Pour Mano

Mano Siri est morte il y a quelques jours dans son petit studio de Chelles à une heure de transport du lycée de Vitry où elle enseignait avec passion la philosophie.

Elle s’était convertie au judaïsme en assistant rue d’Ulm aux cours de Benny Lévy qu’elle apprit à connaître alors qu’elle était élève de l’école normale supérieure. Elle réalisa plusieurs films notamment « Le blues de l’orient », remarquable documentaire sur la musique orientale.

Elle habitait seule, maintenant que sa troisième fille Miléna avait pris son envol. Pour les militants de la LICRA, il faut rappeler comment cette femme cinéaste, musicienne et journaliste avait rejoint les rangs de notre association. Professeur de philosophie, elle fut l’une des plus originales journalistes du Droit de Vivre, apte à faire partager le combat qu’elle menait pour nos idées dans sa classe de philosophie. Grâce à elle, des jeunes de terminale ont découvert comment on lutte au quotidien contre le racisme et l’antisémitisme. Il y a près de dix ans, Mano fut appelée par Martine Benayoun à lui succéder à la tête de la commission culture. C’est sous sa houlette que la présence de la LICRA au festival d’Avignon prit de l’ampleur. Pendant toute la durée du festival, elle sillonnait la manifestation pour diffuser le Droit de Vivre et gagner des adhésions à la LICRA. Riche de cette expérience, elle parvint à nouer des liens étroits avec des dizaines de troupes de théatre et bientôt toute l’année la commission culture de la LICRA se mit à labelliser les spectacles qu’elle recommandait aux sections.

Qui oublierait sa formidable et attachante puissance de conviction ? Elle était passionnée et passionnante, sachant aider chacun à discerner le véritable sens de son existence.
Mano joua un rôle décisif dans l’élaboration de notre brochure « 100 mots pour se comprendre contre le racisme et l’antisémitisme ».

C’est Mano qui eut l’idée d’organiser des Journées des justes à la LICRA. Les deux premières initiatives eurent lieu dans la Drôme où la mère de Mano avait une petite maison. On y invita quelques uns des intellectuels qui avaient consacré les meilleures pages à ceux qui surent déborder d’initiatives courageuses pour sauver ceux que harcelait le régime de Vichy. Livres, débats, concerts, spectacles théatraux : autant de gestes culturels qui furent articulés autour de la mémoire des justes.

Mano fut pendant près de cinq ans membre du bureau exécutif de la Licra où elle apporta avec fougue et créativité sa réflexion. A l’aise lorsqu’elle était majoritaire, elle sut avec dignité assumer ses positions quand elle fut minoritaire ; ce qui ne veut pas dire qu’elle n’en éprouva pas de la souffrance…  Ainsi va la vie de certaines militante.

Depuis son retrait de la Licra, elle s’était mise à apprendre le yiddish et à faire vivre le groupe musical de jazz klezmer, les Marx sisters qu’elle créa avec ses filles. Le premier disque et les planches de prestigieux théatres parisiens commençaient à l’accueillir et une nouvelle carrière s’ouvrait…

Antoine Spire

Agissons ensemble !

Le DDV, revue universaliste

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