Mémoire : la République doit commémorer le 7 et le 24 avril

Sur proposition de Alain David, président de la Commission Mémoire Histoire Droits de l’Homme, Mario Stasi a adressé hier à Edouard Philippe, Premier Ministre, une demande visant à intégrer les dates du 7 avril (génocide des Tutsis) et 24 avril (génocide arménien) dans la liste des célébrations officielles de la République : 

« Monsieur le Premier Ministre, 

Les cérémonies nationales de commémoration constituent un maillon essentiel dans la transmission du passé à la jeunesse. Elles jalonnent la vie de chaque citoyen en même temps qu’elles permettent à la République de déposer aux pieds des victimes de la guerre et de la barbarie le juste hommage qui leur est dû. Ainsi, chaque année, à Paris comme dans chaque département, les autorités civiles et militaires organisent onze cérémonies commémoratives qui marquent le lien intense entre la Nation et la Mémoire. 

Aujourd’hui, il appert que le calendrier officiel des commémorations célébrées dans notre pays pourrait s’ouvrir à deux autres dates qui, pour les militants de la LICRA, devraient compter désormais parmi celles du martyrologe républicain.

La première de ces dates est celle du 7 avril. Dans la nuit du 6 au 7 avril 1994, au Rwanda, la Radio Mille Collines appelle en langage codé les Hutu à « abattre les grands arbres » : c’est le signal annonciateur du génocide des Tutsi. En 100 jours, entre le 7 avril et le 4 juillet 1994, près d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants ont été tués au Rwanda, un pays de 7 millions d’habitants. La justice pénale internationale est passée et dès décembre 1994, elle a fait son oeuvre pour que les responsables de ce crime soient identifiés, arrêtés, jugés et condamnés. Notre pays a également été amené à juger des responsables de ce génocide au titre de sa compétence universelle. La France s’honorerait à marquer cette date officiellement afin de mettre la lumière sur un crime contre l’humanité hanté par tant d’ombres encore et dont la mécanique doit être sans cesse expliquée et transmise pour éviter qu’il n’advienne de nouveau. 

La seconde de ces dates est celle du 24 avril. Le 24 avril 1915 à 20 heures, le ministre de l’intérieur ottoman Talaat Pacha donne l’ordre d’arrêter plus de 250 intellectuels arméniens, marquant ainsi le début du génocide. A la fin de l’année 1916, le peuple arménien est décapité.1 200 000 arméniens ont été exterminés, réalisant en partie le dessein criminel exprimé par le grand vizir ottoman dès 1879 qui promettait de « supprimer et faire disparaître à jamais le peuple arménien. ». Le moment est venu de faire en sorte que la mémoire de crime devienne une évidence pour nos compatriotes et que le peuple arménien sache que la France ne fut pas seulement le refuge du peuple arménien en exil mais qu’elle est aujourd’hui le refuge d’une mémoire assassinée par le négationnisme d’Etat qui sévit en Turquie. 

Ces deux crimes ont leur singularité : celle d’époques et de de causalités différentes. Ils ont aussi des points communs et notamment celui d’avoir conduit l’humanité au néant. Aujourd’hui, dans le cas des Tutsi comme dans celui des Arméniens, les falsificateurs de l’Histoire tentent d’effacer les traces du crime pour mieux réhabiliter les bourreaux et l’idéologie qui a soutenu leurs mains criminelles. Ce poison est non seulement une offense à la vérité que les morts appellent. C’est une offense à notre humanité. A ce poison, nous devons opposer nos antidotes. 

C’est la raison pour laquelle j’ai l’honneur, au nom de la Ligue internationale contre le régime et l’antisémitisme, de demander au Gouvernement d’inscrire à la liste des cérémonies officielles et conformément aux dispositions de l’article 1 du décret n°89-655 du 13 septembre 1989 relatif aux cérémonies publiques, préséances, honneurs civils et militaires : 

– la date du 7 avril en tant que « Journée nationale d’hommage aux victimes du génocide des Tutsi de 1994 »
– la date du 24 avril en tant que « Journée nationale d’hommage aux victimes du génocide arménien de 1915 »

Espérant trouver auprès de vous l’écoute et l’attention nécessaires à l’aboutissement favorable de cette demande, je vous prie de croire Monsieur le Premier Ministre, en l’assurance de ma haute considération. 

Mario Stasi
Président de la LICRA«