 Juifs défilèrent à Varsovie. « Manifestations spontanées » titrèrent les journaux ! Il fallut les poignes solides du baron de Lussatz et du Gros Albert – authentiques truands, amis d’Henry Torrès et de Joseph Kessel (…) pour arracher Schwarzbard à l’enthousiasme de la foule. Le soir même, à la Brasserie Marianne, place Blanche, Torrès, Kessel, Elie Soffer, Gérard Rosenthal et quelques autres décidèrent de ne pas en rester là et de fonder une association. “Une association selon la loi de 1901”, suggéra Kessel, et “qui luttera contre les pogromes et l’antisémitisme”. L’idée de la LICA était née.”

D’abord Ligue internationale contre les pogromes, l’association devient en février 1929 la Ligue internationale contre l’antisémitisme (LICA). En 1930, son comité d’honneur laisse apparaître les noms de la comtesse de Noailles, d’Albert Einstein, de Sigmund Freud, de Romain Rolland. A l’été 1929, la Ligue compte déjà 6000 adhérents.

Le Mot : “Pogrome”, par Bernard Lecache

“Pogrome est un mot slave. On le prononce depuis toujours de Varsovie à Bakou, de Moscou à Bucarest. Tout l’Orient européen le mâche et le remâche, et le crache à la face du juif : “Youpin, voici le pogrome ! Cache-toi et cours ! Le Juif se cache. Il court. Voilà des siècles qu’il court. on le rattrape et on le tue. S’ils se défend […], Schwartzbard est en prison. Fouillez l’Histoire, dépouillez les manuscrits. Vous buterez à chaque pas dans un cadavre juif. Aussi loin que vous puissiez chercher, vous trouverez le pogrome”  Bernard Lecache, Le Quotidien, 5 février 1927.

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